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Je me suis garoché dans le fleuve en me levant ce matin

Je me suis garoché dans le fleuve en me levant ce matin
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

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J’ai survécu (pour l’instant) à une baignade dans le fleuve Saint-Laurent.

Hier soir, 22h, je reçois un message texte de mon boss, qui n’a visiblement pas de vie: «va donc au Grand Splash de Montréal». Je m’imagine tout de suite dans le Splash à La Ronde. Être payé pour faire un manège, je vivais le rêve. J’avais déjà planifié mon horaire. En premier, je serais allé me recueillir devant feu la Pitoune, après j’aurais fait toutes les montagnes russes et j’aurai fini ça avec une douzaine de queues de castor.

Un rêve qui s’est effondré en réalisant que le Grand Splash, c’est une baignade collective dans le fleuve Saint-Laurent... à 8h du matin.

J’arrive à 7h30 en vélo question de me réchauffer un peu. J’ai probablement une connexion cosmique avec la chef de Projet Montréal Valérie Plante, parce qu’elle se pointe exactement en même temps. On barre nos vélos un à côté de l’autre. On marche ensemble vers le quai Jacques-Cartier dans le Vieux-Port. Je nagerai même près d’elle plus tard. En tout cas, je ne veux pas faire de jaloux, mais je crois que Valérie et moi sommes rendus proches d’être les meilleurs amis du monde.

Je me suis garoché dans le fleuve en me levant ce matin
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

 

Plus que quelques minutes

Arrivé sur la rampe de lancement, j’effectue un sondage rapide. Après avoir interrogé une dizaine de personnes, je conclus assez «scientifiquement» que tout ce beau monde est présent simplement par curiosité.

Ce n’est pas la folie sur le quai Jacques-Cartier, on est environ soixante-dix nageurs, mais la seule personne que j’espérais voir n’est pas présente. Pourquoi Denis Coderre, n’as-tu pas revêtu ton plus beau maillot pour sauter dans l’eau main dans la main avec moi?

Même si mon coeur est brisé en mille morceaux, je trouve du réconfort auprès de mon nouvel être préféré: monsieur Pieuvre.

Je me suis garoché dans le fleuve en me levant ce matin
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

 

Je suis ensuite le protocole de choses à faire avant de sauter. Je signe une décharge puisqu’une noyade est si vite arrivée, je réussis à ne pas me faire carter (oui, c’est 18 ans et plus) et j’enfile l’une des vestes de sauvetage les moins confortables de l’histoire. J'anticipais de faire des pirouettes en sautant, mais avec la veste de sauvetage, j’oublie rapidement mon projet.

C’est l’heure

8h00, le moment fatidique est venu. Tout le monde s’aligne en rangée d’une vingtaine de personnes. On se croirait dans un avion, prêts à sauter en parachute. Tout le monde entonne le décompte à tour de rôle. «Dix, neuf, huit, sept, six, [...], go!» Sautez, tassez-vous, sautez, tassez-vous, mon tour approche, je vois le bout du quai. Ça y est, je suis dans les airs. Je finis par redescendre de mon nuage pour finir directement dans l'eau du fleuve. 

Je me suis garoché dans le fleuve en me levant ce matin
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

 

C’est la surprise totale. Je pensais mourir d’hypothermie, mais l’eau s’avère finalement super rafraîchissante. On n’aurait pas pu rêver de mieux, M. Pieuvre et moi. On patauge une bonne quinzaine de minutes dans l’eau. Je me permets quelques autres sauts et j’ose même un plongeon.

Espèce en danger

Tout ce passe bien jusqu’à ce que j’aperçoive au loin une baleine en danger. Je me dis qu’il faut que l’hécatombe cesse. Une autre baleine noire morte dans le Saint-Laurent sous mes propres yeux, non merci. Je nage en sa direction avec la fougue d’un Micheal Phelps en pleine course contre un requin et je la ramène saine et sauf auprès des experts médicaux (ou si vous aimez mieux la fille avec un hoodie «lifeguard»). On l’a échappé belle. Bon, je vous entends déjà me dire: «Jean, ce n’est pas une baleine noire ça, c’est une orque...» Oui, et? Une vie sauvée reste une vie sauvée, peu importe.

Je me suis garoché dans le fleuve en me levant ce matin
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

 

À 8h30, on crie aux quelques baigneurs restants que l’activité se termine. Comme quand ta mère t’appelait pour dîner quand tu «chillais» dans ta piscine hors terre.

L’événement a pour but de promouvoir un meilleur accès de la population au fleuve et à bien y penser, j’irais volontiers faire des flips de temps en temps dans le Vieux-Port si c’était aménagé à cet effet. Surtout le matin, ça réveille. Mais comme je l’ai fait aujourd’hui, il faudrait juste que j’oublie de me dire que je me baigne dans une eau probablement semi-contaminée.