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Chrystine Brouillet à son meilleur

<b><i>À qui la faute ?</i></b><br />
Chrystine Brouillet<br />
Druide, 386 pages, 2017
Photo courtoisie À qui la faute ?
Chrystine Brouillet
Druide, 386 pages, 2017

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Une enquête de Maud Graham, c’est assurément bon, souvent très bon, et parfois plus encore. Quelle chance, la cuvée de cette année — car Chrystine Brouillet nous offre un livre quasiment à ce rythme — tombe dans la catégorie « excellente » !

Depuis 30 ans, Brouillet passe par sa chère détective Maud Graham pour nous entraîner dans des histoires policières qui sont aussi des regards sur la société. Son tout récent À qui la faute ? ne fait pas exception à la règle. Mais il fascine particulièrement parce qu’il dépeint un milieu a priori banal, avec son lot de petites histoires cachées et pourtant courantes : infidélités, jalousies d’enfants, surprotection des parents. Jusqu’au jour où tout bascule.

Chrystine Brouillet met en scène des familles qui se côtoient parce que leurs enfants sont soit amis, soit coéquipiers dans des activités sportives. Ces jeunes ont des rapports compliqués entre eux et aussi avec leurs parents — rien de plus normal quand on est au seuil de l’adolescence ou en plein dedans. Pas question ici d’intimidation franche ou de rébellion radicale — pas de matière à roman quoi ! – mais il y a de la tension, des non-dits, des colères rentrées...

Les parents ne sont pas en reste : derrière les apparences de sociabilité, les liens entre eux ne sont pas si nets. Et ça se complique franchement quand ils se mêlent des histoires de leurs enfants !

Or l’aréna, où se retrouvent parents et rejetons lors des parties de hockey, est un lieu particulièrement propice pour faire exploser les tempéraments... Il suffit d’un ou deux incidents — une rondelle qui blesse un joueur, des parents qui s’engueulent — pour que ça parte en vrille.

Meutre il y aura

Il n’y a pas eu de crime encore : il viendra bien plus tard. Mais les dérapages qui s’accumulent nous tiennent en haleine et on se demande bien, à l’instar du jeune Étienne, comment tout le monde se sortira des impasses qui tout à coup se multiplient.

On se demande surtout qui mourra, quand, et comment ? Après tout, on est dans une enquête de Maud Graham : forcément, meurtre il y aura !

Mais Chrystine Brouillet, au sommet de son art, mène le jeu. Elle nous fait patienter et nous attacher aux familles, laissant sa Maud Graham en périphérie. Quand le drame finalement arrivera, il ne sera que plus intrigant de voir comment la détective et son équipe arriveront à opérer au milieu de tant de secrets.

Et juste pour le plaisir de complexifier l’affaire, l’enquête à laquelle les policiers se consacraient pendant que nos familles se chicanaient, soit la chasse à un prédateur sexuel, va prendre de l’ampleur. Le dénouement sera enlevant.

On fermera le livre avec regret. On reverra Maud Graham, c’est sûr. Mais que deviendront les familles que ­Chrystine Brouillet a su faire vivre sous nos yeux comme si c’était nos voisins ? Et c’est bien là le meilleur indice de la qualité du récit.