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J’ai infiltré une librairie pour le #12 août

J’ai infiltré une librairie pour le #12 août

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C’est cette année qu’à lieu la quatrième édition de la journée J’achète un livre québécois. L’idée des auteurs Patrice Cazeault et Amélie Dubé est simple : les lecteurs doivent se rendre en librairie, acheter un livre québécois et faire un égoportrait de leur acquisition avec le hachetague #12 août.

L’initiative a été très populaire au départ (plus de 12 000 personnes avaient répondu présentes), mais semble s’essouffler cette année selon la page Facebook de l’évènement, où l’on récence un moins grand nombre de participants que les années précédentes. Comme je ne crois pas aux statistiques «facebookiennes», j'ai décidé de me déguiser en libraire et d’aller voir sur le terrain ce qu’il en était.

Quand je franchis les portes de la librairie Raffin à Montréal, il y a déjà foule. Le libraire Louis Gagné, mon boss dans le cadre de cette expérience, me confie que l’achalandage correspond à celui d'une journée du temps des fêtes. Il me donne un patente aimantée avec libraire écrit dessus. Je dois avouer que même si j’écris des livres dans la vie, je me sens pas mal imposteure d’avoir ça accroché sur moi.

Ma naïveté vole en éclat dès qu’une première cliente, une madame dans la cinquantaine avec une petite robe d’été saumon, s’approche de moi avec la ferme intention de tester mes connaissances. «Je voudrais un livre qui parle du nord, mais qui est plus axé sur les paysages que les personnages.» Les choses se passent mal et j’échoue lamentablement.

Je me sens comme une biche sur l’autoroute et j’essaie de lui vanter les mérites du dernier Marc Fisher. Je vous niaise. Je n’ai pas le temps de lui répondre parce que Louis Gagné, ce héros, sent  la détresse dans mes yeux et entraîne la cliente avec lui. Je suis sauvée et je peux continuer à jaser de Menaud, maître draveur avec un jeune hipster à lunettes. Pour ceux qui veulent savoir si le livre dont parle la madame existe, la réponse est oui. Je n’ai cependant pas retenu le titre. Une grande reporter de terrain, je suis.

Sans surprise, beaucoup de clients veulent savoir où est Le plongeur, premier roman de Stéphane Larue et récipiendaire cette année du Prix des libraires. Ça tombe bien, j’ai adoré le livre et je l’ai vite repéré la pile d’exemplaires près des caisses en arrivant. Je distribue donc des copies pleine d'allégresse et de désinvolture.

Les choses se corsent quand on me demande m'occuper d'une des deux caisses. Aussi agile qu’un lamantin, j’essaie de scanner les livres, de déchiffrer les méandres impénétrables du logiciel de paiement et d’effectuer des transactions bancaires. Tout ça avec le sourire. Au bout de 5 minutes, Marie-Noëlle, mon maître de stage Interact, me tasse parce que la file pour payer ressemble à celle du restaurant l’Avenue un samedi matin. Je me replie sur les gummy bears et le popcorn au caramel cachés derrière le comptoir. Je mange clairement mes émotions et Louis me retourne à nouveau sur le plancher, où je passerai le reste de ma matinée à essayer de vendre les romans que j’ai le plus aimé cette année : Tu aimeras ce que tu as tué, L’embaumeur et, coup de théâtre, Le Plongeur. Je ne veux pas me vanter, mais j’ai vendu tous les exemplaires des deux premiers. Paraît que je ne suis pas une aussi mauvaise libraire que je pense. Ça me rassure de savoir ça, parce qu’avec l’argent que je fais avec mes droits d’auteur, j’ai clairement besoin d’un sideline.