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Manque d’intelligence émotionnelle

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Sur la situation de ces milliers de réfugiés haïtiens qui frappent à nos portes ces temps-ci, il peut être difficile de se faire une idée claire.

Ce problème complexe est créé par le jeu d’une catastrophe qui commence à dater, de décisions politiques prises au sud d’une immense frontière partagée et d’un droit de l’immigration perçu à juste titre comme très permissif. Dans tout ça, c’est normal que l’humanité la plus élémentaire qui commande de donner un coup de main à plus mal pris que soi se trouve en dissonance avec la nécessité de le faire dans les limites de nos moyens.

Mal géré

Ce qui est clair, toutefois, c’est que si nos dirigeants avaient voulu gérer l’affaire de manière à ameuter délibérément l’opinion publique, ils n’auraient pas agi différemment.

Il faudra d’abord trouver le génie qui a eu l’idée d’installer les demandeurs d’asile au stade olympique. Si on cherchait à envoyer le message que la crise à gérer prenait des proportions éléphantesques, c’est exactement l’image dont on avait besoin.

Un autre élément qui n’a rendu service à personne, surtout pas aux migrants, c’est cette visite loufoque de deux ministres haïtiens venus soutenir ces ressortissants dont ils ne voulaient plus. La personne qui, au sein de nos administrations, s’est dit qu’il s’agissait d’une opération appropriée mérite de perdre son emploi.

La nuance trépasse

Le souci lorsqu’une situation comme celle-ci survient, c’est qu’on dirait qu’il n’y a plus que deux discours qui se sentent autorisés à exister dans le débat public.

Le premier, c’est celui de l’acceptation totale, selon lequel aucun humain n’est illégal, surtout s’il transgresse les lois. Le second, c’est celui du rejet brutal, d’après lequel il faudrait retourner tous les Haïtiens chez eux... et pourquoi pas ceux qui sont ici depuis 30 ans un coup parti.

Là où les enjeux d’intégration passent, la nuance trépasse. Après un été où se sont succédé sur nos écrans Omar Khadr, la saga du cimetière et le contrôle de nos frontières, tous ces enjeux se télescopent l’un l’autre, sans que nos politiciens s’en aperçoivent.

Un discours responsable

C’est dans des moments comme ceux-là qu’on aurait besoin d’élus dotés d’une bonne intelligence émotionnelle. Un maire de Montréal qui serait conscient que la meilleure politique, c’est justement de ne pas faire de la politique avec tout. Un premier ministre du Canada qui comprendrait que sa gestion des finances du pays pose déjà sur lui des soupçons de générosité inconsidérée.

La question des migrations, qu’elles soient sécuritaires ou humanitaires, n’est pas nouvelle, certes. Cela dit, dans notre monde troublé et alors que les prochaines vagues pourraient être poussées par des catastrophes climatiques, elle ne se fera que plus aiguë.

Elle deviendra stridente si nos dirigeants ne développent pas un discours responsable sur la question. Un propos qui tiendra compte des inquiétudes de la population, susceptible de mettre la table pour un dialogue fécond.