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Des souvenirs de la crise d’Oka

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Un projet immobilier à Oka ramène de bien mauvais souvenirs de la crise de 1990. Des centaines de Mohawks manifestent depuis un mois pour protéger les mêmes terres qui ont causé le conflit historique.

Hier, près 200 personnes ont marché au rythme des tambours et des chants traditionnels amérindiens pour montrer leur désaccord au projet du domaine des Collines, voisin de la pinède qui était au centre de la crise d’Oka en 1990.

« Ils utilisent leurs lois pour nous voler nos terres, qui nous appartiennent depuis 300 ans, a lancé John Cree, leader spirituel des traditionalistes de Kanesatake. Nous allons tout faire pour récupérer ce qui nous revient de droit. Nous n’avons jamais dit que nous les cédions. »

Déjà près 150 maisons ont été construites dans ce développement qui existe depuis 2003, situé sur des terres revendiquées par Kanesatake. Les manifestants mohawks exigent qu’on cesse la construction de maisons sur les 30 lots restants.

Des coupes d’arbres à la limite de la fameuse pinède dans le but d’amener l’électricité aux terrains restants auraient déclenché les manifestations, menées notamment par l’activiste mohawk Ellen Gabriel.

Le propriétaire du domaine des Collines, Grégoire Gollin, a assuré au Journal que jamais il n’allait faire de développement dans la pinède.

« Pris en otages »

Le maire de la municipalité Pascal Quevillon affirme que les manifestants « se trompent de cible et que ce sont les citoyens qui sont pris en otage » puisque le litige relève du gouvernement fédéral et non de la ville d’Oka.

« Je trouve ça déplorable qu’on soit pris entre le gouvernement fédéral et la communauté de Kanesatake. Qu’ils manifestent devant les bureaux fédéraux, pas à Oka », lance le maire.

Il déplore le silence du Conseil mohawk et du grand chef Serge Simon sur les manifestations. D’ailleurs, il a été impossible de communiquer avec ce dernier hier. « Ça fait des semaines que je n’ai pas de nouvelles. Ellen Gabriel n’est pas le conseil. On veut qu’ils s’expriment sur ces protestations », dit le maire Quevillon.

Entente historique

Ce dernier rencontrera cette semaine le ministre provincial des Affaires autochtones Geoffrey Kelley et lui dira qu’il songe à se retirer de l’« entente historique » entre Oka et Kanesatake sur le prolongement de l’alimentation en eau potable, survenue en avril.

« On va le faire si la situation ne change pas et si les revendications continuent en pénalisant les citoyens d’Oka », soutient le maire.

Le Conseil mohawk de Kanesatake a reçu le 30 juin dernier une offre de plusieurs dizaines de millions de dollars du ministère des Affaires autochtones et du Nord comme compensation à ses revendications historiques, a confirmé au Journal le bureau de la ministre Carolyn Bennett.

« Nous ne pouvons pas dire les détails puisque nous sommes encore en négociation. Je crois que nous attendons toujours leur réponse », a précisé James Fitzmorris, directeur des communications.

Des résidents auraient aimé être mis au courant

Des résidents du domaine des Collines auraient aimé avoir été mis au courant que leur terrain se trouve au cœur des terres revendiquées par les Mohawks de Kanesatake.

« Si on m’avait dit qu’il y avait encore des doutes, jamais je n’aurais acheté, dit Suzanne Lacasse, juste après la manifestation d’hier. On ne veut pas de trouble. »

Cette dernière, qui a acheté son terrain il y a trois ans, croit que les manifestants ont tout à fait le droit de faire des réclamations, mais elle aurait préféré ne pas se retrouver au cœur du conflit.

« Je n’ai pas envie d’être prise en otage dans tout ça. Si je veux vendre et que le conflit n’est pas réglé, je fais quoi ? » demande-t-elle.

« Avoir su, je n’aurais jamais bâti, affirme sans détour Maxime Thouin. Mais je me demande pourquoi ils attendent la fin du développement pour faire valoir leurs droits sur les terres. »

La municipalité d’Oka a convoqué une assemblée citoyenne à la mi-septembre afin de rassurer les résidents concernés. M. Thouin espère avoir des réponses à ses inquiétudes.

« Moi aussi je suis pénalisé par ces manifestations. [...] Mais il est temps que le gouvernement mette fin au conflit », a souligné le propriétaire du domaine des Collines Grégoire Gollin, qui « reconnaît le bien-fondé » des demandes mohawks.

Il affirme que « tout le monde veut aboutir à un dénouement ».

Selon lui, il est bien connu que le Conseil mohawk de Kanesatake revendique l’ensemble des terres qui étaient jadis la Seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes, où se trouvent les terrains.