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Virginie: un acte de terrorisme

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Le 8 novembre 2016, Donald Trump a été élu 45e président des États-Unis en promettant de Make America Great Again, de redonner à l’Amérique sa grandeur d’antan.

Après les événements de cette semaine, on peut affirmer avec certitude que ce n’est pas pour demain la veille. À moins de croire que la valeur d’un pays se réduit à son économie et aux performances de la Bourse, en particulier.

Même là, les milieux financiers sont de plus en plus nerveux.

Or, 200 jours après l’investiture du président, le monde entier retient déjà son souffle, incrédule devant la possibilité, faible mais réelle, d’une guerre nucléaire et d’une intervention militaire américaine au Venezuela. Trump l’a clairement évoquée vendredi, même si ses généraux ont fait marche arrière.

Plus grave, en sol américain, au lendemain d’une sinistre marche aux flambeaux à Charlottesville en Virginie organisée par une coalition d’extrême droite et ponctuée de signes et de slogans nazis, une seconde manifestation dans la même ville faisait un mort et plusieurs blessés quand une auto a foncé à vive allure sur des manifestants antiracisme.

De qui Trump a-t-il peur ?

Le président a certes condamné la haine, la violence et la bigoterie de « tous les côtés », mais sans jamais nommer explicitement les suprémacistes blancs du mouvement Unite The Right (Unir la droite) qui ont organisé les manifestations.

Et pourtant, il y avait matière à condamnation pour le président : l’icône de l’extrême droite raciste et antisémite américaine, l’ex-leader du Ku Klux Klan David Duke qui était présent à la manifestation, a déclaré que Unite The Right a pour mission de « remplir la promesse du président Trump de reprendre l’Amérique ».

Un président normal aurait voulu se dissocier d’un tel personnage. Mais

Trump n’est pas un président normal.

Alors que sa base électorale commence à s’effilocher et que son administration ressemble à des portes tournantes, il ne peut se permettre de heurter de plein front ses supporteurs et certains membres de son équipe, nationalistes ou suprémacistes blancs, pour qui Make America Great Again a toujours signifié Make America White Again.

Comment expliquer autrement que l’homme le plus puissant du monde préfère se vautrer dans couardise du relativisme moral, ce non-lieu intellectuel, bien connu pour sa devise « Oui, mais... » et où tout se comprend et tout s’équivaut.

Et nous ?

Le Canada ne sera jamais les États-Unis. Le Québec encore moins, mais les forces de l’intolérance et du racisme progressent partout. En partie parce que le monde change trop rapidement, trop abruptement pour la capacité et le désir d’adaptation du commun des mortels aux réalités qui bousculent notre époque.

Il faut être fait fort pour vivre et survivre au 21e siècle.

L’absence de leadership ne fait qu’empirer les choses, car les citoyens se sentent abandonnés.

Il n’y a personne pour dire « nous comprenons vos peurs, elles sont légitimes et nous allons travailler ensemble à les calmer tout en regardant la réalité et les problèmes bien en face », au lieu de les balayer sous le tapis en chantant « c’est bon pour le moral ».

C’est encore moins en tenant des commissions et des enquêtes sur le racisme systémique que nous allons calmer le jeu. Bien au contraire.