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Un silence refusé par près de 400 manifestants à Montréal en soutien à Charlottesville

Un silence refusé par près de 400 manifestants à Montréal en soutien à Charlottesville

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Le 12 août, à Charlottesville, en Virginie, aux États-Unis, a eu lieu ce que certains médias québécois ont au départ qualifié d’événement «tendu». C’était plutôt un rassemblement extrêmement violent de groupes de suprémacistes blancs. Certains portaient des t-shirts avec des citations de Hitler, d’autres des pancartes insinuant que les Juifs étaient les enfants de Satan et certains criaient qu’Auschwitz et les fours à crémation attendaient les habitants de la ville.

En mémoire à une militante renversée par un sympathisant d’extrême droite

Heather Heyer, militante contre le racisme, y est décédée. Elle a été renversée par une voiture conduite par James Alex Fields Jr. C’est en sa mémoire et en solidarité à la ville de Charlottesville que quelques groupes de justice sociale ont tenu hier une manifestation à Montréal, au lendemain du décès de l’assistante juridique qui avait écrit, comme dernière publication Facebook, une phrase enjoignant les gens à être en colère face à tout ce qui se passe dans le quotidien des gens dont les droits sont bafoués: «Si vous n’êtes pas indignés, c’est que vous ne portez pas assez attention.»

Un silence refusé par près de 400 manifestants à Montréal en soutien à Charlottesville
Photo: Calista Neptune

 

Cette phrase était imprimée sur plusieurs feuilles tendues par plusieurs des 400 manifestants rassemblés au parc urbain du square Phillips. Sasha Von Bon Bon, une ex sexperte au Mirror, était là, avec sa bicyclette. Jaggi Singh, un des militants les plus actifs du Canada, aussi. Sans oublier un mec qui portait un blouson rapiécé avec l’inscription «Mangez de la marde» et une personne avec un sac à dos en forme de coccinelle, assez gros pour contenir la moitié des peluches de ma fille.

Des manifestants discutaient des victimes de Charlottesville, mais aussi de la violence au Québec.

Le rassemblement avait été créé via la page Facebook d’Alerta, par des gens près des milieux de la gauche antifasciste, et l’itinéraire n’avait pas été communiqué à la police.

Aaron Lakoff, membre de Solidarité sans frontières, a remarqué qu’il y avait trop de silence, dans la foule. Le silence n’était pas une option face au racisme et à des manifestants d’extrême droite qui excusent leur présence à Charlottesville en insinuant qu’ils n’étaient là que pour s’assurer que la culture blanche continue d’exister, pour que la statue de Robert E Lee, le général en chef des armées des États confédérés, soit de nouveau érigée.

Aaron Lakoff a scandé quelques slogans d’ouverture, avant de tendre le haut-parleur à Amanie, une membre d’Industrial Workers of the World portant un t-shirt noir orné d’un coup de poing américain et de l’expression «Feminist till I die». Pour ce regroupement syndical, toute blessure subie par une personne est une blessure ressentie et subie par tous. Amanie a précisé que la montée des groupes de suprémacistes blancs d’extrême droite aux États-Unis, comme au Québec avec la Meute, était un danger mortel.

Un silence refusé par près de 400 manifestants à Montréal en soutien à Charlottesville
Photo: Calista Neptune

 

«Je suis épuisé de voir que toute cette merde se continue.»

Samuel R. Friedman, un militant des droits civiques né en Virginie, dont la première participation à une manifestation remonte à son adolescence, en 1959, a suivi. Il a raconté qu’un de ses proches avait été tué par balles par le Ku Klux Klan, en Caroline du Nord, dans les années 1990, et qu’il était épuisé de voir que toute cette merde continuait.

Quand la marche a commencé, les slogans ont continué. Tout près du consulat américain, le graffiti «Fuck Racism» a été rapidement soufflé sur un mur, à quelques mètres d’une voiture de police. Quand les manifestants ont commencé à crier «Make Racists Afraid Again», j’ai constaté tristement que je ne me souvenais pas du tout quelle période ça évoquait, «Quand est-ce qu’ils ont déjà eu peur?»

Certains participants chantaient, presque sur l’air de Moi je connais une chanson pour écœurer le monde, que «Tout le monde déteste les fascistes.» Personne ne s’interposait. Les touristes qui mangeaient aux terrasses des restaurants nichés à côté du métro Place-des-Arts ne bronchaient pas trop, prenaient des photos, demandaient parfois des explications.

Un silence refusé par près de 400 manifestants à Montréal en soutien à Charlottesville
Photo: Calista Neptune

 

Jésus a fait le signe de la paix avec ses doigts et a prononcé le mot «crosseur»

Un Jésus est arrivé soudainement dans la foule et a emprunté une pancarte en mémoire de Heather Heyer. Il a fait le signe de la paix avec ses doigts à quelques reprises. Se rapprochant de Jaggi Singh, il a conversé brièvement avec lui. Le militant contre la déportation d’immigrants a demandé à Jésus pourquoi son père était un crosseur. Jésus a répondu que son père n’était pas un crosseur: «Il était Juif et avait une entreprise.»

Une fois arrivés dans le quartier gai, devant le métro Beaudry, les porteurs de pancartes «Friends don’t let friends join the alt-right» se sont peu à peu dispersés. Je suis rentrée chez moi, après avoir parlé de chats et du silence à dénoncer de certaines personnalités.

La peur ici, à Montréal, est réelle, mais elle n’est pas comparable à ce que vivent les minorités et les personnes vivant avec des oppressions véritables. Comme le rappelle le compte Twitter d’un dénommé Julius Goat, la loi n’a jamais soumis mes arrière-grands-parents à l’esclavage, volé mes grands-parents, emprisonné mes parents et tiré sur moi lorsque j’étais désarmée. Si je ne peux pas avoir les mêmes craintes que les Noirs qui se font insulter et brutaliser, j’ai tout de même le devoir de faire comme les centaines de manifestants du square Phillips: celui de ne pas garder le silence. Je crie mal et j’ai un accent terrible quand je crie «Make Racists Afraid Again», mais je le crie, et je veux bien y croire.

Un silence refusé par près de 400 manifestants à Montréal en soutien à Charlottesville
Photo: Calista Neptune