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Une ultime tentative de faire plier Hydro-Québec

Les travaux pour une nouvelle ligne électrique doivent commencer sous peu

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Photo Jean-François Cloutier Lisette Lapointe, ancienne députée péquiste et mairesse de Saint-Adolphe-d’Howard, mène un combat pour forcer Hydro-Québec à revoir ses plans dans sa municipalité afin d’éviter que des pylônes trônent sur ces montagnes.

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La mairesse de Saint-Adolphe-d’Howard, Lisette Lapointe, soumet un ultime scénario alternatif à Hydro-Québec pour éviter que le panorama de son village bucolique des Laurentides soit « défiguré » par un projet controversé de ligne à haute tension.

Le Village de Saint-Adolphe a financé cet été une étude réalisée par un ancien ingénieur d’Hydro-Québec à la retraite, Jean-Claude Deslauriers, qui mise sur l’enfouissement partiel du projet de ligne de 120 kV du Grand-Brûlé-Dérivation Saint-Sauveur.

Cette ligne de 42,5 km, qui longe Saint-Adolphe sur une dizaine de kilomètres, est construite afin de répondre à l’augmentation de la demande d’énergie dans les Hautes-Laurentides, notamment à Mont-Tremblant.

Ce scénario inédit se ferait le long d’une route existante, près de Saint-Adolphe, pour minimiser les coûts. Il en coûterait 22 % de plus que le projet actuel d’Hydro, soit 126 millions $ plutôt que 98 millions $.

Par contre, il n’y aurait « aucun impact visuel sur le village et ses attraits touristiques », selon Mme Lapointe, rencontrée la semaine dernière à sa résidence de Saint-Adolphe.

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Photo Jean-François Cloutier

Coût caché

« Il y a un coût important qui n’est pas pris en compte par Hydro-Québec. On ruine tout le paysage », s’indigne la mairesse.

Dans ce tracé, environ 10 km de ligne souterraine sont inclus. Le réseau serait même plus robuste qu’avec le projet actuel, selon l’ingénieur qui a planché sur le scénario. Plutôt que de toucher directement 30 propriétaires, il n’en toucherait que 10. Il y aurait 30 pylônes de moins sur les 40 prévus.

Saga

Il s’agit d’une véritable saga qui oppose Saint-Adolphe-d’Howard à Hydro-Québec.

Les artistes Claude Meunier et Guy A. Lepage, qui possèdent des maisons de campagne dans cette municipalité, avaient même dénoncé publiquement en 2013 ce qu’ils estimaient être des manigances de la part de la société d’État dans ce dossier.

Au début août, la MRC des Pays-d’en-Haut a adopté une résolution pour que le premier ministre Philippe Couillard, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand et le ministre de l’Environnement David Heurtel interviennent auprès d’Hydro-Québec afin que la société d’État « accepte d’échanger objectivement avec la municipalité de Saint-Adolphe » sur la proposition d’enfouissement partiel.

Travaux imminents

Contactée hier, la porte-parole d’Hydro-Québec Geneviève Chouinard a dit qu’Hydro-Québec devait absolument commencer les travaux d’ici la fin de l’été.

« Nous avons tenté le plus possible d’accommoder les résidents de Saint-Adolphe et pris en compte plusieurs ajustements au projet », nous a-t-elle dit.

<b>Éric Martel</b></br>
<i>PDG d’Hydro</i>
Photo Agence QMI, Simon Clark
Éric Martel
PDG d’Hydro

Dans une lettre datée du 4 août, l’actuel PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, refuse aussi toute nouvelle rencontre avec Mme Lapointe au sujet du projet.

« Nous ne pouvons pas acquiescer à votre demande », lui répond-il.

Hydro enfouit déjà des lignes aux États-Unis

La mairesse de Saint-Adolphe-d’Howard, Lisette Lapointe, dénonce le fait qu’Hydro-Québec n’hésite pas à enfouir à grands frais des centaines de kilomètres de lignes au sud de la frontière pour accommoder sa clientèle américaine, mais refuse de le faire ici.

Elle donne en exemple le projet de Northern Pass, au New Hampshire. Près de 100 km devraient être enfouis au coût d’un demi-milliard $.

« Pourquoi on enfouit aux États-Unis et pas au Québec ? demande-t-elle. On ne peut pas gaspiller notre richesse de paysage comme ça. »

Selon elle, les ingénieurs d’Hydro lui auraient dit alors que les Québécois n’étaient pas prêts pour l’enfouissement puisque ça coûte plus cher. « Le Québec est peut-être prêt pour l’enfouissement dans des lieux où c’est raisonnable », rétorque-t-elle.

Trop cher

Dans sa réponse à Mme Lapointe en août, le grand patron d’Hydro-Québec, Éric Martel, écrit que l’enfouissement a déjà été étudié pour la nouvelle ligne passant par Saint-Adolphe.

« Nos spécialistes se sont fait un devoir d’examiner tous les scénarios d’alimentation qui leur ont été proposés, incluant des solutions souterraines. Il a été démontré à maintes reprises que cette avenue s’avère trop coûteuse pour l’ensemble des clients d’Hydro-Québec », dit-il.

Mme Lapointe affirme de son côté que la dernière solution proposée ne prône que l’enfouissement partiel de la ligne, pour une augmentation minime de la facture totale.

« C’est un investissement à long terme, sur des décennies. Il faut tenir compte du coût qu’il y a à ne pas enfouir, sur le prix des maisons, sur le potentiel récréotouristique », dit-elle.

Précédent ?

La mairesse dit aussi qu’Hydro n’a pas hésité à procéder à l’enfouissement au Québec dans un projet qui ressemble en tous points à celui du Grand-Brûlé-Déviation Saint-Sauveur. Hydro va enfouir 58 km de lignes au Québec pour amener de l’électricité à New York.

« Dans le cas de l’interconnexion Hertel-New York, les conditions géologiques de la zone d’étude, la technologie de pointe retenue ainsi que son coût raisonnable permettent l’enfouissement simple de la ligne sur une longue distance, sans ajout d’autres équipements électriques à la surface du sol », explique Hydro sur son site internet.

Mme Lapointe croit plutôt qu’Hydro craint un précédent si les plans déjà établis sont revus après une pression populaire.