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J’entrevois le déclin de Netflix

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Nous n’avons jamais regardé autant de télé, de films et de vidéos. Vingt-neuf heures par semaine ! Trois heures de plus qu’il y a quelques années. Diffuseurs et annonceurs seraient morts de rire et riches comme Crésus si tout ce temps était consacré à leurs émissions. Hélas ! c’est loin d’être le cas. Le tiers de ce que nous regardons est relayé par internet plutôt que par le câble, le satellite ou les ondes hertziennes.

N’importe quel téléspectateur bénéficiant de l’internet à une vitesse raisonnable — c’est le cas de la majorité — peut regarder légalement des milliers d’émissions et de séries qui viennent de partout. Si une certaine « illégalité » vous est acceptable — ce qui n’est pas mon cas —, la plupart des grandes chaînes de télé du monde sont à votre portée.

Personne, mais absolument personne n’aurait pu prévoir une avancée pareille lorsque la télévision était captive des ondes hertziennes ou du câble. Seul Marshall McLuhan en a eu l’intuition, au milieu des années 1960, lorsqu’il a exposé sa théorie du « village global », une théorie qui a pourtant peu à voir avec la mondialisation de la culture et de l’information qu’internet rend possible.

L’IDÉE QUI A TOUT CHANGÉ

Il y a moins de cinq ans, lorsque Netflix a commencé sur internet la distribution des films et séries de son catalogue, Reed Hastings, son fondateur, n’avait sûrement pas mesuré toutes les conséquences de son geste. Tout en ouvrant pour lui un véritable coffre aux trésors, c’est une « canne de vers » qu’il a ouverte pour tous les diffuseurs et les distributeurs.

Netflix fut d’abord leur ennemi numéro 1. Puis, les uns après les autres, distributeurs et diffuseurs ont appliqué le vieux dicton anglais : If you can’t beat them, join them !

D’abord honnis par les producteurs, ceux-ci courtisent maintenant Netflix dans l’espoir qu’il participe au financement de leurs productions. C’est ainsi que la CBC a financé sa série Anne. Pour l’instant, Anne est disponible pour tous les abonnés de Netflix à travers le monde, sauf pour les abonnés canadiens.

Le succès de Netflix a fait naître toute une kyrielle de concurrents. Certains très importants comme Google, Apple et YouTube, et d’autres, plus modestes comme tou.tv, illico et Crave TV, chez nous.

LE DÉCLIN DE NETFLIX

Netflix, Google et les « majors » n’en restent pas moins les concurrents les plus sérieux des producteurs. Leurs poches sont profondes et ils n’auront bientôt plus d’autre choix que de produire eux-mêmes de plus en plus d’œuvres originales.

Les meilleurs jours de Netflix et de ses semblables sont déjà derrière eux. Les grands réseaux de télé comprennent maintenant qu’ils n’ont pas intérêt à enrichir Reed Hastings en lui faisant exploiter leurs productions. Pourquoi ne pas les exploiter eux-mêmes en puisant comme Hastings dans la poche du spectateur tous les mois ?

Netflix, Apple, Google et compagnie devront donc produire de plus en plus de séries originales parce qu’ils auront pour leur faire une concurrence directe les productions et le répertoire de tous les grands réseaux. Les sports professionnels les imiteront aussi. Plutôt que céder leurs droits aux réseaux de télévision traditionnelle, ils les exploiteront eux-mêmes en créant leurs propres chaînes internet auxquelles il faudra s’abonner, évidemment.

Jadis gratuite, la télévision de demain nous coûtera de plus en plus cher. Combien ? C’est la question à laquelle je ne saurais répondre.

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