/finance
Navigation

Un produit financier offert aux épargnants musulmans

Wealthsimple lance un service de placements convenant aux lois de la charia

Le premier ministre Trudeau discute avec l’équipe de Wealthsimple lors de sa visite dans leurs bureaux, à Toronto, le 11 mai. Lors de cette visite, Justin Trudeau a salué la vision de Power Corporation pour financer ce type d’entreprise.
Photo courtoisie, Cabinet du Premier ministre Le premier ministre Trudeau discute avec l’équipe de Wealthsimple lors de sa visite dans leurs bureaux, à Toronto, le 11 mai. Lors de cette visite, Justin Trudeau a salué la vision de Power Corporation pour financer ce type d’entreprise.

Coup d'oeil sur cet article

Le service financier virtuel Wealthsimple, financé à plus de 100 millions $ par Power Corp, vient de lancer un produit de placement pour les musulmans adhérant aux lois de la charia, une première au Québec, selon la société.

L’entreprise torontoise offre depuis mercredi un portefeuille boursier permettant aux clients « musulmans pratiquants » d’investir leurs épargnes dans des entreprises qui n’ont pas d’activités commerciales liées à l’alcool, le tabac et les jeux d’argent, notamment.

« Nous voulions offrir un portefeuille qui avait tous les avantages de nos autres portefeuilles tout en respectant les pratiques d’investissement islamiques », a déclaré le président et cofondateur de Wealthsimple, Michael Katchen, par voie de communiqué.

Malgré plusieurs demandes répétées d’entrevue du Journal, la compagnie, qui gère plus d’un milliard $ et qui a obtenu la « bénédiction » du premier ministre Justin Trudeau, a refusé de donner plus de détails sur le fonctionnement de ce nouveau portefeuille.

Pour investir dans ce type de véhicule, le client doit remplir un formulaire en ligne sur le site de Wealthsimple. L’investisseur peut ensuite transférer son argent de son institution financière à son portefeuille halal.

Il n’y a pas de minimum requis. Les investisseurs peuvent déposer aussi peu qu’un dollar. La société met beaucoup de l’avant les coûts bas de ses frais de placements. Ceux-ci tournent autour de 0,40 % et de 0,50 %, selon le montant investi.

Trudeau salue Wealthsimple

Wealthsimple attire l’attention des plus hautes sphères politiques et du monde des affaires. Le premier ministre Justin Trudeau s’est rendu aux bureaux torontois de Wealthsimple au mois de mai dernier pour citer en exemple l’entreprise présidée par Paul Desmarais III, premier vice-président de la Financière Power.

M. Trudeau a affirmé que Wealthsimple était un « exemple de la technologie financière à son meilleur ». Le nouveau produit de placement halal, qui interdit d’investir dans des compagnies liées au cannabis, entre autres, risque par ailleurs d’entrer en contradiction avec les aspirations du premier ministre qui veut légaliser la substance l’an prochain.

Règlementation floue

Les fintecs ne sont pas règlementées par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF).

«Le mandat du BSIF ne couvre pas la règlementation des entreprises de technologie financière. Pour que cela change, il faudrait que le ministère des Finances modifie la loi et, du coup, notre mandat», a résumé Annik Faucher, conseillère en communications au BSIF.

Wealthsimple est par ailleurs règlementé par Commission des valeurs mobilières de l'Ontario.

 

Les institutions québécoises ferment la porte

 

Les grandes institutions faisant affaire au Québec n’offrent pas de produits de la finance islamique à leurs clients, affirment-elles.

La Banque Nationale ferme la porte à ce type de véhicule financier. « Non, nous n’offrons aucun produit financier basé sur l’appartenance religieuse », précise Jean-François Cadieux, directeur principal des affaires publiques de la banque.

Même son de cloche du côté de la Banque Royale qui ne propose ni « produits ou services financiers islamiques », déclare Denis Dubé, son directeur des médias. Le Mouvement Desjardins non plus. Pas plus que la Banque TD qui indique ne pas « offrir de produits conformes aux principes de la charia ».

Demande à venir

Pour le professeur Issouf Soumaré, directeur du Laboratoire d’ingénierie financière de l’Université Laval, les institutions financières pourraient toutefois tirer profit de la demande pour ce nouveau type de produit.

« Les banques ont intérêt à y regarder de près pour aller chercher une clientèle qui ne s’intéresse pas à la finance traditionnelle », a-t-il dit au Journal. Il compare l’offre de ces différents véhicules financiers aux items offerts dans un supermarché. Pour lui, plus il y a de choix, plus il est possible de répondre aux besoins diversifiés de la clientèle.

M. Soumaré note aussi que plusieurs indices suivent déjà les placements conformes à la charia en bourse. « New York, Londres et même Toronto ont de tels indices qui mesurent la performance de ce type d’investissements », observe-t-il.

Selon lui, les produits de la finance islamique sont de plus en plus répandus dans certains pays, mais il ne faut pas exagérer leur importance. « Il faut relativiser, ce n’est pas encore partout », conclut-il.

 

Qu’est-ce qu’un placement halal ?

  • un véhicule sans intérêt
  • sans spéculation
  • avec partage des risques (gains et pertes)

Secteurs interdits :

  • Jeux
  • Armement
  • Pornographie
  • Armes
  • Alcool
  • Tabac
  • Cannabis
  • Porc

Source : Issouf Soumaré, professeur à l’Université Laval