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La Meute en crise de croissance (1re partie)

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« Mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde », disait Camus.

Camus, Albert, philosophe et écrivain français, et non pas Camus, Xavier, prof de philo au cégep et blogueur, opposant féroce à la Meute qu’il décrit comme un groupe d’extrême droite, anti-immigration et anti-islam, une nébuleuse haineuse, toxique et paranoïaque.

Il n’est pas seul à le penser, mais ce Camus-là nous offre un bel exemple de chose mal nommée.

Il n’y a pas si longtemps, le discours de La Meute sur l’islam ne faisait pas dans la nuance, mais, comme me l’expliquait Sylvain Brouillette, le très doué porte-parole du groupe et membre du Conseil dirigeant, « nous avons compris que prendre le problème de front est contre-productif. Il faut plutôt revigorer notre démocratie. »

À condition que la modération ne soit pas un écran de fumée.

La Meute, de gauche ?

Après trois heures au téléphone avec Sylvain Brouillette, des heures à m’ennuyer sur la page Facebook « secrète » du groupe où il ne se dit rien de pire que ce qui se raconte autour des machines à café du Québec, et autant de temps à lire de vieux articles et à écouter des entrevues, je suis incapable de dire avec précision où se situe La Meute aujourd’hui.

Chose certaine, ce n’est pas à l’extrême droite manière KKK, suprémacistes, fascistes ou néonazis.

« Si j’avais à choisir, je dirais que La Meute est de centre-gauche », me disait Sylvain Brouillette, dit Maikan, ou « loup » en Innu.

« Nous sommes contre l’élitisme, anti-establishment, pour la laïcité, les services sociaux, les droits fondamentaux, les syndicats et l’immigration légale. » Il décrit aussi le nationalisme du groupe comme étant « inclusif ».

Il admet que La Meute partage l’enthousiasme de la droite pour la loi et l’ordre, le soutien aux militaires, le succès au mérite et rejette le nivellement par le bas, notamment en éducation. Des idées conservatrices, mais pas extrêmes, encore moins fascistes.

Mais quand on a 60 000 membres, comment faire pour que tout le monde adopte ce ton-là ?

« Nous avons perdu des membres, c’est vrai. Mais c’est le même combat, juste des méthodes différentes. »

Et le look paramilitaire ? « Du marketing... »

L’islam d’abord

La Meute a bâti son fonds de commerce en dénonçant l’islam radical — « pas l’islam culturel » — alors que le gouvernement Couillard essayait d’imposer une loi qui aurait limité la critique des religions. Un cadeau du ciel.

Comme cette déclaration-choc de l’écrivain musulman Salman Rushdie en France, reprise par Le Devoir : « Marine Le Pen sait analyser l’islamisme avec plus de justesse que la gauche. »

Quand une société traverse une période de bouleversements et que ses leaders ne trouvent rien de mieux à dire que tout va bien (c’est-à-dire que les gens sont stupides de ressentir ce qu’ils ressentent), l’idéologie populiste et le franc-parler de La Meute plaisent. Là-dessus, le maire Labeaume a raison. « Je lui ai même écrit pour le lui dire », m’a confié Sylvain Brouillette.

La Meute comble un vide dans le débat public, mais si elle s’éloigne trop de l’opinion publique modérée, elle va perdre la « force du nombre ». Et si elle devient trop consensuelle, elle perdra ses troupes de choc.

La suite dimanche.