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Katy Perry contre Félix Leclerc

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Ces jours-ci, on célèbre les 40 ans de la loi 101. Certains déplorent que, bien qu’on ait francisé les immigrants en rendant l’école française obligatoire, on ne leur ait pas transmis un amour et une connaissance de la culture québécoise. Mais comment pourrait-on le faire si on ne la célèbre même pas nous-mêmes ?

LE CHANT DU PATRIOTE

J’ai reçu récemment une invitation pour le dévoilement, le 6 septembre, de la sculpture en cire de Katy Perry au Musée Grévin. Je n’ai rien contre cette jeune artiste américaine talentueuse qui sera bientôt en concert au Centre Bell et au centre Vidéotron, en chair et en os et non pas en cire.

Mais je me suis rappelé que lors de ma dernière visite au Musée, j’avais été choquée de voir qu’il n’y avait aucune sculpture de... Félix Leclerc. J’ai écrit au Musée et voici le courriel que j’ai reçu : « Malheureusement la statue de Félix Leclerc ne se trouve pas au Musée présentement, cependant nous retrouvons d’autres personnages importants de la chanson québécoise tels que Gilles Vigneault et Robert Charlebois. »

Vigneault, Charlebois, Lady Gaga, Katy Perry... mais pas Félix Leclerc, qui a été notre plus grand chantre de liberté ?

Si on ne célèbre pas nous-mêmes tous nos artistes les plus importants, comment pouvons-nous imaginer que des néo-Québécois venus du Maroc, de Chine ou du Pérou sachent qu’il y a déjà eu ici un poète un peu rêveur qui chantait Le p’tit bonheur ou Moi, mes souliers, mais aussi L’alouette en colère.

« J’ai un fils dépouillé, comme le fut son père, porteur d’eau, scieur de bois, locataire et chômeur, dans son propre pays / Il ne lui reste plus qu’la belle vue sur le fleuve et sa langue maternelle qu’on ne reconnaît pas. »

Je n’ai rien contre Katy Perry. Mais avant de rendre hommage à une « star internationale » est-ce qu’on pourrait s’assurer que les visiteurs du Musée Grévin voient une sculpture de notre plus grand poète ?

QUELLE CULTURE ?

Si vous voulez déprimer solide, visionnez sur Tou.tv le grand reportage de Stéphane Leclair et Judith Plamondon Les Québécois de la loi 101. On y a interviewé des Québécois de toutes origines qui n’ont aucun intérêt à faire leur vie ici et qui « d’ici 10 ans » auront tous quitté la province parce que l’anglais est plus attrayant pour eux.

On y entend aussi des jeunes Québécois de toutes origines qui confirment que, jusqu’à leur entrée au cégep, ils n’avaient lu qu’un ou deux livres québécois. Mais l’anecdote la plus déprimante est celle racontée par Akos Verboczy, l’auteur de Rhapsodie québécoise : Itinéraire d’un enfant de la loi 101.

Dans une salle de classe québécoise, des élèves de toutes les nationalités ont été invités à partager un exemple de leur culture avec les autres : une danse, un chant, etc. Tous ont été applaudis et bien acceptés. Mais quand est venu le tour des Québécois « de souche » de partager un bout de leur culture, ils ont été accueillis par des rires et, même, ont été hués.

Ça me désole, mais ça ne me surprend pas. C’est ça qui arrive quand on fait la promotion de toutes les cultures sauf la sienne.