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Réussir ses études collégiales et universitaires

Université de Montréal
Photo Agence QMI / Archives

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Les étudiants et étudiantes qui entament ces jours-ci le cégep ou l'université s'engagent dans une aventure unique. Comment en tirer le meilleur parti?

(Je reprends ici, en y apportant quelques modifications, le texte d'un billet publié en juin 2015 sous le titre "Lettre aux finissants du secondaire." Ce billet s'adresse d'abord à ceux et celles qui commencent un cycle d'études postsecondaires, mais j'espère que tous les étudiants y trouveront des conseils utiles.)

Avant d’être chroniqueur-blogueur, je suis professeur. Ce qui suit correspond à peu près à ce que je dis aux étudiants qui me demandent conseil sur leur cheminement à l’université, en plus d’autres choses que j’aurais souhaité pouvoir leur dire quelques années plus tôt. Comment tirer le meilleur parti de ses études collégiales ou universitaires?

Mon message se résume en cinq mots: s’engager; découvrir; apprendre; faire; oser.

S’engager

Trop souvent de nos jours, on associe les études postsecondaires à un «service» vendu à une «clientèle». Du point de vue du «client», l’éducation est un «investissement» qui rapportera plus tard des «dividendes» sous forme de revenus plus élevés. Tout cela n’est pas faux. Il peut même être utile pour les économistes de simplifier ainsi une réalité complexe. À mon avis, ce genre d’image dénature ce que les études postsecondaires devraient être.

D’abord, en tant qu’étudiant au cégep ou à l’université, vous ne serez pas un «client» ou une « cliente ». Vous serez membre à part entière d’une communauté. Vos études ne seront pas un service à consommer, mais une expérience de vie qui marquera votre passage à l’âge adulte et contribuera à former non seulement vos habiletés professionnelles mais aussi votre culture, votre personnalité et votre caractère. Saisissez l’occasion et vivez cette expérience pleinement.

Malheureusement, souvent parce qu’ils y sont contraints par la nécessité de travailler à l’extérieur, trop d’étudiants passent à travers ces années comme des spectateurs qui ne font que le strict minimum. C’est une grande perte. Je conçois que c’est un équilibre difficile et qu’il n’y a pas deux cas semblables. Néanmoins, si vous ne pouvez pas faire autrement que de travailler à temps plein ou presque pour subvenir à vos besoins essentiels et que le temps et l’énergie que vous y mettez ne vous permettent pas de vous consacrer sérieusement à vos études, il pourrait être préférable de faire une pause pour mettre un peu d’argent de côté et revenir plus tard à vos études. Quant à ceux et celles qui négligent leurs études pour s’offrir du «luxe» ou se la couler douce, faut-il vraiment que je vous dise ce que j’en pense?

Pour tirer le maximum de votre cégep ou de votre université, il est important de vous engager dans son tissu social. Les liens et réseaux que vous tisserez avec vos collègues, vos professeurs et les autres membres de votre institution seront parmi vos plus précieux atouts pour l’avenir. À propos des professeurs, justement, n’hésitez pas à vous faire connaître d’eux (pour les bonnes raisons). Les groupes seront parfois énormes mais vos professeurs auront beaucoup plus de chance de devenir vos mentors ou de vous aider si vous allez les voir une fois de temps à autre. De la part d’un professeur, une lettre de recommandation écrite à propos d’un nom sur une liste n’aura jamais le même impact que si elle porte sur une personne en chair et en os.

En passant, à propos des professeurs, au cégep et à l’université, plusieurs vont vous vouvoyer et s’attendre à ce que vous fassiez de même. Il faudra vous y faire.

Découvrir

Les études postsecondaires sont une occasion unique de faire des découvertes, que ce soit au plan de votre orientation générale, dans les cours ou dans la vie étudiante. Il y a plusieurs façons de découvrir. C’est pourquoi l’exploration de multiples domaines est une priorité au cégep et dans certains programmes universitaires qui privilégient la formation générale à la spécialisation. Une telle exploration vous ouvrira l’esprit, mais ça vous permettra aussi de mieux apprendre à vous connaître et à vous orienter. Si vous trouvez votre propre voie dès le début, il ne faut pas fermer la porte à la découverte d’autres disciplines qui vous aideront à mieux comprendre le contexte qui entoure votre domaine de prédilection. Il ne faut pas trop s’en faire si vous n’arrivez pas très tôt à choisir ce domaine. Si vous hésitez encore quand viendra l’heure d’un choix de programme, toutefois, il serait souhaitable de privilégier l’option qui vous laissera le plus de portes ouvertes pour l’avenir.

Dans les cours, pour encourager mes étudiants à s’ouvrir à la découverte, je leur dis souvent de redevenir des enfants. Par cela je veux dire ne jamais avoir peur d’exprimer leur curiosité en demandant «Pourquoi?», «Comment ça marche?», «À quoi ça sert?» ou d’autres questions en apparence simples qui sont le moteur de l’exploration.

La vie étudiante est aussi une source de découvertes. Pour plusieurs d’entre vous, le cégep et l’université seront des occasions de découvrir une nouvelle ville ou une nouvelle région, ou encore de côtoyer des collègues eux-mêmes venus d’ailleurs ou même, de plus en plus, de pays lointains. Profitez-en pour ouvrir vos horizons. Et ne vous arrêtez pas là. Si l’occasion se présente, n’hésitez pas à tirer parti des nombreux programmes d’échanges internationaux qui permettent d’aller étudier pour une session ou un an à l’étranger. De tous mes anciens étudiants qui ont participé à de tels échanges, je n’en connais aucun qui ait regretté l’expérience. (Pour les échanges internationaux au cégep, c’est ici. À l’université, voir les programmes offerts par Laval, l’UdeM, l’UQAM, ou le site de la CRÉPUQ pour l'ensemble du Québec)

Apprendre

On va à l’école pour apprendre, c’est évident. Mais apprendre quoi? Certains pensent qu’il importe d’apprendre une compétence directement applicable sur le marché du travail. Il n’y a rien de mal à cela, mais à long terme ce n’est pas ce qui donnera leur pleine valeur à vos études postsecondaires. À mon avis, il est essentiel d’apprendre à raisonner, à écrire et, par-dessus tout, il faut apprendre à apprendre.

Apprenez à raisonner. Tout le monde peut penser mais c'est autre chose de raisonner. Et le raisonnement, ça s’apprend. Peu importe le domaine où vous vous dirigez, il vous faudra apprendre à maîtriser les outils de base du raisonnement et de la résolution de problèmes: la logique, la méthodologie, les mathématiques (eh oui, on ne s’en sort pas) et les statistiques devraient occuper une place de choix dans votre cheminement. Il est d’autant plus important d’inclure ce genre de cours dans votre programme d’études que, contrairement aux langues étrangères ou aux habiletés spécifiques à certains métiers, ces matières peuvent très difficilement être apprises ailleurs que sur les bancs d’école.

Apprendre à raisonner, c’est aussi éviter de tomber dans les pièges du dogmatisme et des idées toutes faites. Que ce soit au-devant de la classe, dans les pages des journaux ou ailleurs, pendant vos études et après, vous aurez affaire à des colporteurs de dogmes ou des idéologues qui tenteront de vous embrigader dans des chapelles ou de vous fixer des œillères au visage. D’autres se contenteront de ressasser des idées reçues ou des mythes sans véritable fondement dans la réalité. Évitez ces pièges en développant votre esprit critique et vos réflexes « d’autodéfense intellectuelle ».

Apprenez à bien écrire. C’est l'une des habiletés concrètes les plus importantes que vous développerez lors de vos études postsecondaires et, pour plusieurs, ce pourrait être la plus importante. Dans l’abstrait, on peut avoir des idées extraordinaires, mais sans l’écriture, qui nous force à structurer et à ordonner notre pensée, même les meilleures idées sont condamnées à rester lettre morte.

Bien écrire permet de concrétiser et de clarifier sa pensée, mais aussi de la communiquer efficacement. Dans tous les métiers et toutes les professions où la communication occupe une place centrale, bien écrire est un atout absolument fondamental. Évidemment, savoir écrire correctement en anglais est aussi un atout incontournable dans de multiples domaines. Selon mon expérience, toutefois, la maîtrise de sa langue première est une condition préalable au développement du talent d’écriture dans une langue seconde.

C’est un dur travail que d’apprendre à bien écrire. Pendant vos études, chaque occasion d’écrire doit être saisie comme une occasion d’écrire bien, en tout temps et en toute circonstance. Vous aurez souvent à écrire dans des situations de stress et de tension énormes comme les examens en salle ou les travaux à remettre dans quelques heures à peine. Il n’y aura pas d’excuse. Si vous avez des difficultés sur ce plan, n’hésitez pas à faire appel dès le début de votre programme d’études aux ressources offertes par votre institution pour vous aider à les surmonter. Aussi, profitez de toutes les occasions qui se présentent pour écrire correctement, y compris les courriels, les textos et les échanges sur les médias sociaux.

Parfaire son écriture doit être un travail de tous les instants. Si les raisons instrumentales ne vous suffisent pas pour faire l’effort d’apprendre à bien écrire, vous pouvez toujours le faire pour l’amour de notre langue et par respect pour ceux qui l'ont maintenue belle et vivante chez nous envers et contre tout. Vous ferez bien plus pour l’avenir du français au Québec en bûchant pour apprendre à bien l’écrire qu’en vous promenant dans les rues avec des pancartes ou des bombonnes de peinture.

Surtout, apprenez à apprendre. Si on peut prédire une chose sur l’évolution de nos sociétés au cours des prochaines décennies, c’est qu’elle nous réserve des surprises, surtout en ce qui concerne l’emploi. Une bonne partie des emplois d’aujourd’hui n’existaient pas lorsque j’étais sur les bancs d’école et vous pouvez compter sur le fait que bien des emplois qui s’offriront à vous dans 25 ans n’existent pas encore. La grande majorité des étudiants d’aujourd’hui auront des carrières professionnelles marquées par de multiples changements. Pour saisir les occasions imprévisibles qui se présenteront à vous, il faudra être prêt à affronter ces changements d’orientation. Même si vous vous engagez dans un programme professionnel, il faudra continuer à parfaire votre formation au fil des ans pour suivre les changements inévitables de votre profession. Pour ce faire, l’acquisition d’une méthode de travail, le développement d’un esprit critique et une maîtrise solide des matières de base s’avéreront indispensables (sur l’acquisition de compétences à l’université, voir ici). L’une des clés du succès dans une économie en mouvement est l’adaptabilité et l’adaptabilité, ça s’apprend.

Faire

Les études collégiales et universitaires ne sont pas seulement une occasion d’accumuler des connaissances théoriques. Elles sont aussi l’occasion de faire des choses concrètes et d’accumuler ainsi les expériences formatrices. Faire des choses concrètes, ça commence dans les cours que vous suivrez. Tous les travaux, les laboratoires, les expériences et les projets que vous réaliserez, seul ou avec d’autres (surtout avec d’autres), seront autant d’occasions de développer votre capacité de travail, que ce soit pour l’utilisation des outils techniques, la gestion du temps ou le développement d’une méthode de travail qui vous est propre. L’acquisition de telles habiletés pratiques vous servira probablement plus longtemps que les connaissances livresques.

Dans plusieurs domaines, apprendre à faire des choses peut aussi signifier tirer parti d’un stage de formation en milieu de travail. Les programmes universitaires les plus dynamiques offrent pour la plupart de tels stages qui enrichissent beaucoup la formation de leurs étudiants. Si vous me permettez de prêcher pour ma paroisse, mon propre département (science politique) à l’Université de Montréal offre environ 150 stages par année aux quatre coins du monde pour les étudiants de premier cycle; certains sont rémunérés, d’autres pas. Souvent, nos étudiants apprennent à se rendre indispensables et s’assurent ainsi un premier emploi avant même de terminer leurs études. Dans presque tous les cas, l’expérience leur permet de prendre une longueur d’avance sur le marché du travail.

Faire des choses, ça peut aussi vouloir dire s’engager dans des activités culturelles, sportives ou autres. En plus de concrétiser votre engagement dans la communauté et d’approfondir les liens avec vos collègues, de telles activités vous permettront de développer des habiletés concrètes. Après tout, la plupart des grands journalistes ont scribouillé leurs premiers articles dans les journaux étudiants et, pour le meilleur ou pour le pire, beaucoup de politiciens ont fait leurs premières armes dans les conseils étudiants et les fédérations étudiantes.

Oser

J’ai déjà mentionné qu’il ne faut pas vous gêner de demander «Pourquoi?». J’ajoute ici que parfois il faut aussi demander «Pourquoi pas?». Oser, ça signifie penser en-dehors du cadre, prendre des risques, innover, questionner l’autorité et se forcer soi-même à sortir de sa zone de confort. Pendant la période d’exploration que représentent les deux ans du collégial, vous aurez la possibilité d’explorer des sujets nouveaux ou difficiles. Osez le faire.

Oser, ça veut aussi dire s’affirmer. Quand vous aurez trouvé votre voie, vous pourrez éventuellement faire entendre votre voix. Avec les années, vous gagnerez de la confiance, votre personnalité et vos idées se préciseront et, en approfondissant vos connaissances et vos compétences dans votre domaine de prédilection, vous pourrez mieux comprendre ce que vous avez d’unique et d’original à apporter à la société. C’est à vous de trouver cette voix, mais ne vous faites pas d’illusions: ce ne sera pas facile et c’est à force de travail que vous y parviendrez. Par où commencer? Quand vous serez en classe et que votre professeur demandera s’il y a des questions ou des commentaires, n’ayez pas peur de lever votre main, même si personne d’autre n’ose le faire (surtout si personne n’ose le faire!).

Finalement, osez l’excellence. Pendant les quelques prochaines années, vous ferez vos propres choix et si vous vous traînez les pieds, c’est à vous-même que vous aurez à rendre des comptes. Le monde de demain ne sera pas moins compétitif que celui d’aujourd’hui, alors si vous voulez vous y préparer adéquatement, pourquoi ne pas viser le cercle des gagnants? Il y a une raison instrumentale pour cela, bien sûr: avec les résultats les plus élevés viennent les sélections dans les meilleures écoles, les meilleurs programmes et l’obtention de bourses qui vous permettront de vous faire payer pour étudier au lieu de l’inverse (pour un bref aperçu des bourses disponibles, voir ici). Les distinctions et bourses iront bien à quelqu’un, alors pourquoi pas vous? Évidemment, tous ne peuvent pas être premiers de classe mais, si on vise l’excellence, l’effort est pleinement récompensé par la satisfaction de repousser ses limites.

Pour conclure, donc, félicitations d’avoir franchi tous les obstacles pour vous rendre où vous êtes. Amusez-vous bien pendant les quelques jours de l’accueil, mais ne tardez pas trop ensuite à vous mettre au boulot sérieusement. Mes collègues et moi vous attendons avec impatience dans les salles de cours et les laboratoires. C’est un privilège pour nous de vous accompagner dans cette aventure. Bonne rentrée!

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM