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Il a traversé 10 pays avant de se présenter au Canada

Un des demandeurs d’asile à avoir récupéré son aide financière de dernier recours mercredi

Le demandeur d’asile haïtien Paul Dayou s’est directement dirigé
Photo Benoit Philie L’homme de 29 ans a refusé de montrer son visage pour éviter de nuire à son processus d’immigration.

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Un demandeur d’asile arrivé au Québec avec 72 $ en poche après avoir traversé 10 pays était soulagé mercredi en récupérant son chèque d’aide sociale de 653 $ qui lui permettra de manger et de payer son loyer, dit-il.

«Ici, toutes les choses sont très chères... avec 100 $, on achète peu de choses. Et j’ai tout laissé chez moi en Haïti», lance Paul Dayou, 29 ans, en sortant du centre d’hébergement pour migrants, où on lui a remis un chèque d’aide financière de dernier recours.

Le demandeur d’asile haïtien Paul Dayou s’est dirigé vers la banque après avoir récupéré son chèque d’aide financière de 653$ mercredi.
Photo Benoit Philie
Le demandeur d’asile haïtien Paul Dayou s’est dirigé vers la banque après avoir récupéré son chèque d’aide financière de 653$ mercredi.

Le gouvernement du Québec a commencé mercredi la distribution de ces chèques à près de 4000 migrants arrivés au pays dernièrement. Environ 2,5 M$ seront versés aux demandeurs d’asile ce mois-ci.

Mercredi, des chèques ont été remis au stade olympique ainsi que dans l’ancien édifice des Sœurs de la Providence, à Ahunstic-Cartierville, où a résidé M. Dayou avant d’aménager dans un logement à 700 $ par mois avec deux amis la semaine dernière.

«Quand je suis arrivé il y a un mois, j’avais un peu d’argent, mais j’ai des amis qui n’avaient rien du tout.», dit l’Haïtien, qui mélange un peu le français, l’espagnol et le créole.

«Maintenant, je veux acheter des meubles pour ma maison. Et de la nourriture. Du riz... du poulet», dit-il, en remerciant les Québécois, qu’il qualifie de «très aimables et respectueux».

10 pays

M. Dayou a quitté son pays en 2015 avec la ferme ambition de se rendre jusqu’ici pour mener une meilleure vie, dit-il. Tellement, qu’il a été prêt à abandonner sa mère et à traverser 10 pays en deux ans.

«Brésil, Équateur, Colombie, Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, Guatemala, Mexique, États-Unis... puis Canada. J’ai passé des jours à marcher... c’était une expérience extrêmement difficile», assure-t-il, en baissant les yeux.

Il dit avoir passé six mois en Floride avant de traverser la frontière canadienne de manière irrégulière le mois dernier. Il espère étudier la climatisation, travailler, mais surtout rester au pays pour de bon.

«Moi je veux rester ici. Ma décision est de rester ici. Je demande à Dieu et à toutes les forces de pouvoir rester ici», dit-il.

D’autres demandeurs d’asile croisés au centre d’hébergement ont tenu à remercier les Québécois pour leur accueil, l’un d’eux qualifiant le Canada de «pays béni».

Un réfugié haïtien d’une cinquantaine d’années a pour sa part indiqué qu’il souhaitait avant tout travailler pour gagner son argent.

«Je ne suis pas au Canada pour le chèque, je suis ici pour travailler», a assuré le plombier de profession au Journal.

Arrivées stables

Du côté de la frontière, l’arrivée de demandeurs d’asile s’est stabilisée cette semaine à un peu plus d’une centaine de personnes par jour, soit près de 1000 par semaine, selon le Syndicat des douanes et de l’immigration.

La semaine dernière, on comptait entre 200 et 250 demandes par jour, alors que ce nombre pouvait atteindre 500 au début du mois d’août. Le campement érigé à Saint-Bernard-de-Lacolle accueillait environ 175 demandeurs d’asile mardi, comparativement à 1200 il y a deux semaines.

Depuis le début de juin, au moins 8000 migrants sont entrés de manière irrégulière au pays, principalement au Québec, en espérant fuir les politiques anti-immigration de Donald Trump.