/misc
Navigation

La rentrée, quand ton enfant est l'indésirable

La rentrée, quand ton enfant est l'indésirable
bramgino - stock.adobe.com

Coup d'oeil sur cet article

On parlait, l’autre jour, pis tu me disais, sanglots dans la voix, que ton garçon de dix ans est « le p’tit Maudit » de son groupe depuis la petite enfance. T'as fait tout ce qu’il fallait faire, t'as consulté tous les spécialistes que t'as pu voir, il en reste pas moins que ton gars, c’t’un p’tit maudit. 

Depuis la garderie, qu’y mord, griffe, tape, vole, fait tomber les p’tits amis. Il fait des crises d’apocalypse pour un oui ou pour un non. Tellement, qu’à côté de la définition de « crise de bacon », y’a sa face, dans les encyclopédies de comment ne pas rater son rejeton. 

Il s’est fait mettre à la porte de deux garderies, c’est pas peu dire!

Pis toi, la mère, t'es une éducatrice en service de garde, quand même! Mais comme me l’a dit un jour une bien sage personne : « On aura beau revirer le monde pour élever nos enfants, ya une partie de leur destin qui n’est pas entre nos mains. » Ça veut dire que malgré tous nos efforts, la personnalité de quelqu’un, c’est inné, pas acquis. 

Fait que t'auras beau élever les enfants des autres avec brio, ça veut pas dire que tu vas l'avoir facile avec son propre poupon.

Cordonnier mal chaussé, qu’y disent.

Fait que le p’tit maudit, rendu à l’école, il reste un p’tit maudit. Celui qui fait des singeries, qui écoute pas les enseignants. Mais c’est aussi parfois le méchant. Tsé, l’enfant qu’on veut pas avoir, celui qui vole des bonbons sur l’heure du diner, au dépanneur.  Pis t'as ben beau aller voir tous les spécialistes que l’école t'ordonne de consulter, ton gars, y'a rien. 

Quand t’en es rendue (pis l’école itou), à espérer que ton enfant soit diagnostiqué de quelque chose, c’est que t’es désemparée pas à peu près. Parce que malgré le fait qu’on souhaite de maladie à personne, des fois c’est rassurant avoir une explication autre que « c’t’un p’tit maudit, votre enfant, madame. ». Mais non,tu restes dans le néant, parce que ton enfant il a rien d’autre qu’un mauvais caractère. 

Fait qu’à chaque mois d’aout, t'angoisses. Tu paniques, à te demander quelle lubie va passer par la tête de ton p’tit de moins en moins p’tit. Et si il décidait de voler le contenu des boîtes à lunch, cette année? Et si il commençait à donner des taloches au rack à bécyk? Ça va prendre combien de temps avant que l’école appelle?

Tu vis une angoisse de la rentrée de niveau professionnel. Tu dors pus, parce que tu l'aimes, ton bum, mais tu sais pus quoi faire avec.  Chaque nuit, l’insomnie te rattrape, mais tu trouves pas plus de solution à ton problème qui est de plus en plus le problème du reste du monde, aussi.

Parce que tout ton amour de mère vient pas à bout de l’instinct destructeur de ton humain préféré, pis que t'as peur qu’il finisse par briser pour de bon son p’tit frère pis sa petite sœur, tu commences à penser à le placer. Jamais ben, ben longtemps, mais l’idée revient de plus en plus souvent. 

Les intervenants externes, aussi, t'en ont touché un mot : « Avez-vous déjà pensé à le placer dans une résidence spécialisée, madame ? » Avec un détachement qui a eu l’effet d’un coup de poignard. 

Tu te sens abandonnée d’un système qui a baissé les bras avant toi. Tu as l’impression que ton fils est déjà invisible, parce que trop visible. Comme si on avait décidé de l’ignorer jusqu’à ce qu’il parte de lui-même. 

Candidat de rêve au décrochage, tu continues à faire tout ce que tu peux pour le garder intéressé. Tu rêves qu’il trouve enfin quelque chose qui lui convienne et le passionne tout autant que le trouble qu’il cherche toujours à faire. 

À la fin de la dernière année scolaire, ton fils a découvert la magie. Ben oui : un matin, un prof a eu l’idée d’expliquer un problème de maths avec un tour de magie. Sans mauvais jeu de mot, tu as vu ton fils se transformer, comme sous l’effet d’un charme. 

Il s’est mis à s’enfermer dans sa chambre, pour apprendre de nouveaux tours. À sortir de sa chambre, pour te les montrer. À avoir les yeux qui brillent, de fierté. Ton p’tit gars qui répétait sans arrêt qu’il n’était pas bon à rien d’autre qu’à faire du mal, s’est mis à s’épanouir et à découvrir la beauté de l’estime de soi. Toi, tu as commencé à voir une petite lumière apparaître, au bout du tunnel encore très long que tu as à lui faire traverser. 

Cette année, tu envisages enfin avec moins d’anxiété la rentrée scolaire de ton gars. Tu as enfin trouvé quelque chose à quoi le raccrocher, pour l’aider à traverser les mauvaises journées à l’école. Tu as trouvé comment mettre de la couleur dans la vie de ton enfant.