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Mes hommages, messieurs

Mes hommages, messieurs

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La photo, devenue virale sur Internet, prise à Houston par un photographe de l'Associated Press, David J. Phillip, d’un homme qui porte dans ses bras une femme et son bébé vers un lieu sûr est allée tout droit à mon cœur de femme et de mère.

Tout comme cette photo du Journal montrant des policiers qui ont sauvé un bébé de 18 mois laissé seul dans un appartement en feu à Montréal.

Oui, il existe bel et bien une forme de noblesse toute masculine.

J’ai eu la même pensée lors des événements du 11 septembre 2001 en voyant des pompiers, et pompières, mais en grande majorité des hommes, monter dans les tours du World Trade Center sachant qu’ils n’en redescendraient probablement jamais.

On l’a vu aussi lors de l’incendie de la tour Grenfell à Londres. Heureusement, tous sont sortis vivants mais démolis de ne pas avoir pu sauver plus de gens. J’ai lu des témoignages déchirants. Je ne sais pas comment on survit mentalement aux images que certains de ces pompiers ont vues et encore moins, comme ils font pour retourner faire le même travail après quelques jours de repos.

La force et le courage masculins ne sont pas un instrument de torture et de domination, à moins qu’on ait affaire à des criminels violents ou des malades.

Certaines féministes radicales essaient de redorer le blason du discours anti-hommes mais je refuse, et refuserai encore et toujours, en tant que femme et féministe, de voir dans l’homme, l’ennemi naturel de la femme.

Hommes et femmes, nés ou trans, c’est sans importance, forment un tout : l’humanité.

Hommage à mon mari

J'ai célébré cette semaine mon cinquième anniversaire de mariage avec un homme bon, sa plus grande qualité, avec une âme d'artiste et une vie de gars-gars stéréotypée au possible. Un mâle qui aime la mécanique, les moteurs à combustion, les outils et surtout le travail manuel de précision. Il peut démonter une caméra de cinéma et la remonter les yeux bandés. Il a fait carrière comme technicien de cinéma de haut niveau, appelé partout en Amérique du nord par des réalisateurs qui ne juraient que par lui.

Il a aussi été photographe pour une grande agence de presse. 

Il préfère les manuels techniques aux romans. Et puis après ?

Il a réalisé 700 sauts en parachute. Ça, ça m’impressionne.

Il trippe sur les motos et sur les pépines.

Cultivé mais sans jamais l'étaler – passionnée de Grèce antique - il a côtoyé les grands de ce monde, têtes couronnées, scientifiques et artistes, en tant qu'assistant de son père, le photographe Gaby.

J’aime quand mon chéri il me raconte la journée d’hiver qu’il a passé à 10 ans avec son papa au studio du peintre A.Y. Jackson du groupe des Sept dans le nord de l'Ontario et l'éblouissement qu'il a ressenti.

Ou la visite de la star d’Hollywood Jayne Mansfield à la maison familiale à Ahuntsic quand elle a aligné sa généreuse poitrine avec le visage d’un enfant de 12 ans pour l’embrasser sur la joue, un événement dont il ne s'est jamais tout à fait remis. Jayne, comme il l'appelle, était une amie de Gaby qui a profité de son passage à Montréal - pour inaugurer le centre commercial Fairview (!) de Pointe-Claire - pour la photographier dans son jardin de la rue Francis en déesse grecque.

Ou la fois où il a presqu'assommé le prince Philip pendant que son père photographiait la reine Élizabeth (le prince n’a rien vu, ouf !). Ou quand le défunt roi Hussein de Jordanie a traversé la grande salle de son palais à Amman, pour accueillir Gaby et son jeune assistant et leur présenter, en première mondiale, sa fiancée, l'américaine Lisa Halaby, devenue la reine Noor.

La photo-scoop a fait la une du magazine Time. Mon chéri y était.

Grand et fort, au collège il défendait, avec ses poings s’il le fallait, les bolés de l’école contre leurs intimidateurs.

Jeune hockeyeur de talent, il a cessé de pratiquer ce sport quand il a compris qu’on s’attendait de lui qu’il utilise la violence pour gagner

Je l’ai vu aussi tout quitter pour se substituer à temps plein à une mère absente, celle de son fils.

Il a pris soin de sa propre mère, devenue  veuve en 1991, jusqu’à sa mort à 87 ans en 2015. Quand elle est décédée, un voisin est venu lui témoigner son admiration.

Depuis 26 ans, mon chéri agit en tant que conservateur bénévole de l’œuvre de son père.

Les archives nationales du Québec ont acquis les sujets québécois de Gaby il y a sept ans mais la portion la plus impressionnante de l’œuvre, soit les 75 000 photos de grands hommes et de grandes femmes du monde entier qui ont marqué le XXe siècle, cherche encore un domicile fixe.

C'est comme si l'État ne préservait que les tableaux de maîtres qui montrent des paysages ou des personnages québécois.

Les photographies de Gaby ont été exposées à Moscou, à New York et au musée d’art de Los Angeles, ainsi qu’au Musée des Beaux-Arts de Montréal dans les années 60 mais nos archives nationales, du Québec et du Canada, n'en veulent pas.

Ou si, ils en veulent mais à condition que l'oeuvre soit donnée alors qu'elle vaut des millions. Ils le savent car ce sont leurs fonctionnaiers qui ont demandé les évaluations.

Pas d’argent pour ça et pas de reconnaissance pour le travail du fils qui a préservé cette collection patrimoniale pendant toutes ces années, sans aide de personne, malgré les promesses d'Hélène David alors qu'elle était ministre de la Culture. Un travail colossal qui lui a coûté une fortune en temps et en argent et en émotions.

Mais mon chéri continue de se battre pour trouver un mécène, quelque part.  

Si vous en voyez passer un, vous lui faites signe ?

Mon chéri aime gueuler, provoquer – il est en colère contre tous ceux, surtout les gouvernements, qui ont si mal traité son père et lui ont volé ses photos à tour de bras - mais c’est aussi un tendre fini qui pleure devant des vidéos de chats. Les animaux le suivent comme si c’était Saint-François d’Assises.

Je possède une photo de lui en train de faire gentil-gentil avec un tigre qu'il tient par le cou.

En prime, il est beau. Et surtout, c'est moi qu'il aime.

Et je l’aime aussi.

Bon anniversaire mon amour.