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J’ai fait appel à un coach de séduction pour enfin ne plus être seul et misérable

Paul de Séduction514
Capture d'écran/Facebook Séduction514 Paul de Séduction514

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Et si l’art de la séduction n’était qu’une peinture à numéro : calculé, prémédité et désespérément prévisible?

C’est ce qu’on pourrait croire en consultant la page Facebook de Séduction514, un service de coaching pour hommes désirant obtenir plus de «succès avec les femmes».

Paul de Séduction514
Capture d'écran/Page Facebook de Séduction514

«Un truc pour éviter la friendzone» et «Comment passer du salon au lit» : voilà des tutoriels qui, a priori, n’évoquent guère la romance et suintent de cynisme.

La séduction ne devrait-elle pas être un langoureux tango rythmé d’heureux hasards?   

C’est pourtant grâce à ces vidéos didactiques que Paul, un diplômé en techniques policières âgé de 30 ans, s’est bâti une clientèle d’ici et d’Europe lui permettant de vivre de son «art». 

Avoir du «succès avec les femmes»

Cette expression revient souvent dans le jargon des pros de la drague.

Est-ce là une grossière généralité réduisant les femmes à des trophées de chasse? Une supercherie pour soutirer une couple de bruns à de pauvres types malchanceux en amour? 

J’étais curieux, donc je me suis inscrit incognito. 

Je jouerais le rôle d’un gars récemment séparé. Mon personnage a la cruise rouillée et comme le service à l’auto McDo, il ne close jamais! 

Au pire, je réaliserai que Paul est un charlatan misogyne, et au mieux, je connaîtrai enfin les secrets qui me rendront charmant et irrésistible. (et ma grand-mère pourra arrêter de prier le Seigneur de me trouver une blonde) 

Consultation téléphonique de 90 minutes 

Quelques jours après mon premier courriel, Paul me donne rendez-vous par téléphone pour ma consultation gratuite. 

Il me pose une série de questions non sans rappeler celles d’un entraîneur qui établit un programme de gym : mes habitudes de vie, mon emploi du temps, mes objectifs, etc. 

Paul est structuré, prend des notes, demande des précisions. Viennent ensuite les mises en situation.

«Sur une échelle de 1 à 10, à quel point es-tu game d’aborder une femme dans la rue?» 

Mon personnage est grivois et macho. Je tente de provoquer une déclaration maladroite ou incendiaire qui confirmera mes préjugés négatifs. Il ne mord pas. 

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Coudon, suis-je chez...

Paul de Séduction514
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Les dernières minutes de la conversation se transforment en pitch de vente. Pour environ 500 dollars par séances de deux heures, il m’accompagnera «sur le terrain» pour m’apprendre à aborder de belles inconnues. 

Comme un divan neuf, je peux choisir entre deux teintes : Paul qui se spécialise dans les sessions de jour et William pour les approches nocturnes. Il propose aussi d’échelonner les paiements sur plusieurs mois. 

Je décline et il m’offre son forfait en ligne pour 100 $.

Un gars ordinaire devient coach de flirting

Puisque je ne compte pas sortir mon portefeuille, je lui avoue finalement que je fais un reportage. Après hésitation, il accepte de me rencontrer pour une entrevue. 

Paul est sympathique et beau garçon (je lui donne un solide 7/10!), mais il est loin du tombeur suave ou du player alpha. Sportif et un peu geek sur les bords, il ne boit pas d’alcool. Il reste discret sur sa vie amoureuse actuelle, mais raconte que sa crainte de solitude l’avait longtemps gardé dans des relations plus ou moins heureuses. 

William, son partenaire d’affaires, admet dans sa biographie sur le site web de l’entreprise avoir perdu sa virginité à 25 ans.

Coach William de Séduction514 nous apprend «cruiser» à l'Halloween.
Capture d'écran/Page Facebook de Séduction514
Coach William de Séduction514 nous apprend «cruiser» à l'Halloween.

C’est vers la mi-vingtaine que Paul a découvert le monde des Pickup artists (PUA) et qu’il s’est lancé dans l’étude des «techniques» mises de l’avant par ces gurus de la drague. 

D’un naturel aidant (il dit faire beaucoup de bénévolat), il partageait ce qu’il apprenait à ses amis et le feedback positif l’a convaincu d’en faire une job. 

Des méthodes controversées

Les PUA ont connu une certaine notoriété médiatique au milieu des années 2000. La référence en la matière étant le livre «The Game : Les secrets d’un virtuose de la drague», écoulé à plus de 2,5 millions d’exemplaires. 

De vives critiques, souvent fondées, se sont fait entendre à l’égard de ces «artistes» et des communautés en ligne qui s’y rattachent : machisme dégoulinant, pragmatisme amoral... 

Le negging, une approche visant à subtilement dévaloriser une femme afin de la rendre vulnérable et plus réceptive aux avances, a certes contribué à cette mauvaise presse. Des visages publics de cette communauté poussaient la note avec des propos carrément haineux. La tenue d’une conférence à Montréal par l’Américain Roosh V avait d’ailleurs soulevé un tollé au Canada en 2015

Une approche différente

Si initialement j’appréhendais ce type de discours phallocrate et violent, je ne retrouve rien de cela chez Paul. 

Sa clientèle se composerait majoritairement de jeunes hommes qui cherchent l’amour (et les histoires d'un soir en attendant celui-ci), mais qui se ramassent seuls devant la télé ou l’ordi le vendredi soir venu, victimes de leur maladresse et leur manque de confiance.

Paul de Séduction514
Capture d'écran/Page Facebook de Séduction514

Il n’adhère aucunement aux approches négatives. Les notions de respect et d’humilité reviennent fréquemment, surtout en situation de rejet. Pour lui, l’essentiel est de ne pas craindre de se faire «revirer de bord», ce qui exige également de savoir l’accepter dignement. 

À l’entendre parler, on flirte davantage avec le développement de l’estime de soi et la motivation personnelle. Ses conseils s’apparentent à ceux qu’on donne aux chercheurs d’emploi : l’habillement, le débit de voix, les sujets à aborder, la posture et le positivisme.

Ça tue quand même la magie? 

Et qu’en est-il de l’individualité de chaque femme?  

Je lui mentionne que plusieurs femmes de mon entourage ont eu une mauvaise impression après avoir brièvement consulté sa page. Elles conçoivent difficilement qu’un homme décrive de façon si impersonnelle qui elles sont et ce qu’elles désirent.   

Il concède que la systématisation de la drague et les choix de mots parfois licencieux peuvent paraître absurdes ou choquer. Il explique toutefois que son auditoire a besoin de cette schématisation simple et «logique», afin de dédramatiser des situations sociales qu’ils redoutent. 

Paul de Séduction514
cunaplus - stock.adobe.com

Sa méthode pédagogique inclut même des dessins de scénarios de cruise, comme le coach de hockey ou le prof de tango qui marque les pas de danse au sol. La confiance et le naturel viendront avec la pratique.

Force est d’admettre que «sois juste toi-même, tout va bien aller» est le genre de phrase creuse qui n’a jamais réellement aidé une personne anxieuse. 

Mais concrètement? Une démo svp

Je lui demande une démonstration et d’un seul bond, il se lance.

Il accoste doucement une passante et complimente son style. Elle s’arrête et lui sourit. Il ajoute une phrase anodine qui pourrait ouvrir la porte à une conversation sans trop l’imposer. «Ah! T’es gentil, mais je dois me rendre au travail.» Ils se souhaitent bonne journée. 

Pas de «hey beau bébé». Pas de «come on, enweille». Je ne suis pas dans la tête de la fille, mais rien n’indique qu’elle fut importunée outre mesure. Son sourire semblait franc. 

Lors d’une séance régulière, c’est l’élève qui devrait ensuite affronter sa peur et tenter d’aborder une femme qu’il trouve intéressante et mignonne. Il répèterait l’exercice dans différents contextes avec les commentaires et les conseils du coach. 

Je réalise que l’art de la séduction selon Séduction514, c’est surtout oser solliciter l’attention en public et l’affection en privé sans faire chier, tout en sachant gérer le rejet sans chigner.

On entend que les hommes de la province trainent la réputation de piètre dragueur. Alors, si ce sont des leçons truffées de généralités et de psycho-pop dont certains ont besoin pour arrêter de «cat call» vulgairement, de dire d’ennuyantes sottises lors d’une date ou de rester dans le coin du bar à fixer toute la soirée sans faire de moves, eh bien pourquoi pas? 

PS. Je me permets cependant un petit conseil, messieurs. La meilleure façon de ne pas tomber dans la friendzone est de valoriser l’amitié.