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1,2 G$ en crédits d’impôt depuis 10 ans

Le Québec s’est montré généreux envers des entreprises « sous respirateur artificiel », dénonce un chercheur

Ubisoft
Photo Stéphane Bouchard Le ministre des Finances, Carlos Leitao, le PDG des studios de Toronto, Montréal et Québec d’Ubisoft, Yannis Mallat, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et le cofondateur et PDG d’Ubisoft, Yves Guillemot, lors de l’annonce des investissements d’Ubisoft au Québec en conférence de presse, mardi matin, à Chicoutimi.

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Le gouvernement du Québec a versé pas moins de 1,2 milliard $ en crédits d’impôt depuis 10 ans majoritairement à des entreprises étrangères pour la production de titres multimédias.

Les données compilées par Le Journal indiquent que les sommes consenties en dépenses fiscales pour la production de titres multimédias ont triplé depuis 10 ans, passant de 60 millions $ en 2007 à 178 millions $ en 2016.

L’an dernier, le programme a permis le maintien de 11 000 emplois au Québec dans le secteur du jeu vidéo.

Le crédit d’impôt offert peut atteindre 37,5 % des salaires des employés admissibles des entreprises de production de titres multimédias comme les jeux vidéo.

« Beaucoup d’argent »

« C’est beaucoup d’argent que l’on donne à des entreprises qui demeurent pour la plupart sur le respirateur artificiel. Et ça revient très cher pour chaque emploi maintenu », déplore le chercheur de l’Institut économique de Montréal (IEDM), Alexandre Moreau.

Selon ce dernier, la française Ubisoft a touché 85 millions $ l’an dernier en crédits d’impôt de la part du gouvernement Couillard pour maintenir 3600 emplois permanents au Québec.

Selon M. Moreau, sans les crédits d’impôt touchés par Ubisoft et « généreusement offerts par Québec », l’entreprise n’aurait pas été rentable depuis 10 ans.

Le gouvernement du Québec reconnaît que l’argent offert à Ubisoft est significatif alors que l’entreprise prévoit l’embauche de 1000 nouveaux travailleurs.

« Le crédit d’impôt appliqué sur les 1000 emplois créés par Ubisoft représente une dépense fiscale d’environ 160 millions $. C’est un investissement considérable. C’est un choix que l’on fait », a estimé hier le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Des crédits contestés

« Aberrant, scandaleux et surtout ridicule ! » lance l’homme d’affaires et PDG de Coveo, Louis Têtu, ajoutant que la vaste majorité des entreprises qui touchent ces crédits d’impôt n’ont pas leur siège social au Québec, comme Ubisoft, Eidos, Beenox ou Warner Bros.

« Moi, je dois aller chercher mes travailleurs en France en ce moment, car nous sommes en pénurie ici et que je suis en compétition directe avec des entreprises qui ont droit à de généreux crédits d’impôt », a tonné le PDG en beau fusil.