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L’Université Laval surveillera les initiations

La direction menace les associations étudiantes de sanctions en cas de dérapages

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La nouvelle rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, estime que les agressions survenues dans les résidences étudiantes l’automne dernier ont mené à une prise de conscience. « Le Québec au complet a grandi au cours de la dernière année », affirme-t-elle.

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C’est jour de rentrée sur le campus de l’Université Laval, où des milliers d’étudiants participeront cette semaine aux activités d’initiations organisées par les associations étudiantes, qui pourraient être sanctionnées en cas de dérapage, prévient l’administration universitaire

Robert Beauregard, vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes, tient d’abord à rappeler que les activités d’accueil se « passent très bien » dans 98 % des cas. « Ça joue un rôle très positif pour les étudiants », souligne-t-il.

Formation pour 300 étudiant

Afin d’assurer le bon déroulement des initiations, environ 300 étudiants ont reçu juste avant la rentrée une formation sur les violences sexuelles et la consommation d’alcool afin de savoir comment intervenir lors de ces activités, une première. Chaque année, près de 600 étudiants participent à l’organisation des initiations lors de la rentrée

Mais la direction universitaire affirme aussi être prête à intervenir en cas de dérapages. « S’il y a des comportements inacceptables qui se produisent, on est prêt à y faire face et il peut y avoir des sanctions », prévient M. Beauregard.

En cas d’incidents lors d’activités qui se déroulent à l’extérieur du campus, l’Université Laval ne peut sanctionner des individus, mais pourrait plutôt sévir contre les associations étudiantes, responsables du bon déroulement des initiations.

« Il y a certaines mesures qu’on pourrait mettre en place, ça pourrait aller jusqu’à dire aux associations qu’elles pourraient perdre leur accréditation si ça se passe mal au cours des prochaines années », affirme André Darveau, vice-recteur à l’administration.

« Notre rôle en tant qu’université s’arrête ici, sur le campus, poursuit-il. Notre façon de fonctionner a été en prévention pour sensibiliser les étudiants, parce que ce sont les organisateurs qui sont responsables de ces activités-là. Et on leur a fait bien comprendre qu’il fallait qu’ils assument ce rôle et ces responsabilités pour faire en sorte que ça se déroule bien. »

Pas une bonne solution, selon les étudiants

Du côté de la CADEUL, qui représente les étudiants du premier cycle, on affirme que les associations étudiantes sont de plus en plus sensibilisées à la violence sexuelle. Son président, Samuel Rouette-Fiset, n’est « pas contre » d’éventuelles sanctions en cas de dérapages, mais estime que la suspension de l’accréditation « n’est pas du tout une option ».

En plus d’empêcher les étudiants de « faire des partys », cette sanction priverait les étudiants « du droit d’être représentés sur les instances de l’Université Laval pour des enjeux académiques », explique le président de la CADEUL.

Au cours des dernières années, des dérapages survenus lors d’initiations sur les campus québécois ont fait la manchette. Plus de 9000 étudiants participeront cette semaine aux différentes activités d’accueil et d’intégration organisées par une soixantaine d’associations étudiantes à l’Université Laval.

L’UL veut encadrer les relations entre profs et étudiants

L’Université Laval veut encadrer les relations intimes entre professeurs et étudiants, comme le recommande Québec dans le cadre de sa stratégie provinciale pour lutter contre les violences sexuelles.

Ce document recommande aux universités de se doter d’un code de conduite qui prévoit des « principes et balises devant guider, notamment les relations intimes » entre un membre du personnel « en situation d’autorité » et un étudiant.

« C’est certain qu’on va vouloir regarder ça, lance Lyne Bouchard, vice-rectrice aux ressources humaines à l’Université Laval. L’idée, c’est de se doter des mêmes valeurs et rendre les gens conscients des défis que ça peut représenter de maintenir des relations personnelles entre une personne en autorité et une autre qui est sous son autorité. »La secrétaire générale, Monique Richer, abonde dans le même sens. « Il pourrait définitivement avoir matière à faire ça. On est capable de se revirer de bord assez vite », affirme-t-elle, tout en précisant qu’il n’existe présentement aucune règle à l’Université Laval qui vise à encadrer précisément ce type de relation. « Ça va être une discussion d’équipe, avec la communauté, les syndicats et les étudiants », indique Mme Richer.

De son côté, Lyne Bouchard précise que l’objectif n’est pas d’interdire toutes relations intimes, ce qui serait « impossible » entre adultes consentants. Reste toutefois à déterminer comment les encadrer.

Éducation à faire

« Il y a aussi toute une éducation à faire », ajoute pour sa part Mme Richer. Il faut « sensibiliser les gens, regarder ça différemment et mettre d’autres types de balises. Mais il ne faut pas être trop directif non plus, pour ne pas que les gens aient l’impression qu’on ne peut plus se parler », précise-t-elle.

Selon une vaste enquête réalisée dans six universités québécoises auprès de plus de 9000 répondants, le tiers des victimes de violence sexuelle ont été agressées par quelqu’un qui avait un statut hiérarchique supérieur, soit un enseignant (25 %) ou un cadre (5 %).

L’Université Laval espère obtenir davantage d’indications de la part du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur avant de mettre en branle cette réflexion.

Hausse de 1% du nombre d’étudiants sur le campus

Selon des données provisoires, le nombre d’étudiants inscrits à l’Université Laval est en hausse de 1% cette année.

La hausse est particulièrement marquée en formation continue et parmi les étudiants internationaux, qui représentent environ 12% de la clientèle.

La direction se réjouit de cette hausse, alors qu’au printemps une baisse du nombre de demandes d’admission avait plutôt été observée, à la suite de la grève des employés de soutien.

«Les effets de la grève, s’il y en a eu, ont été rattrapés», affirme Robert Beauregard, vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes. Parmi les nouveaux programmes à développer au cours des prochaines années, l’Université Laval veut par ailleurs miser sur des formations interdisciplinaires qui permettraient de former des étudiants dans des domaines comme les changements climatiques ou encore le vivre ensemble.

Denis Brière toujours à l’emploi de l’UL

L’ancien recteur Denis Brière demeurera à l’emploi de l’Université Laval.

Il travaille présentement à l’élaboration de son projet d’année d’étude et de recherche, ce qui lui permettra par la suite de réintégrer son poste régulier de professeur à la Faculté de foresterie et de géomatique de l’Université Laval, a indiqué la vice-rectrice aux ressources humaines, Lyne Bouchard.

Le scénario est le même pour l’ancien vice-recteur exécutif, Éric Bauce, a-t-elle ajouté. Au cours des dernières années, la bonification des conditions de rémunération d’après-mandat des hauts dirigeants de l’Université Laval a soulevé la controverse.

Après la fin de leur mandat, les membres de l’ancienne équipe de direction conserveront de 100 % à 75 % de leur salaire de haut dirigeant pendant six ans s’ils restent employés par l’Université.

Ces conditions ont été revues à la baisse pour la nouvelle équipe de direction, mais l’ancienne administration conserve ses acquis.