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La façade environnementale de Desjardins (pas Richard)

Bloc Desjardins
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Le «social» comme stratégie de marketing

L’environnement, la philanthropie, la réussite scolaire, la responsabilité sociale et l’éthique sont tous des thèmes vertueux que font valoir plusieurs entreprises, parce que c’est payant. Pour bien paraître et pour se donner une belle image de quasi-sainteté, elles vont se doter de gros codes d’éthique, de grosses chartes de responsabilité sociale, créer des fonds spéculatifs environnementaux, financer des professeurs et des chaires universitaires prêchant des principes moraux très élevés, se payer des couvertures médiatiques, etc. Mes amis, la plus grosse faillite frauduleuse des dernières années aux États-Unis, soit le courtier d’électricité et autres énergies, la transnationale Enron, qui a débouché sur l’emprisonnement de certains de ses dirigeants et de leur firme comptable, Arthur Andersen (elle aussi liquidée) avait, tenez-vous bien, un code très «rigoureux d’éthique de 60 pages» (Le Devoir, 8 octobre 2011). Il y a un monde de différence entre les beaux principes moraux énoncés par les entreprises à gros but lucratif et leur véritable comportement.

Desjardins, comme le pape François, prône pour une conscience environnementale

Il y a déjà quelques années, la banque Desjardins, déguisée avec son costume de coopérative, a lancé le Fonds Desjardins Environnement. C’est-y pas beau ça? Pas ben grave si le Fonds très environnemental de Desjardins contenait des actions de compagnies actives dans le gaz de schiste et les sables bitumineux comme Talisman et Suncor Energy : «Le mensonge vert» (Le Devoir, 1er février 2012). Bah, faut pas en faire tout un plat. N’est-ce pas l’ex-premier ministre du Canada, l’emblématique Stephen Harper et certains de ces importants ministres qui avaient largué cette perle : «Ottawa qualifie les sables bitumineux de ressources renouvelables» (Le Devoir, 4 mai 2013). Donc, il est vivement recommandé d’investir davantage dans le gaz de schiste et les sables bitumineux afin de sauver la planète. Et placer de l’argent dans ces ressources «écologiques» renouvelables que sont le pétrole (surtout celui issu des sables bitumineux d’Alberta) et le gaz (surtout le gaz de schiste nécessitant la fracturation et beaucoup d’eau) est cohérent avec la philosophie corporative de Desjardins prônée par son nouveau patron, monsieur Guy Cormier, fondée sur la prospérité partagée : «Desjardins. Guy Cormier se fait l’apôtre de la prospérité partagée. Le patron de l’institution veut malgré tout poursuivre sa restructuration» (Le Devoir, 30 mai 2017).

Ça revient donc à dire, qu’à l’avenir, la prospérité sera «partagée» en continuant de fermer des succursales et des usines ou de les transférer ailleurs dans des endroits où les employés sont plus «coopératifs» et plus portés sur le très beau principe de la «liberté individuelle». Autrement dit, où il n’y a pas de syndicat, d’intensifier allègrement la quête d’investissements dans les paradis fiscaux «éthiques» et de poursuivre dans la voie «écologique» du gaz et du pétrole afin de réduire le réchauffement climatique. Peut-être! En somme, ça revient à une prospérité partagée en ne changeant absolument rien. Mais parler de ce beau thème noble c’est bon pour le «look» corporatif de Desjardins. Ça vous fait une belle jambe. D’ailleurs, pour le bien-être de l’environnement, on a intérêt à continuer comme ça sans rien modifier, car comme l’a dit en 2003 l’Institut économique de Montréal (IEDM), suite à une étude «scientifique» menée par des chercheurs indépendants et aguerris: «Le capitalisme serait écologique» (Le Journal de Montréal, 22 avril 2003). Absolument personne ne doutait ça.

Ah ben, Desjardins investit dans des pipelines de l’Ouest

Faut vraiment prendre au sérieux les valeurs écologiques profondes de Desjardins, qui vient d’accorder un prêt de 145 millions$ à la pétrolière Kinder Morgan pour la construction du pipeline Trans Mountain qui acheminera du pétrole sale de l’Alberta en Colombie-Britannique, projet fort critiqué et contesté juridiquement par la province, des villes et des organismes sociaux de cette province : «Financement de pipeline. Desjardins se met sur la touche» (Le Devoir, 8 juillet 2017). Plusieurs autres banques canadiennes (Royal, BMO, Nationale, TD) ont aussi apporté leur appui financier à ce beau projet de société qui profitera aux générations futures.

Ah zut, voilà que certains s’opposent à ce bel investissement écologique de Desjardins : «Pipeline Trans Mountain. Desjardins sous la pression des Premières Nations» (Le Devoir, 25 août 2017). Oh que c’est donc de valeur de remettre en question ce louable geste à la fois économique et écologique posé par le Mouvement Desjardins. Ça me fait ben de la peine. Les pipelines, ça ne crée pas d’emploi sauf que ça crée de la richesse aux pétrolières et aux banques, comme Desjardins.

Parlant de publi-reportages

Toujours en épluchant mes bons vieux articles de journaux, j’ai retrouvé cette grosse publicité parue dans Le Devoir du 16 mars 2013 que l’on nous a présentée comme un article de journal : «Investissement socialement responsable. Desjardins aussi est passé au vert». Avant, il était de quelle couleur? Passé au vert comme dans le sens de billets verts : «Le Mouvement Desjardins affiche des excédents en hausse de 36%» (Le Devoir, 12 août 2017). Profit en forte hausse oui, mais faut que la «restructuration» en cours de Desjardins se poursuive afin de la moderniser et d’améliorer son empreinte ... économique pour ses actionnaires-sociétaires et pour ses dirigeants payés à coups de millions de dollars chaque année.

Et pour terminer, car toute bonne chose a une fin, voici mon article préféré, un texte du genre info-publicité, publié dans Le Devoir du 19 avril 2008 qui nous montre, en plus de son penchant écolo, le côté romantique et même spirituel de Desjardins : «Desjardins et l’environnement. Changer le monde un geste à la fois». C’est même poétique, à faire rougir les Réjean Ducharme et Richard Desjardins de ce monde. Changer le monde, mais pas trop! Et un geste à la fois, par de très petits gestes, tellement petits que dans les faits, rien ne change. Une question pour finir adressée aux dirigeants de Desjardins : changer le monde, d’accord, mais dans quel sens?