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Ubisoft rentable grâce à l’État

La rémunération du PDG a augmenté de 135 % en deux ans pour se chiffrer à 1,29 M d’euros

Face à ses détracteurs qui affirment qu’Ubisoft survit grâce au soutien de Québec, le PDG Yves Guillemot maintient que l’entreprise a injecté plus de 3,5 milliards $ dans l’économie du Québec depuis son arrivée ici.
Photo Stéphane Bouchard Face à ses détracteurs qui affirment qu’Ubisoft survit grâce au soutien de Québec, le PDG Yves Guillemot maintient que l’entreprise a injecté plus de 3,5 milliards $ dans l’économie du Québec depuis son arrivée ici.

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Sans les crédits d’impôt versés par Québec, Ubisoft ne serait probablement pas rentable. Mais c’est le prix à payer pour développer et maintenir l’industrie du jeu vidéo au Québec, croient le premier ministre Philippe Couillard et l’expert en gouvernance Michel Nadeau.

Le crédit d’impôt pour la production de titres multimédias n’a pas bonne presse. Mis en place par le gouvernement de Bernard Landry, il a permis à des leaders mondiaux comme Ubisoft ou Warner Brothers de s’installer à Montréal, Québec et maintenant au Saguenay.

Mais de plus petits joueurs jugent qu’aujourd’hui, ils coûtent bien trop cher pour les retombées qu’ils procurent. Ottawa, le Québec et l’Ontario ont déjà bien amplement subventionné les entreprises au moyen de ces mesures, selon eux.

L’an dernier, Ubisoft a ainsi récolté près de 90 millions $, grâce à Québec. L’annonce de mardi est appelée à faire gonfler une fois de plus ce chiffre.

« Le crédit d’impôt appliqué sur les 1000 emplois créés par Ubisoft représente une dépense fiscale d’environ 160 millions $ » sur cinq ans, a expliqué M. Couillard, mardi.

« C’est un investissement considérable. C’est un choix qu’on fait. »

Pendant ce temps, la rémunération globale du PDG d’Ubisoft, le Français Yves Guillemot, est passée de 550 000 euros (811 000 $ CA) en 2014 à 1,29 million d’euros (1,9 M$ CA) l’an dernier. Un bond de 135 %.

La seule option

Malgré tout, c’est le seul choix qui s’impose véritablement, croit Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques. Ces sommes peuvent faire sourciller, mais elles ont l’effet escompté, affirme-t-il.

Ce sont des crédits d’impôt sur les salaires, rappelle l’expert. « S’il n’y a pas de chèques de salaires d’émis au Québec, ils ne recevront pas leur crédit. Si du jour au lendemain ils partent, l’argent va rester ici. »

Sans cela, les entreprises iront ailleurs. « Il ne faut pas être naïf et penser que les compagnies ne se font pas courtiser. Il y a plein d’endroits qui sont prêts à payer pour les attirer. Il y a un prix à payer pour maintenir ces emplois ici. » On parle de quelque 6000 emplois, pour la plupart hautement spécialisés.

Il souligne toutefois que le Québec est « vulnérable », car il mise beaucoup sur ce secteur. S’il venait à s’écrouler, l’économie d’ici pourrait ainsi en souffrir.

La caisse impliquée

En plus des crédits, la Caisse de dépôt et placement du Québec a déjà été actionnaire de l’entreprise.

Le rapport annuel de 2008 de la société démontre qu’elle détenait 94 000 actions, pour une valeur de 2,2 millions $. Elle s’est départie de cette participation l’année suivante.

La Caisse souhaiterait-elle investir de nouveau dans Ubisoft ? « On ne commente jamais nos intentions futures par rapport à une entreprise », dit le porte-parole Maxime Chagnon. « De façon plus générale, la Caisse a de l’intérêt pour le secteur des nouveaux médias. »