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«Je suis content de voir où ma profession est rendue» - François Allaire

Après 32 ans, François Allaire tire un trait sur sa carrière dans la Ligue nationale

L’entraîneur des gardiens François Allaire a été un pionnier dans le hockey.
Photo d’archives L’entraîneur des gardiens François Allaire a été un pionnier dans le hockey.

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François Allaire était entre deux coups au club de golf Les Quatre Domaines, à Mirabel, lorsque je l’ai joint sur son téléphone portable, hier. Il frappera la petite balle blanche plus souvent cet automne car, pour la première fois en 32 ans, il ne se rapportera pas à un camp d’entraînement d’une équipe de la Ligue nationale de hockey.

Allaire a annoncé tout bonnement sur son compte Facebook, hier matin, qu’il faisait un trait sur sa longue carrière dans la LNH.

Pas de conférence de presse, pas de photos. Ça va avec le métier d’entraîneur. Les flashes, c’est pour les joueurs vedettes. Mais Allaire se sent bien dans sa peau.

« J’ai fait un bon bout de chemin et j’ai fait de mon mieux. Je sentais que le moment était venu de tourner la page. Je suis très fier de ma carrière et, surtout, content de voir où ma profession est rendue », a-t-il dit d’entrée de jeu.

Un des premiers

Allaire s’est amené comme un pionnier du métier lorsque Pierre Creamer lui a ouvert les portes de l’organisation du Canadien en l’embauchant avec les Canadiens de Verdun, de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, en 1983.

Aux États-Unis, Warren Strelow avait fait son nom avec la miraculeuse équipe américaine aux Jeux olympiques de 1980, à Lake Placid. On l’a ensuite vu dans la LNH avec les organisations des Devils, des Capitals et des Sharks.

Les débuts d’Allaire ont été moins spectaculaires, mais tout aussi convaincants. Il a été le premier entraîneur des gardiens de la Ligue midget AAA avec les Insulaires de Laval en 1980, le premier dans la LHJMQ avec les Canadiens juniors, ainsi que le premier dans la Ligue américaine avec les Canadiens de Sherbrooke en 1984.

« Je rêvais de devenir entraîneur des gardiens dans la Ligue nationale, mais je ne savais pas où ça me mènerait », raconte-t-il.

« À l’époque où j’étais gardien, on n’était pas du tout conseillé. Il n’y avait pas d’entraîneurs pour nous. C’était minimaliste.

« Ça prenait des gens à l’esprit ouvert pour embaucher des entraîneurs spécialisés. Pierre Creamer m’a donné une chance, puis Serge Savard. »

Sa grande compétence lui a permis de faire de Patrick Roy et de Jean-Sébastien Giguère (photo) de meilleurs gardiens dans la Ligue nationale.
Photo d’archives
Sa grande compétence lui a permis de faire de Patrick Roy et de Jean-Sébastien Giguère (photo) de meilleurs gardiens dans la Ligue nationale.

 

Roy n’écoutait pas Plante

Jusque-là, le grand Jacques Plante faisait figure de gourou des gardiens dans le hockey professionnel. Il avait notamment dirigé Bernard Parent avec les Flyers de Philadelphie. Il fut embauché par Savard lorsque ce dernier devint directeur général du Canadien en 1983, mais l’expérience se révéla plus ou moins concluante.

À son deuxième camp avec l’équipe en 1984, Plante dit à Savard que Roy n’arriverait jamais à rien dans la LNH parce qu’il ne suivait pas ses recommandations.

À la fin de cette même saison (1984-1985), Roy fut appelé à joindre les rangs des Canadiens de Sherbrooke à la fin du calendrier régulier, après avoir complété son stage junior avec les Bisons de Granby.

Fumant devant le filet, il aida l’équipe-école du Canadien à remporter la coupe Calder avec Creamer dans le rôle d’entraîneur en chef et Allaire comme conseiller.

Le père d’une génération

L’année suivante, Roy mena le Canadien à une première conquête de la coupe Stanley, en 1986. Mais il était encore loin de maîtriser sa technique. C’est sous Allaire qu’il a perfectionné, au cours des années suivantes, le style papillon et qu’il est devenu le gardien sans faille qui a permis au Tricolore de gagner sa dernière coupe Stanley à ce jour, en 1993.

Ses succès ont donné naissance à cette génération de gardiens québécois qui pratiquaient le style de Roy.

Après 12 ans dans l’organisation du Canadien, Allaire a pris le chemin de la Californie, où il a travaillé pour le compte des Ducks d’Anaheim durant 13 saisons.

À sa quatrième année, le directeur général Pierre Gauthier lui a confié la supervision de Jean-Sébastien Giguère, dont la carrière tournait en rond avec l’organisation des Flames de Calgary.

À sa troisième saison à Anaheim, les Ducks atteignirent la finale de la Coupe Stanley grâce aux performances de Giguère, qui reçut le trophée Conn-Smythe en pleurs après avoir perdu les honneurs de la série contre les Devils de Pat Burns.

François Allaire et Patrick Roy
Photo d’archives
François Allaire et Patrick Roy

 

Une liste bien remplie

Allaire est d’accord pour dire que Roy et Giguère lui ont donné de la notoriété, mais il a permis à plus d’une quarantaine de gardiens d’obtenir des contrats professionnels ou de jouer dans la LNH.

Guy Hebert, un Franco-Américain, a connu ses meilleurs moments sous sa tutelle à Anaheim. Ilya Bryzgalov a disputé ses sept premières saisons en territoire nord-américain sous sa direction.

James Reimer, qui végétait dans la Ligue de la côte Est, est devenu grâce à lui un gardien de la LNH avec les Maple Leafs de Toronto.

Symeon Varlamov a connu de bons moments avec lui avec l’Avalanche du Colorado, tout comme Calvin Pickard, qui a bien tiré son épingle du jeu avec l’équipe canadienne au dernier Championnat du monde.

Allaire a raison d’être fier de ses accomplissements.

Autrefois, la position de gardien faisait figure de parent pauvre dans une équipe de hockey. Les choses ont changé avec sa venue dans la LNH.

Aujourd’hui, les bons gardiens font les bonnes équipes.

Position de prestige

Les moins jeunes se souviendront que la position de gardien de but revenait souvent au patineur le moins agile dans le temps. Les choses ont changé du tout au tout avec l’arrivée d’entraîneurs spécialisés. Les gardiens ne sont plus les dindons de la farce.

« Ce sont des athlètes qui sont entraînés de la bonne façon », commente François Allaire.

« Autrefois, c’était la position des pauvres. De nos jours, les gardiens raffolent de leur position. Plein de jeunes aspirent à devenir gardiens. C’est une position prestigieuse comme celles de quart-arrière au football et de lanceur au baseball.

« Les meilleurs athlètes sont attirés par le poste de gardien. Les gardiens sont tellement mieux encadrés. »

Ils étaient laissés à eux-mêmes avant l’avènement d’entraîneurs spécialisés. Jacques Lemaire et Pat Burns ne se gênaient pas pour dire qu’ils ne connaissaient rien à la position de gardien.

Les règlements ne changent rien

Les gardiens sont devenus tellement bons que la Ligue nationale a adopté au cours des 10 dernières années des règlements visant à réduire leur efficacité.

On s’est attaqué aux dimensions des équipements. On a même étudié la possibilité d’agrandir les filets. On a rétréci leur zone de manœuvre autour de leur filet.

Rien n’y fait.

Un jour, Allaire m’avait dit que la réduction de la dimension des jambières ne dérangerait en rien les gardiens.

Le temps lui a donné raison.

« Au contraire, la légèreté de l’équipement leur permet de se déplacer plus rapidement », explique-t-il.

Et la plupart des gardiens mesurent au moins 6 pieds 2 pouces et pèsent plus de 200 livres !

On est loin des Lorne Worsley, Charlie Hodge et Rogatien Vachon, les trois gardiens du Canadien des années 1960 qui mesuraient respectivement 5 pieds 7 pouces, 5 pieds 6 pouces et 5 pieds 8 pouces.

Et les petits vieux se rappelleront que Worsley était bien enveloppé. Le « Gumper » aimait prendre un petit coup et il fumait en plus !

Ce serait impensable aujourd’hui.

À ses débuts avec le Canadien, Patrick Roy allait se procurer les provisions chez McDonald avec Stéphane Richer à l’étranger.

Jean Perron piquait des crises quand il les voyait entrer dans le lobby de l’hôtel avec des sacs blancs frappés des arches dorées dans chaque main.

On se bidonnait bien !