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Entre opportunisme et idéal

GEN-CONSEIL NATIONAL PARTI QUÉBECOIS
Photo Martin Alarie

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Il semble que le congrès du Parti québécois, qui s’ouvre aujourd’hui, naviguera en eau calme, malgré une certaine fébrilité enregistrée dans les médias au cours des derniers jours et les efforts des professionnels des communications pour dénicher quelques sujets controversés pouvant embraser les débats. Jusqu’à présent, les polémiques potentielles se jouent beaucoup plus dans les pages des médias que dans les rangs des militants!

Signe de maturité ou de réalisme, le parti, auquel on reprochait les débats acrimonieux et d’être sans pitié pour leur chef, s’est employé à lisser ses positions et à tendre vers la recherche de propositions plus consensuelles entre ses militants plus radicaux et ses militants modérés. Pourtant, il y aurait un bon lot de nids à chicane avec le cahier de 76 pages qui contient la proposition principale et le cahier d’amendements de 128 pages, quand on sait que le diable est dans les détails. Se peut-il qu’un certain pragmatisme soit en voie de s’installer dans les rangs péquistes où les idéaux ne soient pas sacrifiés aux dépens de l’opportunisme électoral, tout en s’assurant de ne pas foncer droit dans le mur avec un utopisme débonnaire.

La fin de semaine permettra peut-être de prendre la mesure de ce nouveau pragmatisme à moins que la machine se mette à dérailler sur certains sujets plus délicats et que certains en profitent pour régler leurs comptes. Une ancienne ministre dans les gouvernements péquistes, bien au fait des humeurs des militants, pressant un congrès plutôt tranquille et explique le suspens créé autour du chef Lisée dans les médias par la détestation que certains journalistes ont pour les premiers de classe. L’explication s’avère un peu fantaisiste, mais la chronique de Denis Lessard sur les possibles réactions d’Alexandre Cloutier face à une diminution du financement des cégeps anglophones prennent des airs incendiaires en quête de controverse qui ferait mal à un chef péquiste en voie d’être plébiscité. Lessard n’a d’ailleurs pas été le seul au cours de la semaine à vouloir mettre dans le coin le trop brillant Jean-François Lisée.

Au-delà des personnalités, je demeure époustouflé par l’ampleur des propositions soumises au congrès péquiste et par les échanges qu’elles ont dues susciter dans les diverses associations, si l’on se fie aux centaines d’amendements produits par les membres. Mon passé m’avait habitué à la machine à propositions que pouvaient constituer les congrès syndicaux, mais étant éloigné des partis politiques, je n’avais jamais pris la mesure du travail d’élaboration de propositions qui pouvaient s’y faire, tous partis confondus. Nous restons trop souvent comme citoyen à un niveau superficiel et émotif dans l’appréciation des idées avancées par les partis politiques, mais une lecture plus approfondie de leurs orientations ajouterait sûrement plus de rationalité dans les intentions de vote.

Quant aux orientations soumises plus spécifiquement à ce congrès péquiste, elles révèlent un ambitieux projet de société pour un Québec indépendant, francophone, prospère, écologique et social-démocrate. Il n’y a certes pas de compromis sur l’essentiel mais est-ce que ce sera suffisant pour ranimer la flamme des exilés, comme les identifiaient Jean-Martin Aussant? S’entretiendra-t-il un doute sur les motivations profondes d’un éventuel gouvernement péquiste à mettre en œuvre ce beau projet social lorsqu’on considère leurs comportements passés à la tête de l’État?

C’est tout un défi pour le chef péquiste qui se profile au cours des prochains mois, soit celui de la consistance dans les idées pour se détacher de l’image qu’il projette de se mettre à la saveur du jour!