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Hochelaga: une longue minute du patrimoine

François Girard
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits François Girard

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Mercredi soir, j’ai assisté à une soirée surréaliste.

C’était la « Grande première mondiale » du film Hochelaga, terre des âmes, de François Girard, le film qui devait être la culmination des célébrations du 375e anniversaire de Montréal.

Mais pourquoi spécifier que c’est une « grande » première et qu’elle est « mondiale » alors que ce film sur Montréal a peu de chances de faire vibrer les foules trépidantes... en dehors de Montréal ? Pourquoi la première de ce film aurait-elle eu lieu à Venise ou à Berlin ?

Un film ou un prêche ?

Le maire de Montréal a commencé son discours en nous disant « Kwe » ce qui, en langue des Premières Nations, signifie « bonjour ». Mais je n’ai pas bien saisi s’il s’agissait du Kway abénaquis, du Kwe algonquin, du Kwei attikamek, du Kuei innu ou du Kwe wendat. En tout cas, c’est sûrement mieux que de se faire dire « bonjour, hi ».

Le maire nous a informés, avec l’air grave et solennel, que nous étions en « territoire autochtone non cédé » (la nouvelle expression à la mode).

Puis il nous a rappelé qu’il fallait que l’on reconnaisse nos erreurs du passé. Quelles erreurs ? Rongée par la culpabilité, j’étais suspendue à ses lèvres.

Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, nous a prévenus : « Pour vous, ce film sera un moment de vérité, mais pour nous, la vérité, ça fait longtemps qu’on la connaît... »

Misère ! Est-ce que j’étais là pour un film, ou une séance collective d’autoflagellation de l’homme blanc colonisateur ?

Quand le film a commencé, j’ai dit à mon mari : « Chéri, enfin, on va vivre notre moment de vérité ! » Mais quelle est donc cette révélation qui nous est faite ? Les amis, tenez-vous bien... avant les Européens, il y avait... des autochtones sur le territoire.

Comme si on ne le savait pas déjà, comme si ce pan d’histoire avait été occulté, comme si on n’enseignait pas cela dans tous les cours d’histoire de la province !

François Girard avait-il besoin de nous montrer un chaman au corps recouvert de plumes lancer des incantations pseudo-poétiques pour que l’on n’oublie pas son peuple ?

Ce n’est pas que Hochelaga, terre des âmes est un mauvais film. Mais c’est qu’il ne dit rien. Rien de plus qu’une Minute du patrimoine pétrie de bons sentiments qui ne nous épargne aucun cliché pour bien montrer à quel point Montréal célèbre la diversité : le chauffeur de taxi haïtien qui parle en créole du hockey et la femme musulmane qui se couvre les cheveux en faisant une prière en arabe pour son chum chrétien.

Quel dommage !

Quand la série de la CBC The story of Us est sortie, elle a été descendue en flammes parce que, supposément, elle ne faisait pas assez de places aux autochtones. Or, dans chaque épisode de la série, j’ai appris énormément sur la richesse de la culture autochtone, l’intelligence de leurs organisations politiques et leur collaboration au développement du pays.

Qu’est-ce que j’ai appris sur les peuples autochtones dans Hochelaga, terre des âmes ? Rien que je ne savais pas, et que vous ne saviez pas, déjà.