/weekend
Navigation

La grande noirceur

Olivier
Photo courtoisie Sébastien Ricard incarne M. Surprenant dans la série Olivier.

Coup d'oeil sur cet article

La plupart des acteurs aiment jouer des rôles de ­méchants. Parce qu’ils permettent d’explorer des zones ­anormalement sombres, ces personnages plaisent ­beaucoup aux comédiens en quête de défis. Mais parfois, cette plongée en pleine noirceur s’avère plus lourde que prévu. Sébastien Ricard peut certainement en témoigner.

Écrite par Serge Boucher (Aveux, Feux) d’après le livre Dans mes yeux à moi de Josélito Michaud, la série Olivier brosse le portrait d’un enfant ballotté de foyer en foyer. Sébastien Ricard y campe M. Surprenant, un père de famille alcoolique et violent qui procure un toit au jeune garçon. Il s’agit d’un homme répugnant, un tyran qui bat sa femme (Évelyne Rompré) et terrorise ses propres enfants.

Certaines scènes ont été particulièrement difficiles à tourner, indique le comédien de 45 ans, particulièrement celle où M. Surprenant s’en prend verbalement à Olivier, interprété par Anthony Bouchard durant les premiers épisodes.

« Quand je rentrais chez moi en fin de journée, ça m’atteignait. C’était lourd. Parce qu’avec un enfant, tu ne sais pas s’il est capable de faire la part des choses. Un enfant n’est pas nécessairement conscient des façons de faire des comédiens.

Ça m’angoissait de penser qu’il y avait quelque chose de vrai qui pouvait rester en lui. J’en ai beaucoup discuté avec Claude Desrosiers (réalisateur) et Josélito. »

« Un acteur se nourrit beaucoup de ce que l’autre lui donne, poursuit Sébastien Ricard. Et Anthony, sa force, c’est d’être super vrai. Comme comédien, c’est super intéressant, parce que ça t’entraîne encore plus loin. Mais il faut s’assurer que tout le monde puisse revenir de tout ça sain et sauf... sans porter de ­traumatisme. »

Une part d’humanité

Sébastien Ricard s’est beaucoup investi dans ­Olivier. Il a d’ailleurs retenu les services d’une coach, la metteuse en scène Brigitte Haentjens, avant d’entamer le tournage, chose qu’il n’avait jamais faite auparavant.

« Ça valait la peine d’essayer quelque chose de différent, explique le comédien. En télévision, le travail en amont est généralement ­inexistant. Des fois, on fait des lectures et quelques répétitions, mais ce n’est rien comparé au travail qu’on peut faire au théâtre. »

Pour mieux comprendre le contexte dans lequel son personnage évoluait, Sébastien Ricard a regardé quelques documentaires de l’ONF des années 1970, en plus des films de Gilles Carles. Il s’est inspiré de toutes ces œuvres pour composer M. ­Surprenant, qu’il décrit non pas comme un Québécois, mais comme un Canadien-français.

« C’est peut-être cliché à dire, mais j’essaie toujours de trouver la part d’humanité d’un personnage. Même ici, elle existe. Le contexte sociopolitique du Québec à cette époque fournit une partie de ­l’explication. ­Surprenant a connu la Révolution tranquille, mais il n’en avait ­probablement jamais ­voulu. ­Ultimement, c’était un homme ­dépassé et humilié. Et ­l’humiliation, c’est quelque chose de difficile à avouer. Ça nourrit une colère ­intérieure. Et Surprenant n’a ­aucune idée comment ­l’exprimer. Il se retourne donc contre les gens les plus faibles autour de lui. »

Au théâtre

Le théâtre occupera ­passablement Sébastien Ricard cet automne. Accompagné de trois musiciens, il revisitera notamment La bibliothèque interdite, cet opéra-tango écrit et composé par Denis Plante, dans plusieurs régions du Québec avant de revenir le présenter au Quat’Sous en octobre.

Plus tard cet hiver, on pourra le voir au cinéma dans Hochelaga, terre des âmes, le film officiel du 375e anniversaire de Montréal. Réalisé par François Girard, le long métrage, qui devrait sortir en salles dans quelques mois, a connu sa première ­montréalaise mercredi, juste avant d’être projeté au Festival ­international du film de Toronto.

L’avenir de Loco Locass

Côté musical, Sébastien Ricard revient d’une série estivale de ­spectacles avec Loco Locass, le groupe qu’il forme avec Sébastien Fréchette (Biz) et Mathieu Farhoud-Dionne (Chafiik) depuis la fin des années 1990. Bien qu’aucun nouvel album ne soit prévu, il semble optimiste quant à l’avenir du trio.

« Ça fait presque 20 ans qu’on est ensemble. Le désir d’écrire des chansons, de parler du Québec, de ce qu’on est et de ce qu’on vit est resté intact. On est en forme, on est en santé, on a le goût... Loco n’est pas mort. L’été que je viens de passer avec mes amis me laisse présager toutes sortes de bonnes choses. »

Dimanche dernier, Biz, Chafiik et Batlam sont d’ailleurs montés sur scène à Québec en marge de KWE, un événement de quelques jours visant à déboulonner des préjugés tenaces concernant les peuples autochtones, une mission qui leur est chère depuis plusieurs années.

« On veut continuer à tisser des liens avec eux, indique Sébastien Ricard, alias Batlam. Parce que c’est cohérent avec notre vision du ­Québec du futur : un Québec encore plus ­inclusif des Premières Nations. »

♦ ICI Radio-Canada Télé présente Olivier le lundi à 21 h.