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Un petit nouveau au Bloc

Pour une première fois, deux députés siégeant à la Chambre des communes ont un enfant ensemble

Les députés du Bloc québécois Marilène Gill et Xavier Barsalou-Duval, peu avant la naissance de leur bébé, en compagnie des enfants de la famille, Charlotte, 10 ans, et Loïc, 12 ans, nés d’une précédente union.
Photo Charlotte Paquet Les députés du Bloc québécois Marilène Gill et Xavier Barsalou-Duval, peu avant la naissance de leur bébé, en compagnie des enfants de la famille, Charlotte, 10 ans, et Loïc, 12 ans, nés d’une précédente union.

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Il est à peine né que déjà ses parents prévoient le trimbaler d’un bout à l’autre du Québec, dès les prochaines semaines, entre deux allaitements et changements de couches au parlement. Le petit Ulysse, qui a vu le jour jeudi, est le tout premier gamin né de l’union de deux députés fédéraux en fonction.

« Bienvenue au monde à Ulysse, notre bébé d’amour », s’exclament ses parents, les députés du Bloc québécois Xavier Barsalou-Duval et Marilène Gill, qui ont choisi le nom du voyageur de la mythologie grecque pour leur premier enfant.

Ce nom semble le prédestiner aux voyages qui l’attendent. Presque 900 kilomètres séparent la résidence de sa mère, à Baie-Comeau, et le parlement d’Ottawa, en passant par chez son père, à Boucherville, sur la Rive-Sud de Montréal. Chemin qu’il entreprendra tôt dans sa vie, puisque ses parents comptent revenir au travail bientôt.

« J’ai l’impression de mener une vie nomade. Avec notre fils, ce qu’on veut faire tous les deux, c’est de l’emmener un peu partout dans nos activités », raconte Marilène Gill.

La députée de Manicouagan est en couple depuis 2015 avec Xavier Barsalou-Duval, député de la région de Boucherville et Varennes. L’homme de 28 ans est devenu le beau-père de ses deux enfants, Charlotte et Loïc.

À peine 24 h après que le couple se soit confié au Journal, leur enfant est né, sur la Côte-Nord, jeudi.

Une Première

Même si d’autres élus sont devenus parents pendant leur mandat, la bibliothèque du parlement n’a répertorié aucun autre cas dans l’histoire canadienne où un couple de députés siégeant ont un enfant ensemble.

Un détail qui n’est pas anodin, puisque la vie de député est chargée de travail et de longues heures de transport d’un bout à l’autre du Québec (voir boîte).

Lorsque les deux parents sont députés, cela peut signifier deux fois plus de défis, admettent-ils. En plus, aucun congé de maternité ou de paternité n’est prévu pour les députés fédéraux, qui ne paient pas d’assurance parentale.

« Ce qui est plaisant, c’est qu’on se comprend très bien, on comprend nos obligations respectives », nuance Marilène Gill.

Retour au travail

Le couple de députés indépendantistes explique ne pas pouvoir s’éterniser loin de leurs dossiers malgré la naissance de leur petit. M. Barsalou-Duval prendra congé cette dernière semaine avant la rentrée parlementaire, le 18 septembre. Sa conjointe et collègue ne se reposera pas beaucoup plus, puisqu’elle prévoit revenir au Parlement « dès le début de la session », si sa santé le lui permet.

« On veut tout faire pour en manquer le moins possible, admet le père. On va changer des couches pendant nos pauses ! »

Ce n’est pas une blague. La garderie du parlement n’accepte pas les poupons de moins de 18 mois. Le couple prévoit tantôt emmener leur petit au travail, tantôt le faire garder par des proches.

Leur engagement politique changé

La députée d’Abitibi-Témiscamingue, Christine Moore, était jusqu’ici la dernière à avoir accouché en cours de mandat. Ici, elle tient sa petite fille Daphnée, née en pleine campagne électorale de 2015.
Photo courtoisie
La députée d’Abitibi-Témiscamingue, Christine Moore, était jusqu’ici la dernière à avoir accouché en cours de mandat. Ici, elle tient sa petite fille Daphnée, née en pleine campagne électorale de 2015.

Le couple admet que leur passion pour la politique pourrait être teintée par l’arrivée d’un enfant en cours de mandat.

Marilène Gill souhaite, par exemple, montrer qu’il est possible de faire à la fois le travail de députée et celui de mère.

« La représentativité, pour moi, c’est important. Il y a plus de femmes toujours en politique, et moi je trouve ça important de ne pas devoir faire le choix entre avoir une famille et faire de la politique », dit-elle.

Elle compte, par exemple, réfléchir à l’idée du vote électronique au Parlement, pour favoriser la conciliation travail-famille pour les députés de régions éloignées, comme elle.

Son conjoint Xavier Barsalou-Duval croit aussi que la naissance de son premier enfant aura « un impact positif » sur son engagement politique.

« C’est sûr que ça va avoir un impact sur mon expérience de vie, et ç’a beaucoup d’impact sur nos convictions et notre pensée politique. On veut faire du Québec un pays, et ça me motive de voir que je fais ça aussi pour lui. »


Un retour rapide

Malgré tout le travail qui est associé à l’arrivée d’un nouvel enfant, Xavier Barsalou-Duval et Marilène Gill n’entendent pas prendre plus de quelques jours de congé après l’arrivée de leur petit.

En plus de ne pas avoir droit à un congé du Parlement, les deux parents occupent d’importantes fonctions au Bloc québécois (leader parlementaire et whip). Le parti, qui compte seulement 10 élus, les aurait laissé souffler, mais ils sentent que leur présence à Ottawa est requise rapidement, explique Mme Gill.

« C’est un emploi qui demande un suivi de tous les instants. Avec l’actualité, les dossiers des citoyens, les votes... rien ne peut attendre, et personne ne peut nous remplacer. »


Une histoire d’amour

Leur histoire d’amour est intimement liée avec leur vie politique. Lors de leur entrée au parlement, en 2015, peu après la dernière élection, ils étaient loin de se douter qu’ils allaient former bientôt une famille.

« On s’est rencontré pendant l’élection de 2015, je la trouvais déjà de mon goût, se rappelle Xavier Barsalou-Duval. C’est en travaillant ensemble, après l’élection, qu’on a vu qu’on avait des affinités. »

Marilène Gill crédite les médias sociaux pour les avoir rapprochés, et avoir facilité leurs premières rencontres.

Il est déjà compliqué de concilier leur vie de couple, leur vie familiale avec les enfants de Mme Gill âgés de 10 et 12 ans et leurs obligations de députés dans des circonscriptions très éloignées. Le couple vit un peu sur la route pour se visiter dans leurs circonscriptions respectives.

​« Je n’ai pas annoncé la nouvelle [de notre union] à chacun des 338 députés de la Chambre », admet M. Barsalou-Duval.

Ils pourraient améliorer l’accès à la vie parlementaire

L’arrivée d’un premier enfant né de l’union de deux députés pourrait aider l’accès des femmes et des jeunes parents à la politique, espèrent plusieurs.

« C’est certain que c’est unique que les deux parents soient députés. Je pense que ça va mettre plus de pression pour améliorer la vie des parents députés, si on en parle plus », analyse Catherine Fortin LeFaivre, de l’organisme À voix égales, qui fait la promotion des femmes en politique.

D’autant plus que la ministre libérale des Institutions démocratiques, Karina Gould, a annoncé mardi être elle-même enceinte, tout comme l’aspirante-chef du NPD Niki Ashton.

Des acquis

Un changement de mentalité s’est récemment fait sentir grâce aux efforts des nouvelles mamans élues. Quatre députées néo-démocrates ont accouché ces dernières années, comme Anne Quach (Salaberry-Suroît).

Anne Quach.
Députée
NPD
Photo courtoisie
Anne Quach. Députée NPD

« On s’est beaucoup battues, puisqu’il n’y avait pas beaucoup de choses prévues pour les mères », témoigne-t-elle.

Les poupons sont, par exemple, admis dans la Chambre des communes, notamment pour l’allaitement, tant que « l’ordre et le décorum » sont maintenus. Ils sont aussi permis au parlement australien depuis l’an dernier, alors que la question n’a pas encore été tranchée dans la plupart des législatures du monde, comme en France, aux États-Unis ou même au Salon bleu, à Québec.

Des tables à langer sont aussi installées dans les toilettes, une « salle familiale » est à la disposition des parents, tout comme un service de garde d’enfant de jour pour 15 $/h.

« La nouvelle génération pense plus à cela. Moi, je trouve ça beau qu’on puisse croire en la famille et à l’action politique », conclut Mme Quach.

Encore à faire

Sa collègue Christine Moore, qui a accouché en avril, ajoute que beaucoup de chemin reste à faire pour accommoder les jeunes parents élus.

« Ce qui est le plus difficile, c’est de se déplacer. Si j’avais pu, par exemple, travailler à partir de ma circonscription, voter à distance, participer par vidéoconférence aux comités, ça aurait été plus facile », explique la députée qui accorde 20 h par semaine à son transport entre Ottawa et sa circonscription d’Abitibi-Témiscamingue

L’idée de limiter les débats et les votes tard le soir ou la nuit a aussi été soulevée par les députées.