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Les Anglos, le PQ et « nous »

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À l’opposé de certains chevaliers de l’indépendance qui refusent par principe d’accorder des entrevues aux médias anglophones québécois, Jean-François Lisée prend plaisir à vendre le nationalisme québécois à ses opposants les plus convaincus.

Il a même livré une partie de son discours au congrès du Parti québécois en anglais. C’est tout à son honneur.

J’ignore si cette ouverture lui vaudra quelques conversions à la cause de l’indépendance dans le West Island, ce parc jurassique où quelques dinosaures régurgitent les mêmes « injustices » depuis l’adoption de la loi 101 il y a 40 ans, mais, règle générale, le ton des échanges entre anglophones fédéralistes et francophones souverainistes est plus cordial que jamais.

Et c’est tant mieux. On ne bâtit pas un pays sur le ressentiment.

La pression monte

Mais j’aperçois du temps orageux à l’horizon. Certaines propositions adoptées au congrès du PQ pourraient abîmer les efforts de Jean-François Lisée auprès de la communauté anglophone pour dédiaboliser le nationalisme.

Who cares, pensez-vous ? Pourquoi faudrait-il se préoccuper des états d’âme des Québécois anglophones ? Parce qu’ils sont québécois. Parce qu’ils sont nos voisins, nos amis, nos beaux-frères, nos conjointes. Parce qu’ils contribuent à la vitalité économique, scientifique et culturelle du Québec et à son rayonnement international.

Oui, culturelle. Qui ne ressent pas une certaine fierté sachant qu’Arcade Fire est un groupe québécois ? Qui doute que Leonard Cohen faisait partie du « nous » ne l’a pas entendu chanter La Manic en spectacle au Centre Bell.

Si le PQ est élu en 2018, Jean-François Lisée aura besoin de tout son pouvoir de séduction pour convaincre les Anglos que la promesse de raffermir la loi 101 n’est pas une déclaration de guéguerre, mais une mesure nécessaire pour stopper le déclin du français.

Déclin dont l’existence ne fait même pas l’unanimité parmi les francophones.

Lorsqu’on évoque ce recul à Montréal, on ne cherche plus les coupables dans la communauté anglophone historique. On blâme surtout la culture populaire américaine et son influence sur la jeunesse et la raideur culturelle de certains immigrants qui refusent de devenir des Québécois de cœur même quand ils maîtrisent le français.

Impact sur les francophones

On a beaucoup parlé, au congrès, de la possibilité de limiter l’accès des francophones au cégep en anglais. Une décision qui ferait plus mal aux francophones qu’aux anglophones, même si le financement des cinq cégeps anglophones était réduit pour y arriver.

Ils ne sont pas visés par cette mesure. Les méchants, c’est « nous ».

Il y a quelque chose de malsain dans cette volonté affichée par le PQ de restreindre la liberté des Québécois francophones pour les protéger d’eux-mêmes.

Que l’on incite, avec fermeté s’il le faut, les nouveaux arrivants à adopter la langue nationale, que l’on aide la communauté anglophone historique à se sentir chez elle dans un Québec à majorité francophone, voilà qui semble raisonnable.

Mais retirer à ce « quelque chose comme un grand peuple » assez mature pour avoir son propre pays le droit d’étudier dans la langue de son choix, constitue un affront qui aide à comprendre la colère des anglophones quand on leur a retiré le droit de choisir la langue d’enseignement pour leurs enfants.

Jean-François va-t-il boucler la boucle ?