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Complot de meurtre: des complices du caïd Desjardins bientôt libres

Raynald Desjardins
Photo Archives / Agence QMI Raynald Desjardins

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Cinq des six mafiosi qui ont aidé le caïd Raynald Desjardins à éliminer un aspirant parrain, en 2011, sortiront de prison dans à peine quelques semaines ou quelques mois.

Des peines variant entre sept et dix ans d’incarcération ont été imposées, mardi, à l’encontre des six acolytes de Desjardins qui s’étaient reconnus coupables d’avoir comploté le meurtre de Salvatore Montagna.

Il s’agit de Vittorio Mirarchi, 39 ans, Jack Simpson, 75 ans, Calogero Milioto, 45 ans, Pietro Magistrale, 65 ans, Steven D’Addario, 39 ans et Steven Fracas, 32 ans.

Toutefois, la plupart d’entre eux auront bientôt droit à une libération conditionnelle, compte tenu de la période de détention provisoire qu’ils ont déjà purgée depuis leur arrestation.

Étoile montante

C’est le cas de Vittorio Mirarchi, considéré par les policiers comme une étoile montante au sein de la mafia montréalaise.

Le bras droit du caïd Desjardins a écopé d’une peine de neuf ans mais le tribunal lui a crédité l’équivalent de 103 mois de détention provisoire déjà purgés. Chaque journée des 69 mois qu’il a réellement passés derrière les barreaux depuis son arrestation, le 20 décembre 2011, en vaut une journée et demie d’après la règle en vigueur devant nos tribunaux.

Mirarchi ne sera donc pas envoyé dans un pénitencier fédéral puisque sa sentence viendra expirera dans quatre mois.

Il restera détenu à Saint-Jérôme ou sera transféré à la prison de Bordeaux pour les quelques semaines qu’il lui reste à passer en détention avant sa libération conditionnelle.

Acte de vengeance

Du groupe, seul Steven Fracas finira sa peine dans un pénitencier fédéral — tout comme Raynald Desjardins, condamné à 14 ans d’incarcération en décembre dernier — puisqu’il a été arrêté plus tard que le reste de la bande et qu’il lui reste trois années à purger sur sa peine de neuf ans.

C’est le doyen du groupe, Jack Simpson, qui a écopé de la plus lourde peine, soit dix ans d’incarcération. Toutefois, il ne reste que 15 mois à purger au septuagénaire, que les policiers considèrent comme le présumé tireur dans ce meurtre sur la base d’éléments de preuve circonstanciels.

Le 24 novembre 2011, des caméras de surveillance ont filmé la camionnette blanche Ford F-150 de Simpson repartir d’une station de métro à Montréal où Montagna s’était rendu. Montagna s’est fait reconduire au domicile de Simpson, sur l’Île Vaudry, à Charlemagne, où la victime devait supposément rencontrer Raynald Desjardins pour que ces derniers règlent leurs différends.

À ce moment, Montagna et Desjardins faisaient partie d’une alliance de chefs mafieux qui visaient à déloger le clan Rizzuto à la tête du crime organisé italien à Montréal. Mais cette alliance était sur le bord de l’éclatement.

Deux mois plus tôt, Desjardins avait échappé à une tentative de meurtre au AK-47, à Laval, et il soupçonnait Montagna — un ancien chef de la famille mafieuse new-yorkaise Bonanno — d’avoir voulu le liquider.

Montagna n’a finalement jamais rencontré Desjardins, qui n’était pas au rendez-vous. Une fois au domicile de Simpson, il a été atteint de trois balles avant de s’enfuir à la course en passant à travers une fenêtre de la maison. Il est mort peu de temps après avoir traversé la rivière L’Assomption.

«Avez-vous de la peine? Êtes-vous déçu qu’il soit mort?», avait spontanément dit Simpson aux policiers qui l’interrogeaient pour le meurtre de Montagna.

Du «jamais vu»

L’un des procureurs de la poursuite, Me Robert Rouleau, a qualifié ces peines de «compromis» suivant de «longues négociations» avec les avocats de la défense.

Sa collègue de la Couronne, Marie-Christine Godbout, a rappelé au juge André Vincent qu’il s’agissait d’un dossier non seulement «complexe» mais «jamais vu auparavant dans notre système de justice».

C’est que le caïd Desjardins et ses acolytes étaient espionnés à leur insu par la GRC pendant qu’ils planifiaient le meurtre de Montagna. Les policiers ont intercepté 16 000 textos cryptés — et directement liés à ce complot de meurtre — que les suspects s’étaient échangés sur leurs appareils BlackBerry durant les mois qu’ont duré le projet d’enquête Clemenza.

Mais pour préparer sa défense, Vittorio Mirarchi et ses avocats ont demandé au tribunal de forcer la Couronne à dévoiler exactement comment la GRC avait réussi à épier ces communications privées.

La poursuite voulait préserver le secret sur cette méthode d’écoute électronique inédite qui, si elle était révélée au grand jour, deviendrait inefficace. Le juge Michael Stober a donné raison à la défense, en vertu du droit constitutionnel de tout accusé à un procès juste et équitable.

Dès lors, la Couronne a préféré négocier une issue avec Mirarchi et les autres coaccusés qui — comme Desjardins avant eux — ont tous plaidé coupable à une accusation réduite de complot, en mars 2016, en échange de l’abandon des accusations de meurtre.

Plus tôt cette année, une cinquantaine de présumés trafiquants de drogue inculpés dans le même projet Clemenza de la GRC ont été libérés de toute accusation à la demande même de la Couronne, afin de protéger cette technique d’enquête qui avait également mené à leur arrestation.

Un demi-million confisqué

La Couronne a cependant obtenu la confiscation définitive d’une somme totalisant près d’un demi-million de dollars qui avait été saisie des complices de Desjardins.

Du lot, Pietro Magistrale, 65 ans, a été délesté de 250 000 $ en argent canadien et de 80 000 $ en devises américaines que les policiers avaient trouvés chez lui, le jour où ils l’ont appréhendé.