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Le temps d'allumer

STOCKQMI-MARIJUANA
Joel Lemay/Agence QMI

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C’est aujourd’hui le dernier jour de la consultation québécoise sur la légalisation du cannabis à des fins récréatives, laquelle a débuté le 22 août. Le projet de loi C-45 prévoit une légalisation du cannabis séché (excluant donc les friandises et l’huile à vapoteuse) pour l’été 2018.

Le débat déjà sur le comment, et nullement sur le pourquoi. On peut assurément déplorer qu’aucune discussion n’ait eu lieu, en société, sur son principe même. C’est mon cas, j’ai déjà eu l’occasion d’en traiter il y a peu, et j’y reviendrai sans doute prochainement sur ce blogue.

Qu’on soit favorable ou non à une légalisation du cannabis à des fins récréatives, on peut être porté à se dire, au premier regard, qu’une nouvelle production ne peut qu’être bénéfique aux agriculteurs québécois. Erreur !

Regardons ce qui se passe dans le domaine du cannabis médical, légal depuis 2001 au Canada, et dont le marché est en croissance. Il y a aujourd’hui 43 producteurs autorisés au Canada. Plus de la moitié de ceux-ci se trouvent en Ontario.  

Il est évident que le fait d’avoir déjà une expertise dans le cannabis médical va donner un avantage aux entreprises qui œuvrent là-dedans quand le moment sera venu d’obtenir des permis pour le futur cannabis récréatif. Les procédés de fabrication de ces entreprises sont déjà approuvés par Santé Canada. Le projet de loi C-45 donnera donc une nette longueur d’avance à l’Ontario, centre de gravité du gouvernement Trudeau.

Puis, il y a la dimension partisane, jamais très loin quand il faut comprendre les motivations derrière les politiques canadiennes. Un récent article de La Presse était extrêmement éclairant là-dessus. Il nous révélait que plusieurs anciens politiciens et hauts dirigeants du Parti libéral siègent au conseil d’administration des plus grandes entreprises productrices de cannabis médical autorisées par l’État. Une quinzaine d'administrateurs de ces 43 producteurs autorisés sont des donateurs du PLC. Certaines de ces compagnies ont au moins un directeur qui a déjà eu des liens avec ce même parti.

Dans ce même article, un producteur de cannabis de Sherbrooke dont l'entreprise attend depuis 2013 une licence d'Ottawa, José Dominguez, affirmait faire face à du « favoritisme politique accoté ». « C'est sûr que le fait d'avoir quelqu'un proche du pouvoir au sein de l'entreprise, c'est la clé », disait-il. Pas facile quand on n’est pas dans les bonnes grâces libérales. Si vous n’êtes qu’un petit producteur québécois et que vous n'avez pas de lien avec les troupes de Justin Trudeau, vous pouvez oublier ça tout de suite. Ne trouvez-vous pas que c'est un incitatif de recrutement efficace pour le Parti libéral ?

Grosso modo, les intérêts en jeu sont clairs. L’Ontario et les amis du régime sont bien heureux de ce qui s’en vient. Mais tout cela n’est qu’un hasard, et cette politique n'est pensée que pour les bonnes raisons, pas vrai ?

Le projet de loi C-45 laisse entendre que le gouvernement aura les coudées franches pour octroyer les permis dans ce marché qui promet d’être extrêmement lucratif. Et pas question, pour Ottawa, de laisser les provinces gérer ça elles-mêmes.

Le Québec devrait rapidement se rappeler qu’entre deux joints il faudrait se grouiller le c...