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Les ouragans arrivent et les pétrolières jubilent

Petrole essence carburant
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Les ouragans sont une bénédiction pour les pétrolières

Comme il y a un énorme surplus de pétrole brut dans le monde, les transnationales pétrolières occidentales en souffrent. Elles ne peuvent plus justifier, comme elles l’ont fait dans le passé, une rareté du pétrole et se servir de ce prétexte pour arnaquer les consommateurs avec de grosses hausses de prix. Alors, vous comprendrez que l’arrivée des ouragans Harvey, José, Katia et Irma les comblent : «Le pétrole plombé à New York par l’impact de Harvey sur la demande de brut et «L’ouragan Harvey fait bondir le prix de l’essence, sous les craintes de pénuries ponctuelles» (le Devoir, 29 août 2017 et 1er septembre 2017). Ce n’est qu’un début puisque l’autre ouragan arrive : «Irma se renforce en ouragan de catégorie 5» (Le Devoir, 6 septembre 2017). Rareté du brut et pénuries ponctuelles d’essence alors que le Canada est non seulement autosuffisant en la matière, mais il est un des plus gros producteurs au monde pas seulement en provenance de l’ouest du pays, mais aussi le pétrole en mer sur la côte Est comme en Nouvelle-Écosse. À tous les ouragans, c’est le même «pattern» de faire peur au monde : «Prix de l’essence. Augmentation. C’est la faute à l’ouragan Ike» (Le Journal de Montréal, 13 septembre 2008). Alors, c’était les mêmes excuses plates en 2008.

Plusieurs pays ont des gros surplus

Des pays gros producteurs de pétrole avides d’en exporter afin d’obtenir des devises ne demandent pas mieux que d’exporter à bon prix, mais le cartel des pétrolières nord-américaines ne veut surtout pas en acheter de ces pays. Elles préfèrent faire croire à une pénurie de pétrole afin de gonfler leurs prix. La Russie a plein de pétrole à vendre, mais les pétrolière Exxon, Shell, Suncor et Ultramar, qui nous contrôlent, n’en veulent surtout pas : «La Russie a déjà annoncé qu’elle ne réduira pas sa production» (Le Devoir, 30 septembre 2016). Et il y a aussi l’Iran : «Le gel de la production attendra. L’Iran réitère qu’il doit d’abord retrouver son rythme d’avant les sanctions avant de souscrire à un plan censé rehausser les prix» (Le Devoir, 28 septembre 2016). Et il y a aussi le Koweït et l’Arabie saoudite qui sont, oh surprise, contraints à l’austérité et qui veulent vendre leur pétrole à bas prix : «Les pays producteurs en panne de revenus. Quand même l’Arabie saoudite est contrainte à l’austérité» (Le Devoir, 3 février 2016). Et il y a le Qatar, le Venezuela, le Brésil qui veulent liquider leur essence. Alors, se servir de l’argument des ouragans pour nous faire peur et pour nous vider les poches relève de l’insulte. En passant, l’industrie pétrolière contrôle tout de A à Z en étant totalement intégrée verticalement de l’extraction à la production de pétrole brut au raffinage et au détail. Alors si les prix du brut baissent, pas ben grave, elles se reprennent ailleurs : «Les raffineurs et détaillants d’essence [qui sont les mêmes] gonflent les prix» (Le Journal de Montréal, 3 octobre 2014).

Le festival des ouragans

Réchauffement climatique aidant, il y a eu, au cours des dernières années, plusieurs ouragans en Amérique du Nord. Chaque fois les pétrolières en ont profité. Et, à chaque fois, elles font semblant d’être prises au dépourvu. Le privé est pourtant censé être visionnaire et efficient. Comme ouragans récents mentionnons Epsilon, Katrina, Wilma, Ike, Rita, Charley, Ivan et j’en passe : «Autre saison d’ouragans très active à l’horizon» et «États-Unis. Raffineries vieillissantes. Toujours à la merci d’un ouragan» (La Presse, 5 avril 2006 et Le Journal de Montréal, 2 septembre 2008). Oui, on parle de raffineries vieillissantes et en diminution constante depuis 2008 sans en construire de nouvelles. Bien au contraire, on en ferme, comme la raffinerie Shell à Montréal en 2011. Et nos élus les laissent agir à leur guise. Disons qu’en 1980, il y avait 300 raffineries aux States et moins de 150 aujourd’hui. Et pourquoi les pétrolières n’en construisent-elles pas de nouvelles afin de répondre adéquatement à la demande? Au Canada et au Québec, ce fut la même histoire de même qu’à Montréal qui a déjà compté plusieurs raffineries. Cherchez l’erreur! Idem pour les stations d’essence : «Gaz bar blues. Le nombre de postes d’essence en chute libre au Québec» (La Presse, 1er décembre 2012).

Les politiciens agissent comme des lobbyistes

Pour se libérer de l’emprise tentaculaire du cartel pétrolier, il faudrait réactiver la société de propriété collective québécoise Soquip qui aurait pour mandat d’acheter à bon prix le pétrole de pays étrangers, qui ne demanderaient pas mieux de nous en vendre. Mais nos gouvernements, toujours plus au service des puissants, ne veulent point irriter nos arnaqueurs même si cela enrichirait les Québécois et stimulerait notre économie. C’est Jean Charest qui disait en 2011 : «Pas de prix plafond à l’horizon. Jean Charest préfère laisser la concurrence influer sur le coût de l’essence» (La Presse, 14 mai 2011). Concurrence dans l’industrie pétrolière vous dites? Où ça? Et encore récemment, venant courageusement de nouveau à la défense des grosses pétrolières, il signait cette opinion langoureuse dans La Presse du 2 février 2015 : «Bien intentionné, mais malavisé. La solution aux changements climatique consiste à réduire la demande en pétrole, non à punir ceux qui répondent [les pétrolières] tout simplement à la demande». Punir les pétrolières en leur demandant de ralentir leurs ardeurs et de baisser leurs prix. Le PLQ préfère «punir» le monde ordinaire qui ne lui «rapporte» pas.

Lois spéculatives et organisées du marché

Dans le domaine du pétrole, ce seraient des lois «naturelles» du marché et une féroce concurrence entre agents économiques qui aboutirait en tout temps au juste prix du carburant? Les pétrolières n’y seraient absolument pour rien, impuissantes aux fluctuations des prix dictés par la «nature»? Elles ne font que se soumettre aux aléas de la nature. Forte concurrence qui fait que les pétrolières affichent toutes le même prix et l’augmentent toutes en même temps. Tout de même bizarre ce que la nature peut faire. La nature serait-elle au service des puissants?

En plus des pétrolières, il y a les fonds spéculatifs qui s’en donnent à cœur joie et qui empochent des milliards de dollars chaque année en «jouant» à la Bourse de matières premières. Comme le disait l’ONU en 2013 : «La spéculation, les deux tiers du problème» (La Presse, 15 avril 2013). Et il y a aussi ceci : «États-Unis. Des élus partent en guerre contre les spéculateurs pétroliers» (Le Devoir, 12 mai 2011). Mes amis, le pétrole est une ressource naturelle collective qui appartient à tous ou qui devrait l’être. Pourquoi ne pas faire comme la majorité des riches en pétrole et nationaliser ce bien collectif? Ainsi, on arrêterait d’être les dindons de cette farce grotesque, on éliminerait les intermédiaires et les spéculateurs et on ferait baisser radicalement les prix, laissant plus d’argent dans les poches des individus, ce qui stimulerait l’économie. Avec les Esso (Exxon Mobil), Shell, Ultramar, Total (dont Power Corp. est un actionnaire important), etc., qui appartiennent à des étrangers, l’argent collecté sur la vente de notre propre carburant sort du pays en permanence. Faut être colonisé pour accepter un tel état de fait. Juste chialer et piquer à l’occasion une petite crise de nerfs ne changera absolument rien à cette exploitation. Incroyable, les prix s’envolent sans qu’il y ait augmentation des coûts de fabrication, moment même où l’offre mondiale de pétrole excède largement la demande. Pouvez-vous m’expliquer ces drôles de lois naturelles de l’économie de marché? Dans le Journal de Montréal du 12 janvier 2017, le chroniqueur Michel Girard a bien résumé la situation : «Les pétrolières abusent». Dire qu’elles ne font qu’abuser est faire preuve de retenue.

Rions un peu de nous-mêmes

Dans la vie, il faut savoir rire de soi surtout quand on le mérite. Encore une fois, grâce à mes précieux dossiers d’articles du Journal de Montréal, j’ai trouvé des perles de drôleries qui illustrent bien jusqu’à quel point les pétrolières rient de nous autres sans que les politiciens interviennent. Au contraire, ils applaudissent aux hausses de prix, comme l’ancienne ministre libérale Line Beauchamp : «Le prix de l’essence aidera à réduire les gaz à effet de serre, selon Line Beauchamp.» (Le Devoir, 13 juin 2008).

-«Comme l’an passé, les pétrolières encaissent avec le long congé de la fête du Travail. Bonne fête des travailleurs» On appelle ça du taxage ou des impôts versés au privé.

-«Fête de Dollard et de la Reine. Nouvelle hausse du prix de l’essence. Bon congé. Les pétrolières défient le ministre libéral des Ressources naturelles» Le ministre a demandé des explications aux pétrolières et il attend toujours. Agis plutôt que de quémander des explications.

-«Le cadeau de Noël des pétrolières.» Joyeux Noël quand même! Comment alors ne pas les aimer?

-«Menace (sic) de neige. Le pétrole gagne 2.12$US». Pas de tempête de neige, mais juste menace de neige. Les pétrolières sont prévoyantes.

-«Un "cadeau" fiscal des pétrolières». Pour prédire l’arrivée du printemps, laissez tomber la marmotte. Fiez-vous aux hausses de prix printanières du carburant.

Bon, résumons : Le Canada est riche en pétrole, c’est notre ressource naturelle et on accepte de se faire arnaquer ainsi par des étrangers. À la fois ridicule et pathétique. Je dirais même pathologique.