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«Notre pays nous a carrément laissé tomber»

Une famille québécoise est soulagée de rentrer à la maison mardi après avoir vécu l’horreur à Saint-Martin

Henriette Leblanc (à gauche), Cynthia Jubinville-Leblanc (quatrième) et Anita Quirion (à droite) ont accueilli hier à l’aéroport Montréal-Trudeau Claudie Quirion, Roch Leblanc, Maïly et Sian Quirion-Leblanc, ainsi que la chienne Jill. Ces derniers ont vécu six jours d’enfer sur l’île de Saint-Martin après le passage de l’ouragan Irma.
Photo Benoît Philie Henriette Leblanc (à gauche), Cynthia Jubinville-Leblanc (quatrième) et Anita Quirion (à droite) ont accueilli hier à l’aéroport Montréal-Trudeau Claudie Quirion, Roch Leblanc, Maïly et Sian Quirion-Leblanc, ainsi que la chienne Jill. Ces derniers ont vécu six jours d’enfer sur l’île de Saint-Martin après le passage de l’ouragan Irma.

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Pillards armés de machettes et de fusils, violences dans les rues et attente interminable en plein soleil. Des Québécois déplorent avoir été parmi les derniers ressortissants étrangers sur l’île de Saint-Martin à être rapatriés, six jours après l’ouragan Irma.

« Notre pays nous a carrément laissé tomber. Ils nous ont laissé pendant des jours dormir par terre comme du bétail, couchés au soleil à l’extérieur de l’aéroport, et personne ne venait nous chercher. C’était catastrophique », lance Roch Leblanc, fatigué, à sa sortie de l’avion à l’aéroport MontréalTrudeau mardi, où l’attendaient des proches.

« Le Pérou, l’Argentine, les Américains... on voyait tout le monde partir avant nous, les Canadiens », renchérit son fils Sian Quirion-Leblanc.

M. Leblanc a été rapatrié à Toronto avec sa femme, deux de ses enfants et sa chienne Jill, lundi par un avion de la compagnie WestJet après avoir passé une semaine dans des conditions chaotiques dans la partie hollandaise de Saint-Martin. Ils sont arrivés à Montréal mardi en début d’après-midi en compagnie d’une dizaine d’autres rescapés.

Pire après l’ouragan

Leurs vacances familiales dans les Caraïbes ont viré au cauchemar en raison du passage de l’ouragan destructeur Irma mercredi dernier, qui a presque tout détruit sur l’île paradisiaque.

« L’ouragan, c’est une catastrophe extraordinaire. On voyait des voitures voler, ce n’était juste pas possible. Mais après, c’était pire, c’était le chaos, il n’y avait aucune gestion de crise », rapporte M. Leblanc.

À ses côtés, son fils est encore sous le choc.

« Dans la rue, les gens se tuaient, ils pillaient, ils avaient des machettes et des fusils. Une gendarmerie s’est fait voler et les policiers n’avaient plus d’armes pour protéger les gens dans le besoin », explique le jeune Sian.

Sa mère, Claudie Quirion, avoue qu’elle était rendue au bout du rouleau quand l’avion de WestJet est enfin arrivé au secours.

« On ne croyait plus en rien, surtout ces derniers jours. Maintenant, je tiens à remercier WestJet. Ils étaient là pour nous quand on était pour baisser les bras. Ils nous ont hébergés, nous ont donné à manger », dit-elle, entourée de ses proches.

Retrouvailles touchantes

De leur côté, des parents ont vécu dans l’attente et l’angoisse pendant une semaine, avec des informations qui leur venaient au compte-gouttes étant donné les problèmes de communication causés par les dégâts.

« C’était tellement difficile de ne pas savoir s’ils étaient en vie. Mais mon Dieu merci, ils sont de retour et ils sont tous vivants », se réjouit la mère de M. Leblanc, Henriette, les larmes aux yeux.

La dame dit ne pas avoir dormi mardi tellement elle avait hâte de retrouver son fils, sa bru et ses deux petits-enfants.

La fille de M. Leblanc, Cynthia Jubinville-Leblanc, qui était pour sa part restée au Québec, a travaillé fort ces derniers jours pour venir en aide à sa famille en faisant appel aux médias et en faisant circuler l’information sur les réseaux sociaux.

« On n’avait presque aucune nouvelle... Ça fait du bien de les retrouver », dit-elle en souriant.

26 heures dans un bunker

Carole Fournier a éclaté en larmes mardi en retrouvant son fils Philippe Dufresne.
Photo Martin Alarie
Carole Fournier a éclaté en larmes mardi en retrouvant son fils Philippe Dufresne.

Carole Fournier ne cachait pas son émotion mardi en retrouvant ses proches après un périple à Cuba qu’elle n’est pas prête d’oublier. « Lorsque l’ouragan a frappé, samedi, le personnel de notre hôtel à Varadero nous a mis à l’abri dans un bunker souterrain, raconte la Lavalloise. Nous étions une centaine de Québécois et nous sommes restés 26 heures là-dedans. Il n’y avait pas d’air climatisé, nous crevions de chaleur et les toilettes étaient inutilisables. C’était extrêmement dur physiquement et psychologiquement. » La femme ne rêvait que d’une chose mardi : prendre du repos auprès des siens.

Évacués puis abandonnés

Gabrielle Bergeron, Alexis Bouchard et leurs mères Martine Coutu et Brigitte Bouchard.
Photo Martin Alarie
Gabrielle Bergeron, Alexis Bouchard et leurs mères Martine Coutu et Brigitte Bouchard.

Gabrielle Bergeron et Alexis Bouchard ne s’attendaient pas à passer une partie de leur séjour barricadés dans une chambre d’hôtel lorsqu’ils sont partis pour Cuba. « Vendredi soir, notre compagnie aérienne Sunwing nous a évacués de notre hôtel de Varadero pour un autre, seulement 15 minutes de route plus loin, déplore Alexis Bouchard. Nous sommes restés tout le samedi barricadés dans la chambre, dont les fenêtres menaçaient d’exploser. La compagnie ne nous a donné aucune nouvelle sur notre retour jusqu’au lundi. Nous étions abandonnés. »

La panique à l’aéroport

Benoit Haché (à gauche) et Denis Lamarche (à droite) se disaient mardi soulagés d’être rentrés.
Photo Martin Alarie
Benoit Haché (à gauche) et Denis Lamarche (à droite) se disaient mardi soulagés d’être rentrés.

Benoit Haché et Denis Lamarche ont été évacués samedi de leur hôtel de Varadero pour l’hôtel Inglaterra de La Havane. Pour autant, ils n’ont pas échappé à l’ouragan. « Nous étions dans l’un des quartiers de la ville les plus touchés par Irma : toutes les rues autour étaient inondées », explique Benoit Haché. Les deux hommes ont finalement pu rentrer dans des conditions mouvementées. « À l’aéroport de Varadero, c’était la cacophonie, sourit Denis Lamarche. Tout le monde voulait embarquer par tous les moyens et les gens se marchaient dessus pour un siège. »

Témoignages recueillis par Camille Garnier