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Des congédiements prévisibles

Jacques Chapdelaine n’avait pas le plein contrôle sur ses vétérans

Alouettes
Photo Pierre-Paul Poulin C’est le directeur général Kavis Reed qui prendra la relève de Jacques Chapdelaine au poste d’entraîneur des Alouettes.

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Personne n’est tombé en bas de sa chaise en apprenant les congédiements de Jacques Chapdelaine et de Noel Thorpe par les Alouettes, mercredi matin. Après tout, c’est devenu la norme pour cette formation depuis le départ de Marc Trestman.

Après les propos tenus par Andrew Wetenhall lors du tournoi de golf de l’équipe, mardi, on savait que les carottes étaient cuites pour Chapdelaine. Pour Thorpe, c’est plus surprenant.

De toute évidence, Wetenhall voulait que son directeur général Kavis Reed passe à l’action afin de relancer son équipe. Les assistances sont en baisse depuis le début de la saison et les chiffres annoncés durant les matchs reflètent rarement le nombre réel d’amateurs dans les gradins. Les Alouettes n’ont pas les reins assez solides pour écrire des budgets signés à l’encre rouge chaque saison.

Sur le terrain, les Moineaux ont perdu six de leurs sept derniers matchs et ils étaient désorganisés depuis leur revers crève-cœur subi à Winnipeg à la fin de juillet. C’est à ce moment qu’il y a eu une cassure entre Chapdelaine et ses joueurs. Même s’ils affirmaient qu’ils pourraient se relever de cette claque sur la margoulette, le doute était installé.

Par la suite, le temps a fait son œuvre et les contre-performances étaient trop fréquentes pour que le Québécois d’origine évite le couperet. Les défaites gênantes contre Toronto et Ottawa en l’espace de trois semaines ont donné le coup de grâce.

Par contre, Chapdelaine n’a pas tous les torts dans cette histoire. Tout d’abord, il avait une mission colossale : remettre une attaque sur les rails avec un quart surévalué.

Darian Durant a connu un départ correct, mais sans plus. Au cours des dernières parties où les Alouettes peinaient à marquer un touché, il a été pitoyable. Avec son air décontracté, tout semblait sous contrôle pour le vétéran, mais la réalité était bien différente.

Même si Chapdelaine préparait le meilleur plan de match possible, Durant n’avait pas la capacité de l’exécuter. C’est aussi simple que cela. Si j’étais lui, je me sentirais mal pour le congédiement de son entraîneur.

Des sourires dans le vestiaire

On voyait des signes inquiétants chez les joueurs depuis un certain temps. Pendant les matchs, ils écopaient de punitions stupides et donnaient des verges à la pelletée à l’adversaire. D’ailleurs, les Alouettes sont la formation la plus punie de la LCF.

Quand une telle situation survient, c’est l’entraîneur-chef qui en est responsable. C’est sa tâche de tempérer la fougue de ses hommes et de sévir au bon moment.

Ce qui était encore plus préoccupant, c’est l’attitude de certains leaders après les rencontres. J’ai souvent vu des sourires et entendu des rires dans le vestiaire, notamment après leur prestation lamentable contre Ottawa. Ils donnaient l’impression qu’ils acceptaient la défaite. Ce n’était pas normal.

C’était le signe d’un désintéressement dangereux pour Chapdelaine.

De plus, on m’a rapporté que plusieurs meneurs de l’attaque ont fait la fête lors du vol de retour de Vancouver la semaine dernière. Durant, Nik Lewis, B.J. Cunningham et Ernest Jackson ne se seraient pas gênés pour prendre quelques breuvages alcoolisés tout en se racontant des blagues malgré leur piètre performance contre les Lions. Leurs coéquipiers n’ont pas voulu confirmer la tenue de cette petite « fiesta », mais il n’y a pas de fumée sans feu. Est-ce qu’ils ont vraiment l’équipe à cœur pour agir de la sorte ? On peut en douter.

Selon mes sources, Chapdelaine ne serait pas intervenu auprès de ses joueurs. C’était une grave erreur.

Mauvaises décisions de Reed

Au début de la saison, le directeur général Kavis Reed a tenté de nous vendre qu’un vent d’optimisme soufflait sur son organisation. L’effet de nouveauté s’est toutefois rapidement estompé.

L’échange de S.J. Green et la libération maladroite du secondeur Bear Woods ont provoqué l’ire de plusieurs vétérans au sein de l’équipe. Pour Woods, Chapdelaine n’avait pas hésité à critiquer la décision de son patron sur la place publique.

En tirant à nouveau sur la gâchette mercredi, le DG croit qu’un nouvel entraîneur-chef trouvera des solutions pour relancer sa formation. Bonne décision ? C’est un pari risqué, mais qui avait été préparé depuis un certain temps.

On a eu vent que le mentor de Reed, Rich Stubler, avait été vu dans l’entourage de l’équipe le mois dernier. Il a probablement eu quelques discussions avec son protégé au sujet de l’avenir de Chapdelaine.

Thorpe : victime du ratio

Du côté de Thorpe, il était clair qu’il vivait sur du temps emprunté. Il écoulait sa dernière année de contrat et il ne serait pas revenu avec les Alouettes au terme de la saison 2017, et ce, peu importe le rendement de l’unité défensive.

Lorsque Reed a décidé de placer plus de joueurs canadiens partants au sein de son unité, on savait que Thorpe aurait de la difficulté à livrer le même rendement que les dernières saisons. Son système était basé sur la pression sur le quart adverse, mais il n’avait plus les outils pour l’appliquer de façon efficace.

Connaissant Thorpe, il doit rager dans son salon et on peut le comprendre. La bonne nouvelle, c’est qu’il trouvera un boulot la saison prochaine. Son expertise en fera un candidat de choix dans la LCF ou dans les rangs universitaires.

Ce qu’ils ont dit

« Nous avons eu plusieurs coordonnateurs offensifs qui ne connaissaient pas nécessairement la ligue. Donc, en partant, c’était difficile. Cette année, la difficulté était d’implanter un système de jeu avec un nouveau quart et des nouveaux receveurs qui n’avaient jamais vraiment travaillé ensemble. »

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« Depuis Marc Trestman, on a eu des moments difficiles. On dirait que nous avons de la misère à établir qui sont les Alouettes. Il faut vraiment être capables de se regarder dans le miroir en se disant qu’on doit travailler plus fort et limiter les erreurs. On se donnerait au moins une chance de trouver des réponses. »

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« Nous sommes tous responsables du congédiement. Autant la brigade offensive que défensive. Nous formons une équipe, nous sommes responsables des résultats. Je ne suis pas l’unique responsable. »

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