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Les frustrés de la Maison-Blanche

Dix mois après avoir été battue par le républicain Donald Trump, Hillary Clinton a publié hier, aux États-Unis, What happened, un récit personnel sur sa défaite.
Photo afp Dix mois après avoir été battue par le républicain Donald Trump, Hillary Clinton a publié hier, aux États-Unis, What happened, un récit personnel sur sa défaite.

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Belle coïncidence que d’entendre, dans la même semaine, deux dépossédés de la Maison-Blanche ! Un a donné sa première entrevue après avoir quitté un poste d’influence auprès du président ; l’autre a publié son analyse sur ce qui l’a empêché d’être ce président.

Un est républicain ou, en tout cas, a utilisé la machine du parti pour arracher la plus improbable victoire dans une bataille présidentielle.

L’autre est démocrate et était tellement persuadée que la présidence allait lui tomber dans les mains comme un fruit mûr qu’elle erre encore comme une âme en peine : « Pas une journée depuis le 8 novembre 2016, écrit-elle dans son livre, durant laquelle je ne me suis pas posé la question : pourquoi ai-je perdu ? »

BANNON, LE BATAILLEUR DE RUE

Une pièce d’anthologie que cette entrevue donnée par Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique du président Trump, à l’émission 60 minutes du réseau CBS. C’est à lui qu’on doit la campagne populiste et ethnocentrée sur la « white working class » qui a ultimement conduit Donald Trump à la Maison-Blanche.

Bannon a laissé son poste à la Maison-Blanche il y a un mois et on sent qu’il est « en beau fusil ». Cette présidence, remportée de manière si inattendue, on est en train de la lui voler. Et les premiers bandits, à son avis, ce sont les leaders républicains au Congrès : Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants, et Mitch McConnell, le leader de la majorité au Sénat.

« L’establishment républicain essaie d’annuler l’élection de 2016. Ils ne veulent pas que l’agenda de nationalisme économique de Donald Trump soit mis en œuvre. » On manque aussi de loyauté dans l’entourage de Trump.

Bannon nomme expressément Gary Cohn, son principal conseiller économique, qui a critiqué le président pour ne pas avoir dénoncé plus durement les néonazis et autres suprémacistes blancs qui manifestaient à Charlottesville, en Virginie, à la mi-août. « Quand vous êtes avec un homme, vous êtes avec lui. »

HILLARY CLINTON, LA SOMNAMBULE

En toute honnêteté, je n’ai pas encore eu le temps de lire le livre que l’ancienne candidate démocrate consacre à sa débâcle. What happened est sorti hier ; la version française — Ça s’est passé comme ça — sera disponible le 20 septembre. Je me fie aux extraits déjà publiés et aux entrevues qu’elle a commencé à donner. Et ça paraît mal !

Elle aussi, à sa façon, croit qu’il y a eu vol de la présidence. Et c’est elle la victime. Je l’entends assumer sa part de responsabilité, mais ce qui résonne plus fort encore, c’est son amertume et la générosité avec laquelle elle distribue les blâmes.

D’abord à Bernie Sanders, son adversaire dans la primaire démocrate, « trop vicieux dans ses attaques », lui qui « n’est même pas un démocrate ». Puis à WikiLeaks, à la Russie et aux courriels publiés ; au New York Times, trop fasciné par l’affaire ; à James Comey et au FBI, qui a rouvert l’enquête onze jours avant l’élection.

Même Obama est un peu coupable : « C’est extrêmement difficile de succéder à huit années d’une présidence du même parti. » Pourtant, devant un rival comme Donald Trump — « menteur, sexiste et incompétent », selon elle — ç’aurait tout de même dû être un peu plus simple.

Bannon et Clinton jurent, chacun de leur côté, qu’ils n’en resteront pas là, qu’ils vont continuer de se battre et qu’ils vont finir, d’une manière ou d’une autre, par obtenir vengeance. Vous cherchez un discours neuf en politique américaine ?

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