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Mouches et souris au bloc opératoire

Un rapport sonne l’alarme sur la vétusté des salles de chirurgie de l’Hôpital Charles-Le Moyne à Longueuil

Le bloc opératoire de l’Hôpital Charles-Le Moyne a été construit en 1966, mais ne répond plus aux normes de 2017, selon un rapport dévastateur dont nous avons obtenu copie.
Photo d'archives Le bloc opératoire de l’Hôpital Charles-Le Moyne a été construit en 1966, mais ne répond plus aux normes de 2017, selon un rapport dévastateur dont nous avons obtenu copie.

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L’un des plus importants blocs opératoires de la région de Montréal est aux prises avec des problèmes de salubrité qui font froid dans le dos. Au cours des derniers mois, on a noté des infiltrations d’eau, la présence d’insectes et même d’une souris.

Une lettre obtenue par notre Bureau d’enquête sonne l’alarme à propos de la vétusté du bloc opératoire de l’Hôpital Charles-Le Moyne, à Longueuil.

Le document détaille sur huit pages une multitude de problèmes observés depuis un peu plus d’un an.

On a répertorié à au moins 16 reprises la présence de mouches ou autres insectes au bloc opératoire. Dans certains cas, il a même fallu interrompre l’opération et mettre une toile pour protéger le patient et les tables d’instruments.

Le document qui a été envoyé à plusieurs médecins la semaine dernière a été rédigé par le chef du département d’orthopédie, le docteur Karl Fournier.

Ce dernier est connu du grand public pour avoir participé à la saison 1 de l’émission De garde 24/7 diffusée à Télé-Québec.

« Depuis plusieurs années, les évidences sont flagrantes que notre bloc opératoire a atteint ses limites », écrit-il dans la lettre adressée au Dr Stéphane Tétreault, président du comité de l’évaluation médicale au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Montérégie-Centre.

Chaleur excessive

Selon le document, des salles d’opération ont dû être fermées chaque été depuis neuf ans pour colmater des fuites d’eau récurrentes.

Ces fuites permettraient aux insectes de coloniser les salles où sont opérés des patients. On demande aussi où en sont rendues les cultures de champignons à l’intérieur des murs.

Au cours des dernières semaines, on y a fait des relevés de température et d’humidité jugés inappropriés pour un bloc opératoire.

Alors que les normes canadiennes recommandent une température entre 18 et 23 degrés Celsius, on y a observé des températures dépassant 25 degrés début juillet. On a également noté de l’humidité excessive à plusieurs reprises cet été.

Barrette interpellé

Selon nos informations, l’hygromètre qui mesure l’humidité relative a même affiché jusqu’à 85 % alors que la norme est d’un maximum de 60 %.

« Il est bien connu dans la littérature scientifique qu’un taux d’humidité supérieur à 60 % augmente de façon significative les risques d’infections peropératoires », écrit le Dr Fournier.

Le document rappelle aussi que le sous-ministre Michel Bureau et le ministre Gaétan Barrette avaient eux-mêmes visité le bloc en 2008, alors que ce dernier était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Dans le rapport suivant cette visite, on recommandait notamment de revoir les locaux opératoires.

« À moyen terme, compte tenu de la vétusté, de l’encombrement des locaux et des problématiques que cela entraîne [ventilation, etc.], prioriser l’actualisation du PFT prévu pour le bloc opératoire », peut-on lire.

Le plan fonctionnel et technique (PFT) est l’étape préalable à l’approbation pour des travaux de construction dans les établissements de santé.

Contactée par notre Bureau d’enquête, la direction du CISSS de Montérégie-Centre n’a pas fait de commentaires, hier.

Lacunes observées

Insectes « Au cours de la période 2016-2017, il y a eu au moins 16 évènements répertoriés sur la présence d’insectes (mouches, moustiques, etc.) »

Souris « Des trappes à souris ont déjà été installées puisqu’un de mes collègues, le docteur Thien Vu Mac, en avait photographié une, au bloc opératoire, lors d’un soir de garde. »

Fuites d’eau « Au cours des neuf dernières années, nous avons dû fermer des salles d’opération chaque été pour colmater des fuites d’eau récurrentes. »

Humidité excessive « Les problèmes d’humidité sont récurrents puisqu’en août 2017, même si la météo extérieure s’est avérée un peu plus clémente, nous avons dépassé le seuil de 60 % au moins sept fois. »

Un tableau qui décrit les 16 occasions où la présence d’insectes a été constatée.
Photo d'archives
Un tableau qui décrit les 16 occasions où la présence d’insectes a été constatée.