/news/health
Navigation

Un itinérant sauve deux vies

Il apporte toujours de la naloxone avec lui afin de faire face à la crise du fentanyl, un puissant opioïde

Coup d'oeil sur cet article

Un itinérant prévoyant a sauvé deux vies en un mois en gardant sur lui de la naloxone, un antidote au fentanyl.

Jean-Simon Tremblay, qui vit dans la rue à Montréal depuis six ans, a vu les ravages des opioïdes apparaître au cours des derniers mois et a aperçu plusieurs personnes en surdose.

Il a donc tenté d’obtenir de la naloxone à la pharmacie, mais il n’avait pas les 100 $ nécessaires pour quatre doses. Il s’est donc rendu chez un médecin et lui a expliqué la gravité de la situation dans la rue.

Le médecin lui a alors remis deux prescriptions gratuites de deux doses chacune de naloxone. Par chance, puisque M. Tremblay a réussi à sauver deux vies avec celles-ci.

M. Tremblay était content hier puisque le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé que la naloxone sera bientôt gratuite pour tout le monde (voir autre texte).

«C’est une excellente nouvelle. Reste maintenant à voir si, lorsque j’irai à ma pharmacie, on me donnera bel et bien une dose gratuitement», a dit Jean-Simon Tremblay.

Deux vies

Un vendredi soir de juillet, M. Tremblay a aperçu Stéphanie sur la rue Crescent, à Montréal. «Je suis passé à côté de la petite Stéphanie. Elle était finie. J’ai remarqué qu’il y avait quelque chose qui clochait avec sa couleur de peau. Je me suis arrêté et j’ai vu qu’elle avait les lèvres bleues et qu’elle commençait à avoir de l’écume aux lèvres. Je l’ai shootée [injecté la naloxone]», s’est rappelé l’itinérant.

La naloxone a fait effet et la toxicomane a pu être sauvée.

Quelques semaines plus tard, il accompagnait Gaétan, un homme de la rue dans la quarantaine dont il ignore le nom de famille.

Gaétan, un toxicomane, a fait fondre son demi-timbre de fentanyl dans le fond d’une cannette. Après avoir mélangé la substance pendant une minute au-dessus de son Pepsi réchauffé par le feu d’un briquet, il s’est injecté les 50 mg de fentanyl.

Il aurait dit à Jean-Simon Tremblay ne pas se sentir bien. Le bon samaritain a donc sorti sa bouteille d’eau de son sac pour lui en donner. Ces quelques secondes ont suffi pour que le toxicomane fasse une intoxication. Jean-Simon Tremblay, qui avait trois autres doses de naloxone, lui a immédiatement injecté l’antidote.

Crise

Contrairement au ministre Barrette, qui refuse de parler de crise, pour Jean-Simon Tremblay, la situation est grave à Montréal. Le prix attrayant du fentanyl expliquerait le nombre de personnes attirées vers cette drogue.

«C’est tellement économique. Avec un timbre de fentanyl payé 50 $, on peut avoir huit bonnes doses. Pour avoir huit bonnes doses d’héroïne dans la rue, ça va coûter 200 $», a-t-il lancé.

Il a toutefois précisé qu’un toxicomane ne coupera pas son timbre en huit, mais habituellement en deux pour espérer une meilleure sensation. «C’est plate, mais au centre-ville de Montréal, c’est rendu plus facile de trouver du fentanyl, du crack et de l’héroïne que du pot», a conclu le sans-abri.