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Donald Trump s’allie encore avec les démocrates, les conservateurs grognent

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Le président Donald Trump a chambardé le monde politique américain jeudi en annonçant un accord imminent avec l’opposition démocrate du Congrès pour régulariser des centaines de milliers de clandestins, court-circuitant sa majorité et choquant ses supporteurs conservateurs.

Le dirigeant, ostensiblement agacé de la léthargie de ses partenaires républicains depuis janvier, semble déterminé à saisir l’opportunité d’un accord sur l’immigration et la sécurité à la frontière mexicaine, un sujet brûlant que le Congrès, empêtré dans des querelles partisanes depuis des années, n’est jamais parvenu à traiter.

C’est la seconde fois, en une semaine, que Donald Trump surprend en s’accordant avec «Nancy et Chuck», Nancy Pelosi et Chuck Schumer, les chefs des démocrates de la Chambre des représentants et du Sénat, avec qui il avait conclu un «deal» sur la dette et le budget lors d’un rendez-vous dans le Bureau ovale.

Cette fois, c’est un dîner, jeudi dans le salon bleu de la Maison Blanche, qui a permis de sceller un apparent accord de principe.

En échange de la régularisation de centaines de milliers de jeunes clandestins, surnommés «Dreamers» (rêveurs), les démocrates accepteraient de voter des crédits pour doper en technologies (drones, détecteurs...) et en moyens la protection de la frontière avec le Mexique, afin de freiner les arrivées de sans-papiers.

Surtout, Donald Trump a selon les démocrates capitulé sur le mur frontalier qu’il s’est engagé à construire, reportant à plus tard la bataille pour le vote des crédits pour sa construction.

«Il y a 800 000 jeunes, nous travaillons d’arrache-pied sur un plan et nous verrons comment cela se passe (...) Je pense qu’il peut se passer quelque chose», a déclaré Donald Trump à Washington. «Je pense que nous en sommes assez proches mais il nous faut une sécurité massive à la frontière».

Pour les démocrates, «il reste à négocier les détails de la sécurité à la frontière, l’objectif commun étant de finaliser tous les détails dès que possible».

Mais c’est «une étape très, très positive», s’est félicité Chuck Schumer.

Affront supplémentaire, ni le président républicain de la Chambre, Paul Ryan, ni l’homme fort du Sénat, Mitch McConnell, n’étaient présents au dîner. «Mitch est d’accord, Paul Ryan est d’accord», a simplement lâché Donald Trump.

Pragmatisme

Les conservateurs sont furieux que leur héros ne considère plus comme une urgence absolue la construction d’un imposant mur en béton le long de la frontière. Le gouvernement avait encore tout récemment attribué des contrats pour la construction de prototypes.

Le président américain a déclaré que «le mur viendra(it) plus tard». «Nous sommes en train de rénover de grandes portions du mur», a-t-il ajouté, semblant se contenter de la réfection des sections existantes de clôtures et murs qui couvrent actuellement un peu moins d’un tiers des 3200 kilomètres de frontière.

«Un mur est un mur, les Américains ne s’y tromperont pas», a dénoncé l’élu conservateur Steve King sur CNN. «La base électorale va l’abandonner. Ils ne peuvent plus le soutenir», selon lui.

Les commentateurs conservateurs s’étranglent. «Si on n’a pas notre mur, je préfère autant que Pence soit président», a tweeté l’auteure et polémiste Ann Coulter. Le site Breitbart, dirigé par l’ex-conseiller présidentiel Steve Bannon, a jugé que Donald Trump avait «cédé» sur les clandestins.

La réalité politique est que de nombreux républicains soutiennent la régularisation des sans-papiers couverts par un programme connu sous son acronyme «Daca».

Daca est un dispositif créé par Barack Obama en 2012 pour donner des papiers temporaires à des clandestins arrivés avant l’âge de 16 ans. Environ 690 000 disposent actuellement de ce permis, selon les dernières statistiques du gouvernement, et non 800 000 qui correspondaient à un précédent chiffrage.

Les républicains considéraient ce programme comme illégal, et Donald Trump l’a supprimé, avec six mois de sursis, appelant le Congrès à transposer peu ou prou Daca dans la loi.

Mais les conservateurs voulaient exiger en contrepartie le vote de fonds pour le mur, estimant qu’il s’agissait de la promesse de campagne la plus emblématique de Donald Trump.

Le président, pragmatique, a décidé de ne pas en faire un casus belli.

«Il n’a jamais été un politique conventionnel ou orthodoxe», philosophait cette semaine l’élu républicain Tom Cole. «Je ne l’imagine pas changer de style pour faire plaisir aux républicains».