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Légaliser la mari?

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Photo Chantal Poirier Il est encore temps de se demander si le gouvernement fédéral ne fait pas fausse route dans son intention de légaliser la marijuana.

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La légalisation à venir de la marijuana suscite bien des débats. On se demande qui la produira, qui pourra la vendre et où on pourra l’acheter.

Certains rêvent même de voir l’État prendre en charge la marijuana comme il prend en charge l’alcool. Demain, Pot Québec ?

En gros, et c’est peut-être une marque de réalisme, tout le monde a accepté que la marijuana serait légalisée et que le gouvernement Trudeau ne reviendrait pas sur sa décision. On s’y adapte.

Inquiétude

Il n’est peut-être pas inutile, pourtant, de se questionner sur son bien-fondé.

On devine que derrière la légalisation de la marijuana, il y a un mélange de démagogie et de pragmatisme culturel et légal.

On veut plaire au peuple, et plus particulièrement aux jeunes. Ou du moins, on croit lui plaire. Quoi de mieux qu’offrir un droit récréatif de plus dans une société qui ne demande qu’à fuir le quotidien et à planer dans une fête perpétuelle ?

Quant aux jeunes, on s’imagine les rejoindre dans leurs préoccupations concrètes. Ils veulent s’amuser sans risquer d’ennuis avec la loi, d’autant que la marijuana est entrée dans les mœurs. Justin Trudeau veut leur faciliter la vie. Ce n’est pas méprisable.

Mais il est encore temps de se demander si le gouvernement fédéral ne fait pas fausse route. Il ne s’agit pas de déchirer sa chemise mais de se demander si Ottawa n’envoie pas un très mauvais signal à la population.

Notre société, en général, peine à poser des balises dès qu’on se situe sur le plan des droits individuels. L’individu se prend pour un petit roi. Il lui arrive même de se comporter comme un petit tyran. Dans son esprit, il lui suffit d’avoir envie d’une chose pour en avoir le droit.

Une entrave légale à nos désirs est de moins en moins concevable.

L’interdiction qui entourait encore la marijuana était surtout symbolique. Mais elle avait une vertu : elle rappelait la légitimité de certaines interdictions et qu’un désir n’a pas à se convertir immédiatement en droit.

Elle envoyait surtout un signal nécessaire : la drogue est un piège, même lorsqu’on prétend qu’elle est douce. Elle peut gâcher une jeunesse et ruiner une vie pour peu qu’on perde le contrôle.

On me dira ici que je parle comme un pépère réactionnaire. J’ai pourtant l’impression de rappeler une évidence de bon sens dont il ne faudrait pas trop se moquer.

Interdit

Il n’est pas interdit de penser que le commun des mortels, sans trop se l’avouer, ressent qu’on fait là une erreur.

Personne ne hurlera au scandale absolu ou à la décadence. Mais on sent bien qu’il y a un certain malaise autour de cette décision, comme si on devinait que la disparition totale des interdits traditionnels allait moins aboutir à une société absolument libre qu’à une société malheureusement sans repères.

Une telle société nous enfonce dans l’adolescence perpétuelle. Cela non plus, ce n’est pas une bonne nouvelle.