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Réplique à Mario Dumont

Réplique à Mario Dumont
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

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Hier, dans les pages du Journal, Mario Dumont revenait sur un enjeu de plus en plus important au Québec, soit celui du financement public aux écoles privées. Je suis reconnaissant à mon collègue, dont j’apprécie souvent les analyses politiques, de contribuer à ce débat dont nous n’entendons pas assez parler.

Grosso modo, Mario Dumont conteste l’idée qu’une abolition du financement versé aux institutions privées pour les envoyer dans le secteur public soit un simple transfert de sommes. Il a raison sur ce point. Cependant, loin d’être une perte d’argent pour l’État comme il l’estime, ce serait plutôt une réelle économie.

Tout d’abord, l’argent public versé aux écoles privées ne s’élève pas, comme on le pense, à 60 pourcent du financement à ces institutions. En 2014, un groupe d’experts réuni par le Ministère de l’Éducation et présidé par l’ancienne Protectrice du citoyen, Pauline Champoux-Lesage, a démontré que ce taux de participation financière s’élevait plutôt à 75 pourcent.

Ajoutons à cela le financement indirect, qu’on a trop souvent tendance à oublier. En cas de don d’un particulier à une école privée, celui-ci obtiendra un crédit d’impôt pouvant atteindre 50 pourcent du montant de sa généreuse contribution. Selon Louise Tremblay, économiste de l’Université de Sherbrooke qui a eu le mandat de la Fédération des commissions scolaires du Québec de se pencher sur les conséquences du financement public aux écoles privées, entre 16 et 24 millions sont remboursés aux donateurs. Cela veut donc dire que les contribuables assument cette part.

En Ontario, le privé n’est pas subventionné et 5 pourcent des élèves de la province y sont inscrits, à la différence des 21 pourcent qui, ici, fréquentent ce « faux privé ». Ces élèves ontariens ne coûtent absolument rien aux contribuables. Ce serait également le cas au Québec si nous arrêtions de financer le privé : il s’agit donc d’une économie nette qui doit absolument être prise en compte.

Abolir le financement public aux écoles privées serait positif pour le compte de taxes du contribuable. Là-dessus, les démonstrations du Mouvement L’école ensemble, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blogue, sont éclairantes. On y calcule qu’il pourrait y avoir des économies de plus de 14 millions de dollars par année.

Il est évident que les frais de scolarité au privé augmenteront et qu’une bonne partie de la classe moyenne devra se tourner vers le secteur public, mais un secteur public désormais revampé par de nouveaux moyens financiers et dynamisé par l’afflux massif d’élèves performants.

Ce débat ne fait que commencer et est une belle occasion de tourner la page de nombreux mythes en vogue. L'école est une institution beaucoup trop importante pour être l'objet d'une ségrégation entre les privilégiés et ceux qui ne le sont pas. L'élitisme pour tous, voilà qui serait prometteur.