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Colères en vrac

Colères en vrac
Photo Simon Clark

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J’écrivais hier que la semaine a été riche en sources de colère, la principale étant le rapt d’un enfant et le meurtre de sa mère. Voici d’autres trucs qui m’ont mis en rogne cette semaine.

Il y a eu deux individus pour se moquer de l’alerte Amber liée à cet enlèvement. Si le simple fait de recevoir une alerte Amber te frustre, je suggère au minimum de manger pas mal plus de fibres et possiblement de consulter un psy.

Les alertes Amber existent au Québec depuis mai 2003, elles sont vitales et elles finissent toutes bien jusqu’à maintenant, pour l’enfant du moins. Les parents de Cedrika doivent d’ailleurs être hantés par ce qui serait arrivé si on en avait déclenché une pour leur fille.

Le très sanguin maire Labeaume l’a lui aussi échappé (encore) cette semaine. Il est tombé à bras raccourcis sur une journaliste de Radio-Canada, l’accusant d’avoir pondu un reportage de merde sur la cuisine de rue qui s’est pourtant avéré. Ceux qui espéraient que le ton change à l’approche de la campagne municipale en ont pris pour leur rhume, tout comme la journaliste. On commence d’ailleurs à manquer de mouchoirs...

À l’autre bout de la 20, le maire Coderre a recruté un des individus derrière le compte Twitter « célèbre » le plus haineux, irrespectueux et agressif qu’il m’ait été donné de lire en 9 ans : celui des Justiciers Masqués. Marc-Antoine Audette se présentera pour l’équipe de Denis Coderre cet automne. Pour ce qui est des tweets haineux? Pas de problème : on les a simplement effacés. Ni vu ni connu. Bravo pour le message monsieur Coderre.

Restons en politique : en entrevue cette semaine, la candidate libérale dans Louis-Hébert Ihssane El-Guernati est restée sur sa position de 2015 concernant l’assermentation d’une citoyenne canadienne le visage voilé. Elle avait appuyé Zunera Ishaq sur Facebook à cette époque.

En entrevue, l’ex attachée politique de Sam Hamad est restée ferme dans son discours : elle appuie la liberté de religion qui est un droit fondamental au pays.

Le PLQ s’est dépêché de la rabrouer plus tard dans la journée : on tient aux services à visage découvert.

Je veux relever deux choses de cette histoire.

Premièrement, on devrait encourager plus de politiciens à coller à leurs convictions au lieu d’automatiquement adopter la ligne de parti. C’est ce qu’on cherche, non? Des individus qui pensent par eux-mêmes et ont leurs propres principes. C’est comme ça qu’on forme un gouvernement plus représentatif. Après on les accuse d’avoir « une cassette ». Il faut choisir : on veut une cassette ou on veut des politiciens qui se tiennent debout?

Deuxièmement : la liberté de religion est un droit fondamental, que ça nous plaise ou non. Moi, ça ne me plaît pas. Je pense que l’égalité hommes-femmes, par exemple, devrait primer. Mais la charte n’est PAS faite ainsi. Tous les droits sont égaux. Si vous voulez empêcher le voile, le kirpan ou toute autre pratique qui vous embête, c’est ça qu’il faut changer. Blâmer les politiciens pour le respect des droits en place ne donne absolument rien. C’est de la petite politique facile et mesquine. Si ça vous tient vraiment à cœur, chers politiciens, défiez la charte des droits. La cour a donné raison deux fois à madame Ishaq.

Je ne connaissais pas Arnold Chan avant cette semaine, mais il est devenu en 20 minutes mon parlementaire canadien favori.

Monsieur Chan est décédé cette semaine des suites d’un cancer, à l’âge de 50 ans. Lors de sa dernière allocution au Parlement, en juin alors qu’il se savait condamné, il avait livré un discours touchant sur la façon de faire de la politique. Si vous comprenez bien l’anglais je vous en suggère fortement l’écoute ici.

Sinon, je vous résume : Arnold Chan a invité les gens de toutes allégeances, de tous partis, à s’écouter. "Nous devons débattre vigoureusement, disait-il, mais nous devons écouter. C’est ça la démocratie. Quand nous nous écoutons malgré nos différences marquées, c’est en ces moments que la démocratie s’exerce. C’est le défi à travers le monde présentement. Personne ne s’écoute."

Alors que s’entame une élection municipale, qui sera suivie d’une provinciale puis d’une fédérale, j’invite tous les intervenants, incluant les électeurs, à avoir une pensée pour Arnold Chan.

Cet homme, qui se doutait que c’était la dernière fois où il aurait la simple force de se tenir debout et parler pendant 20 minutes, les a utilisées pour appeler à l’unité de cœur, malgré la division d’esprit.

Un idéaliste? Oui, Dieu merci, il en reste.