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Main basse sur le Conseil du statut de la femme?

Main basse sur le Conseil du statut de la femme?
Photo courtoisie

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Vous le savez déjà. Philippe Couillard jure que sous sa gouverne, le Québec est passé d’une phase de «restauration» à une nouvelle étape de «transformation».

Et si cette «transformation» était encore plus large qu’on ose même le penser? La question vaut la peine d'être posée.

Prenons le Conseil du statut de la femme (CSF). En janvier dernier, le bureau du premier ministre y nommait une nouvelle présidente, Louise Cordeau.

Une professionnelle respectée à la longue feuille de route, elle étonna par sa discrétion.

Tout récemment, elle accorda néanmoins une longue entrevue au Journal. Une entrevue qui n'a pas laissé grand-monde indifférent.

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Un nouveau nom?

Ce qui a surtout retenu l’attention est la possibilité soulevée par Mme Cordeau de rebaptiser le CSF :

«L’égalité des droits entre les hommes et les femmes étant « presque acquise », la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme ne serait pas opposée à une modification de l’appellation de son organisation afin de mieux refléter l’évolution de la société

Ah bon?

Et l’article de poursuivre :

«Une telle transformation pourrait notamment permettre de mieux rejoindre les hommes, qui doivent aussi prendre part au débat. « Est-ce qu’ils vont se sentir interpellés par le Conseil du statut de la femme ? Peut-être que son appellation fait qu’ils se sentent mis de côté », analyse-t-elle.

Mme Cordeau laisse toutefois le soin au législateur d’évaluer la pertinence d’un tel changement. « Je pense que l’action ne dépendra pas de son nom. Ce n’est pas parce qu’il s’appelle Conseil du statut de la femme que je vais porter moins de propos en matière d’égalité », assure la présidente.»

Vraiment?

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Égalité de jure ou de facto?

Nul besoin pourtant d’épiloguer longtemps sur un fait patent.

Soit que l’égalité de jure entre les hommes et les femmes, donc en terme de DROITS, est en effet reconnue dans nos lois et nos chartes des droits, mais que l’égalité de facto, elle, se fait encore attendre. Même dans nos sociétés avancées.

Sur le sujet, j’abonde d'ailleurs dans le même sens que l’auteure Pascale Navarro.

Est-ce que les hommes devraient être plus interpellés par les luttes pour l’égalité des sexes? La réponse est évidente : oui.

Maintenant, est-ce que cela veut dire du même souffle qu’il n’existerait plus de discrimination spécifique contre les femmes sur les plans politique, social et économique? La réponse est évidente : non.

Et c’est justement parce que cette réponse est «non» que les Québécoises, toutes origines et conditions sociales confondues, méritent d’avoir un organisme dont l’unique mandat doit demeurer tel qu’il est spécifié sur le site web même du CSF.

Soit celui-ci :

«Le Conseil du statut de la femme est un organisme gouvernemental de consultation et d’études qui veille, depuis 1973, à promouvoir et à défendre les droits et les intérêts des Québécoises.

Dans un objectif d’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes, le Conseil du statut de la femme :

  • conseille la ministre et le gouvernement du Québec sur tout sujet lié à l’égalité et au respect des droits et du statut de la femme;
  • fournit de l’information pertinente aux femmes et au public.»

Reconnu comme un agent de changement, ainsi que pour son expertise en matière d’égalité des sexes, le Conseil accomplit diverses actions :

  • documenter et illustrer les conditions de vie des Québécoises par des études et des recherches;
  • transmettre des avis au gouvernement en se prononçant sur des projets de loi, des politiques ou des actions qui présentent des enjeux en ce qui concerne le droit des femmes à l’égalité;
  • publier et diffuser les avis et recherches du Conseil, ainsi que différents documents d’information (résumés d’avis, brochures, dépliants, bulletins et affiches) pour faire connaître la situation des femmes et les enjeux en matière d’égalité;
  • diffuser le webzine Gazette des femmes;
  • participer aux débats concernant les grands enjeux qui interpellent les femmes en organisant diverses activités de communication (conférences de presse, colloques, assemblées, tournées régionales, etc.);
  • fournir aux femmes, ainsi qu’aux groupes de femmes, des outils pour intervenir dans la collectivité afin qu’elles occupent la place qui leur revient dans les différents lieux de pouvoir et d’influence;
  • veiller, au meilleur de ses capacités, à soutenir le milieu et les instances régionales dans la prise en compte, sur le plan du développement régional, de l’égalité entre les femmes et les hommes.»

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Qui a peur du féminisme?

On sait par contre que la ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, peinait encore récemment à se dire même «féministe». Comme si le féminisme était une vilaine chose.

C'est donc sans surprise que la ministre se dise elle aussi ouverte à un possible changement de nom du CSF. Lequel changement de nom provoquerait aussi nécessairement un changement d’orientation.

Sans aller aussi loin que l’ouvrage de l’auteure Aurélie Lanctôt – Les libéraux n’aiment pas les femmes -, sa thèse n’est cependant pas dénuée de fondement. L’austérité, après tout, ayant frappé nombre de Québécoises plus durement.

Qui plus est, comme je le notais ici, la fameuse consultation du gouvernement Couillard sur la «discrimination systémique» n’abordera même pas le thème pourtant incontournable du sexisme systémique.

La «transformation» dont parle le premier ministre Couillard comprendrait-elle aussi l'affaiblissement à terme du Conseil du statut de la femme en le rendant moins proactif, moins visible, moins audible et surtout, plus enclin à suivre les orientations du gouvernement du jour au lieu d’en faire l'analyse objective?

La suite des choses nous en donnera la réponse.