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Un ex-enquêteur de la SQ pointé du doigt par Yves Francœur

Selon le président de la Fraternité des policiers, Robert Pigeon aurait bloqué une enquête

Robert Pigeon, photographié ici à la fin de 2015, nie catégoriquement être intervenu pour bloquer une enquête visant des élus libéraux, comme l’allègue Yves Francœur.
Photo DIDIER DEBUSSCHERE Robert Pigeon, photographié ici à la fin de 2015, nie catégoriquement être intervenu pour bloquer une enquête visant des élus libéraux, comme l’allègue Yves Francœur.

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Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur, allègue qu’un ex-haut gradé de la Sûreté du Québec (SQ), qui est aujourd’hui directeur de la police de la Ville de Québec, serait intervenu pour bloquer l’enquête criminelle qui visait au moins un ex-ministre libéral.

Dans la déclaration-choc faite à la SQ au printemps dernier, M. Francœur pointe du doigt Robert Pigeon, un enquêteur chevronné qui a été le directeur des enquêtes de la commission Charbonneau, entre 2011 et 2014.

Yves Francœur. Fraternité des policiers
Photo Chantal Poirier
Yves Francœur. Fraternité des policiers

Yves Francœur a fourni cette déclaration en mai après avoir lancé à la radio qu’une enquête criminelle pour « fraude » et « trafic d’influence » avait avorté parce qu’elle visait deux élus libéraux.

Lundi, notre Bureau d’enquête révélait des extraits du document manuscrit de huit pages. On apprenait que, selon quatre sources d’Yves Francœur, c’est l’actuel leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, et l’ex-ministre des Finances Raymond Bachand qui étaient visés par l’enquête policière.

Ils auraient participé à une rencontre avec un promoteur immobilier, au célèbre 1000 de la Commune, lors de laquelle il aurait été question de développement ou de dézonage de terrains en retour de contributions au parti libéral du Québec, selon les sources de M. Francœur.

Dans nos pages, les deux hommes politiques se sont défendus. Ils ont dit n’avoir rien à se reprocher et affirment tous deux que M. Bachand n’était tout simplement pas présent lors de l’événement au 1000 de la Commune.

« Arrêter l’enquête »

S’appuyant sur le témoignage d’une source qu’il ne nomme pas, Yves Francœur décrit comment l’enquête policière issue du projet Diligence de la SQ aurait été stoppée.

« On a demandé aux enquêteurs d’arrêter l’enquête et la surveillance. La demande viendrait de Robert Pigeon, qui serait intime de Jacques Dupuis (ex-ministre libéral de la sécurité publique) et Robert Lafrenière (patron de l’Unité permanente anticorruption) », écrit-il.

La même source aurait aussi raconté au dirigeant syndical tout l’émoi que cette manœuvre aurait causé en coulisses de la commission Charbonneau.

« Pigeon aurait voulu le cacher aux procureurs de la commission, qui seraient en “tabarnac” », écrit M. Francœur dans sa lettre à la SQ.

Depuis les révélations de notre Bureau d’enquête lundi, Yves Francœur n’a pas voulu accorder d’entrevue.

Dans une brève déclaration écrite, la Fraternité des policiers de Montréal a affirmé que « la déclaration d’Yves Francœur était privée et [qu’elle] n’aurait jamais dû faire l’objet d’une fuite ».

Extraits de la déclaration d’Yves Francœur

Des extraits de la déclaration manuscrite d’Yves Francœur à la Sûreté du Québec.
Photo courtoisie
Des extraits de la déclaration manuscrite d’Yves Francœur à la Sûreté du Québec.

 

Une allégation «grotesque»

« Grotesque », « odieux » ; le directeur de la police de Québec ne mâche pas ses mots pour dénoncer les allégations faites par Yves Francœur à son endroit.

En entrevue, Robert Pigeon explique qu’il aurait été impossible pour lui de faire quelque intervention que ce soit pour stopper une enquête visant deux élus libéraux.

« Je n’ai jamais fait partie de cette enquête-là. [...] Je n’avais aucune entrée au gouvernement non plus, donc je ne vois pas de quelle façon j’aurais pu faire une chose comme ça », fait-il valoir.

« Je trouve ça absolument odieux de la part de M. Francœur de faire une allégation aussi gratuite et mensongère », ajoute-t-il, irrité.

Professionnalisme

Robert Pigeon dirige la police de Québec depuis décembre 2016. Quant à son mandat à la commission Charbonneau, qui a pris fin en 2014, il assure qu’il l’a toujours exécuté avec le plus grand professionnalisme.

Il indique que c’est un employé civil du ministère de la Justice qui a été chargé de faire l’analyse de la preuve du projet Diligence pour le compte de la commission Charbonneau, incluant l’écoute électronique. C’est donc cette personne, et non lui, qui aurait eu accès à de possibles informations amassées sur des élus libéraux.

« Les procureurs (de la Commission) transigeaient directement avec cette personne-là », dit-il.

L’ex-procureure en chef de la Commission, Sonia LeBel, nie aussi qu’il ait fait de l’obstruction et que les procureurs en aient été fâchés. « C’est du grand n’importe quoi », dit-elle.