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Soutenir l'allaitement... en 2017

Soutenir l'allaitement... en 2017
Adrin Shamsudin - Fotolia

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On aura beau dire : au cours des dernières années, l’allaitement a vraiment gagné en visibilité. On en parle beaucoup, partout. Ça polarise, ça échauffe les esprits, ça laisse personne indifférent.

Y'a des groupes de soutien, des lignes téléphoniques, des marraines d’allaitement, des consultantes en allaitement, de nombreux militants. Les papas sont impliqués dans la démarche plus que jamais, et le corps médical est de mieux en mieux outillé pour supporter une maman pour qui c’est important, et qui a besoin d’aide.

Parce qu’on aura beau dire, c’est réconfortant de savoir que t’es pas seule dans ta gamique, quand tu commences cette aventure.

Mais alors, me demandes-tu, si vous êtes si épanouies, les allaitantes, ça sert à quoi, les événements comme le Défi Allaitement Québec?

Ben vois-tu, ça sert à continuer à ouvrir les esprits. Parce qu’il y a encore, en 2017, bien des jugements sur le sujet. Pis que bien souvent, les gens sont pas mal plus enclins à regarder la craque de seins de la fille sur l’annonce de bikini au centre d’achat, que de détourner le regard d’une mamelle nourricière qui les dérange.

Tsé, on est ben à l’aise de voir des vêtements sexy, des filles habillées comme des femmes, des Barbies qui donnent une image erronée de l’apparence qu’une femme doit avoir. Mais faudrait pas qu’un bébé s’alimente direct à la source, ça fait vulgaire.

Parce que c’est un choix, mais qu’il faut avoir une pas pire tête de cochon pour continuer à allaiter son enfant, une fois qu’il mange. On en entend des vertes et des pas mûres, à propos de l’âge limite pour nourrir son enfant au sein, mais c’est assez rare que j’ai entendu la même chose pour mes deux premiers, qui ont eux été nourris avec de la préparation. Non, c’est bien vrai, personne n’a supposé que j’allais dropper la bouteille quand ils allaient avoir des dents, quand ils marcheraient ou quand ils arriveraient à dire «lait» en pointant un biberon. Alors pourquoi je devrais me conformer à ces limites, si moi et mon enfant sommes encore confortable avec les boires au sein?

Parce que c’est ça, aussi, l’allaitement : une mère et un bébé. C’est une femme qui a choisi de nourrir son enfant de la manière qui lui convient le plus et qui rend elle et son enfant heureux. Et je crois qu’elle est en droit de s’attendre à du soutien, pas juste de la part de la personne avec qui elle a eu son bébé, mais aussi de son entourage et du reste de la société, pourquoi pas?

Parce que c’est aussi une femme qui ne devrait pas avoir à se cloîtrer dans la maison, sous prétexte qu’elle allaite, parce que c’est embarrassant quand son enfant a faim, de le nourrir au parc. C’est pas une tare, allaiter, c’est nourrir un petit humain, faudrait pas l’oublier.

Parce que c’est important, aussi, de défaire l’image qu’on a de la maman qui nourrit au sein. On n’est pas obligée d’être une hippie-qui-sent-le-patchouli pour croire que c’est la meilleure façon, pour nous, de faire boire notre bébé. Ben non. Plate de même. On est pas obligées de s’en tenir aux groupes de femmes qui allaitent pour avoir une vie sociale, pis on est pas toutes des anticonformistes anarchistes non plus.

En fait, quand on assiste à des événements comme le Défi, ce qu’on voit, c’est que les mamans qui choisissent d’allaiter leur bébé ne répondent pas du tout à un profil type, sinon celui d’avoir fait ce choix-là, précisément.

Elles désirent se rassembler, pour montrer à tous que c’est possible d’y arriver et que c’est pas obligé de déranger, tsé. Mais qu’on ne devrait pas être obligées de se cacher pour le faire, tout comme une maman qui décide de donner de la préparation à son coco devrait pouvoir le faire sans se sentir jugée.

Pis on va se le dire, ça sert aussi à faire voir des organismes qui œuvrent souvent dans l’ombre, avec peu de moyens et pour qui cette vitrine change considérablement l’achalandage. À faire connaître des services exceptionnels, souvent fournis bénévolement par des mamans qui ont eu elles-mêmes besoin d’aide, à un moment ou un autre de leur aventure lactée. À défaire l’image bien ancrée dans l’imaginaire collectif de la femme allaitante, militante agressive, et fermée à l’autre. Parce que ben oui, ça existe, mais c’est tellement pas souvent le cas. Comme dans tout, tsé.

Ça fait qu’aujourd'hui, les événements de promotion de l’allaitement servent encore. À tout ça, et à normaliser un acte tout ce qu’il y a de plus naturel, mais qui rend inconfortable une société qui a tendance à oublier qu’il y a une ou deux générations, c’était ÇA, la norme.

Parce qu’en 2017, on devrait toutes pouvoir choisir librement comment on désire nourrir notre bébé, en être fières, et on ne devrait se cacher, que si on en a envie!