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Le gouvernement boude un lanceur d’alerte important

Le fédéral est accusé de se traîner les pieds dans sa lutte à l’évasion fiscale

Brad Birkenfeld
Photo Jean-François Cloutier Le gouvernement ne voit pas la pertinence de rencontrer le lanceur d'alerte Brad Birkenfeld et l'invite plutôt à utiliser la ligne de dénonciation.

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OTTAWA | Le gouvernement Trudeau ne voit pas l’utilité de rencontrer un important lanceur d’alerte qui détiendrait de l’information sur des centaines de Canadiens qui déjouent le fisc. Mais il l’invite à utiliser sa ligne téléphonique de dénonciations.

« Je l’encourage fortement à utiliser la ligne de dénonciations qui est accessible à tous les Canadiens », affirme la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier.

La ministre du Revenu national du Canada, Diane Lebouthillier, soutient qu’elle ne peut commenter le cas de Canadiens ayant possiblement fraudé le fisc.
Photo Guillaume St-Pierre
La ministre du Revenu national du Canada, Diane Lebouthillier, soutient qu’elle ne peut commenter le cas de Canadiens ayant possiblement fraudé le fisc.

 

Le lanceur d’alerte en question, Brad Birkenfeld, est au cœur d’un scandale planétaire en lien avec les paradis fiscaux dans lequel ont trempé des centaines, voire des milliers de Canadiens.

Dans son édition de samedi, Le Journal a révélé qu’Ottawa échoue depuis 10 ans à récupérer des milliards de dollars en impôts impayés.

En une décennie, l’Agence du revenu du Canada (ARC) a identifié 500 potentiels fraudeurs qui ont caché quelque 270 millions $ en suisse, chez la banque UBS.

Mais il ne s’agirait que de la pointe de l’iceberg, selon M. Birkenfeld, un ancien employé américain de UBS, qui évalue la fraude à quelque 7 milliards $ au Canada.

Invitée à préciser si elle estime que M. Birkenfeld peut aider le fédéral à faire débloquer plus vite certains dossiers, la ministre a répondu un « non » sans équivoque.

Estomaqué

Joint par courriel lundi, M. Birkenfeld n’en revenait tout simplement pas que la ministre Lebouthillier ne juge pas pertinent de le rencontrer.

« Plusieurs gouvernements étrangers m’ont approché pour les aider à récupérer leur argent et à faire en sorte que les banques suisses soient responsables de leurs actions », écrit-il.

« Je n’ai reçu aucun appel du Canada depuis 10 ans. Je suppose qu’ils ne peuvent pas se permettre un appel téléphonique », ironise-t-il.

En boudant le lanceur d’alerte, le gouvernement Trudeau fait la « démonstration flagrante qu’il tolère les bandits à cravate et les paradis fiscaux », croit la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet.

Cette dernière est d’avis qu’il est essentiel d’inviter à M. Birkenfeld à témoigner devant les parlementaires à Ottawa pour faire la lumière sur l’ampleur de la fraude au pays.

Mme Lebouthillier se défend de rester les bras croisés. Elle rappelle que son gouvernement a investi des sommes records dans la lutte à l’évasion fiscale – près de 1 milliard $ sur cinq ans.

« Le travail est commencé depuis deux ans et il va se poursuivre », dit-elle, blâmant au passage l’ancien gouvernement conservateur pour son inaction en la matière.

Mais pour le Nouveau Parti démocratique, libéraux et conservateurs ont leur part de responsabilité.

5 milliards $ US

« On est extrêmement complaisant et mollasson au Canada, peste le lieutenant du parti au Québec, Alexandre Boulerice. [...] Les gouvernements conservateurs et libéraux successifs, incluant celui de M. Trudeau, ont toujours fermé les yeux sur les gens qui faisaient de l’évasion fiscale. »

Grâce à M. Birkenfeld, les autorités américaines ont récupéré 5 milliards $ US en impôts impayés, condamnant plusieurs riches Américains à des peines de prison.

- Avec la collaboration de Jean-François Cloutier