/news/education
Navigation

Enseigner dans le parc pour éviter la chaleur

Les climatiseurs personnels sont rarement acceptés dans les écoles montréalaises

École chaleur
Photo Dominique Scali Louis Jean et ses élèves de cinquième année en plein cœur du parc La Fontaine mardi.

Coup d'oeil sur cet article

Un enseignant de Montréal, qui s’est vu refuser l’installation d’un climatiseur personnel dans sa classe, a fait l’école dans un parc à ses élèves mardi pour éviter la chaleur insupportable de son local.

Louis Jean, qui enseigne à l’école primaire Le Plateau, aurait bien voulu apporter un climatiseur cette semaine dans sa classe située au troisième étage. Mais la Commission scolaire de Montréal (CSDM) lui avait déjà refusé cette demande en 2016, en raison d’une politique visant à réduire les gaz à effet de serre.

« Ce n’est pas pensable de garder les élèves dans ce local », dit-il. Grâce à un thermomètre fourni par Le Journal, il y a mesuré une température de 32 °C mardi après-midi.

Pour éviter cette chaleur, lui et au moins quatre autres enseignants de l’école ont décidé de donner leurs cours à l’ombre des grands arbres du parc La Fontaine, mardi. Une mesure qui ne serait pas nécessaire si seulement il pouvait réinstaller son climatiseur personnel dans sa classe, estime M. Jean.

« Nous pouvons difficilement accepter l’installation de climatiseurs personnels dans nos écoles », notamment en raison des risques de « bris et de dégâts », explique Alain Perron, de la CSDM.

« Les circuits électriques de certaines écoles ne supporteraient pas non plus cette surcharge », ajoute-t-il.

Il s’agit donc d’une décision prise au cas par cas par la direction des écoles, de concert avec le concierge, indique la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon.

Plan vert

Or, l’interdiction imposée à M. Jean en 2016 venait plutôt de la CSDM elle-même, selon un échange de courriels obtenus par Le Journal. On y invoque alors un « Plan vert 2014-2019 » qui vise la diminution des gaz à effet de serre et de la consommation énergétique.

Ironiquement, M. Jean a déjà fait un petit atelier de math avec ses élèves afin de calculer combien coûterait l’utilisation d’un climatiseur, six heures par jour, dans sa classe. Au tarif de 0,07 $/kWh, ils sont arrivés à 7,57 $ pour environ un mois d’école.

« Je pense qu’il y a beaucoup d’enseignants qui n’hésiteraient pas à investir 200 $ de leur poche dans l’achat d’un climatiseur pour assurer la qualité de vie des élèves », dit-il.

« La semaine dernière, je les voyais suer. On faisait des exercices de math et ils avançaient deux fois moins vite que d’habitude », raconte M. Jean.

« Quand on était dans notre local, c’était horrible. On ne pouvait juste pas se concentrer. Les feuilles collaient sur nos bras », a soupiré une élève de cinquième année rencontrée au parc La Fontaine.

« On avait des ventilateurs, mais ça ne changeait rien du tout, abonde dans le même sens une autre jeune fille. Nous, on est chanceux d’être près d’un parc, mais les autres écoles, elles ? »

Malaises

Le sud du Québec connaît une vague de chaleur d’une durée exceptionnelle pour un mois de septembre, indique André Monette, de MétéoMédia. Un nouveau record de chaleur a d’ailleurs été battu dans la plupart des grandes villes du Québec.

À Montréal, il a fait jusqu’à 30 °C mardi, avec une température ressentie de 38 °C. L’ancien record était établi à 28 °C et datait de 1920, indique Amélie Bertrand, d’Environnement Canada. Du temps plus frais devrait être de retour dès ce soir.

Seules 16 des 191 écoles de la CSDM ont un système de climatisation centralisé.

« Je dirais que la vétusté de nos immeubles fait partie de la donne. Mais ce n’est facile nulle part [dans la région de Montréal] », explique Mme Harel Bourdon.

Quelques malaises ont d’ailleurs été répertoriés dans les derniers jours, indique Gina Guillemette de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, à Montréal.