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Gregory Charles est un être rare

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Que diable faisait à l’église paroissiale de Saint-Paul-d’Abbotsford, un village d’à peine 1200 âmes, un artiste qui a fait le tour du monde avec Céline Dion, joué dans son propre théâtre mobile à New York et rempli le Centre Bell avec Marc Hervieux­­ ? Devant quelque 300 personnes, Gregory Charles chantait samedi soir dans cette église avec la même passion que s’il avait été à Carnegie Hall.

S’accompagnant au piano numérique durant deux heures d’affilée, Gregory a rappelé en chansons l’histoire du Québec et la sienne, de 1945 jusqu’à nos jours. Il n’était pas né pour la moitié de cette période, mais il l’a quand même fait revivre à travers sa mère, une Québécoise « fédéralisante », et son père, de Trinidad, souverainiste convaincu. Des parents pour lesquels Gregory Charles a une gratitude et une admiration qu’il n’a jamais cachées.

D’habitude, il se met à l’épreuve en demandant à l’assistance de lui donner un titre de chanson ou de pièce musicale qu’il interprète ensuite. Cette fois, il a demandé qu’on lui donne une année, pour laquelle il interprétait ensuite les chansons les plus significatives. Faisant des liens aussi amusants qu’astucieux, Gregory a profité des années qu’on lui avait citées pour raconter de façon habile la petite histoire de sa famille et la grande histoire du Québec et du monde.

LES QUOTAS À LA RADIO

Gregory Charles n’est pas seulement un virtuose. C’est aussi un pédagogue doué qui ne met pas grand temps à convaincre son auditoire que les chansons sont garantes de notre identité et racontent notre histoire mieux que n’importe quel livre. C’est pourquoi il est d’accord avec Louis-­José Houde qui plaide pour le maintien des quotas de chansons francophones à la radio.

Gregory doit avoir raison, car tout au long de son récital au programme « improvisé », j’ai revécu l’ouverture du Québec sur le monde, la Révolution tranquille, l’époque conquérante des grands barrages, les luttes identitaires des années 1980, les vagues successives d’immigration, le clivage politique des camps fédéraliste et souverainiste, qui se transforme maintenant en clivage de droite et de gauche, etc.

Comme si deux heures de clavier et de chansons dans la chaleur étouffante de samedi n’étaient pas suffisantes, Gregory Charles a continué à la sacristie « l’évangélisation » de son auditoire. Comme il fallait s’y attendre, plusieurs ont fini par lui proposer de faire de la politique. Il n’a ni pouffé ni démoli les politiciens, invitant plutôt ses fidèles à s’impliquer davantage dans la vie sociale et politique.

En plus d’être un artiste multidisciplinaire sans pareil, Gregory Charles est un être rare, convaincu qu’on peut changer la société une personne à la fois. Samedi soir dernier, il a d’un seul coup changé plusieurs personnes.

UNE BALLERINE TROP OSÉE !

La Société de transport de Montréal « ne niaise pas avec la puck ». Elle a interdit dans le métro l’affiche des Grands Ballets canadiens pour son Stabat Mater, qui sera présenté au Théâtre Maisonneuve du 11 au 28 octobre. Pour ceux qui n’ont pas vu l’affiche, elle montre une danseuse au pied cloué, vêtue d’un drap taché de sang. Pas de quoi fouetter un chat ! Une chance que la direction de la STM n’a rien à voir avec la télévision, car la plupart de nos dramatiques seraient retirées des ondes.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Heureusement que le marathon de Montréal a été annulé, sinon je me serais entraîné pour rien !