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Hydro prête des chalets à ses employés

Des vacances sans frais pour des employés, cadres et professionnels de la Mauricie depuis 40 ans

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Hydro-Québec offre gratuitement à des employés et des cadres des séjours dans des chalets qui se trouvent sur certains des plus beaux sites de chasse et pêche de la province, et ce, sans déclarer ces cadeaux à Revenu Québec, a appris Le Journal.

La société d’État est propriétaire de huit maisons servant à accueillir des employés qui travaillent à l’entretien des barrages en Mauricie, soit à Rapide-Blanc, au réservoir Gouin, au réservoir Manouane et au lac Taureau.

Or, ces habitations de type chalet servent également de lieu de plaisance pour quelques chanceux qui invitent familles et amis à venir se divertir et se reposer. Hydro-Québec admet que cette situation perdure depuis 40 ans et n’a jamais été déclarée à Revenu Québec, alors qu’il s’agit d’avantages imposables.

Plein d’activités

Pêche, chasse, motoneige, véhicules tout-terrain : les salariés de la société d’État et leurs invités s’amusent durant les congés et les vacances, et ce, aux frais des contribuables.

« Encore la semaine dernière, il y avait un employé avec dix de ses chums », a mentionné une source qui désire garder l’anonymat par peur de représailles.

« Ils viennent avec leurs femmes et leurs enfants. Ils pêchent, font du ski-doo et s’amusent », a expliqué l’un des voisins de ces chalets.

Durant la haute saison, résider dans les chalets de ces pourvoiries peut coûter entre 100 $ et 150 $ la nuit par personne.

« Ce sont des revenus de moins pour nous. C’est la faute à Hydro qui laisse leurs employés faire ça. Les gens qui les accompagnent seraient obligés de dormir chez nous pour profiter des lieux », a relaté le propriétaire d’une des pourvoiries.

Club privé

La majorité des employés d’Hydro-Québec questionnés par Le Journal, comme les monteurs de lignes, n’étaient pas au courant de cette pratique. « On connaît la rumeur », ont-ils dit.

Selon nos informations, ce sont surtout des professionnels de la région de la Mauricie comme les ingénieurs, des inspecteurs des travaux et des cadres qui profiteraient de ce service. Ils agissent comme les membres d’un club privé. D’ailleurs, des employés peuvent gagner des séjours grâce aux clubs sociaux, confirme une source syndicale qui connaît certains chanceux qui ont eu accès aux résidences.

Il existe un horaire de disponibilité des maisons sur lequel ces quelques privilégiés réservent leurs plages de week-ends et de longs congés.

Ils n’auraient qu’à débourser les coûts pour leur nourriture et leur déplacement. Certains paient un guide afin d’aller à la chasse, explique l’un des responsables d’une des pourvoiries.

Durant le séjour, l’électricité et le gaz sont bien sûr fournis par la société d’État.

Utilisation des chalets à des fins personnelles

178 nuitées par année en moyenne

8 maisons propriétés d’Hydro


Photo courtoisie

Réservoir Gouin : Hydro possède 2 maisons (total de 8 chambres)

AU PRIVÉ : les pourvoiries du secteur demandent 2500 $ pour 7 jours avec le guide de chasse


Réservoir Manouane C : Hydro possède 2 maisons (total de 6 chambres)

AU PRIVÉ : Les pourvoiries demandent environ 1500 $ pour une semaine dans un chalet


Photo courtoisie

Réservoir Taureau : Hydro possède 2 maisons (total de 6 chambres)

AU PRIVÉ : les pourvoiries du Lac-Taureau demandent environ 550 $ pour trois jours pour un chalet pour 6 personnes


Photo courtoisie

Rapide Blanc : Hydro possède 2 maisons ancestrales (total de 5 chambres)

AU PRIVÉ : les pourvoiries du secteur demandent 1800 $ pour trois nuits pour 4 personnes

Une « pratique inacceptable » qui sera abandonnée

La société d’État n’avait pas jugé nécessaire de déclarer ces activités à Revenu Québec et assure avoir mis un terme aux prêts des chalets dès qu’elle a reçu l’appel du Journal.

« Ce n’était pas déclaré à Revenu Québec à ma connaissance des choses. Pas de façon systématique », a avoué Serge Abergel, le chef aux affaires publiques et médias chez Hydro-Québec, prétextant ne pas avoir jugé nécessaire de le faire, parce qu’il s’agissait « d’une pratique pour occuper le terrain ».

Cependant, la société d’État a dit investiguer et faire des vérifications afin de se conformer aux lois. « Nous sommes en train de regarder s’il y a eu des manquements et des lois qui n’ont pas été respectées. Si oui, qu’est-ce qu’on doit faire aujourd’hui pour se conformer à toute cette réglementation en place existante ? »

« On a investigué »

Hydro-Québec a admis au Journal qu’il s’agissait d’une pratique « inacceptable » et qu’elle a l’intention d’y mettre un terme.

« Dès qu’on a eu vos questions, on a investigué », a indiqué le chef aux affaires publiques. Ils avaient déterminé que ces maisons, lorsqu’elles ne sont pas utilisées pour le travail, pouvaient dans certains cas être utilisées pour des fins personnelles par des employés « pour éviter des actes de vandalisme » dans des régions éloignées.

Cette décision a été prise il y a de nombreuses années, selon les conditions de l’époque.

« C’est une décision régionale (Mauricie). C’est une pratique qui remonte à il y a plus longtemps que je pourrais dire. On regarde 40 ans à l’arrière. »

Pas au courant ?

La société d’État soutient que la haute direction actuelle n’était pas au courant, mais elle est incapable d’affirmer si les dirigeants passés ont déjà eu vent de cette situation.

Donc, depuis 40 ans, la direction n’a jamais été informée de cette pratique ? « Je te parle pour la direction ici, en ce moment », a indiqué M. Abergel.