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La ministre du Revenu persiste et signe

Elle ne voit pas l’utilité de rencontrer le lanceur d’alerte

Diane Lebouthillier, Ministre fédérale du Revenu
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Diane Lebouthillier, Ministre fédérale du Revenu

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OTTAWA | Malgré l’insistance de l’opposition, la ministre du Revenu national Diane Lebouthillier n’a toujours aucune intention de rencontrer un lanceur d’alerte susceptible d’aider le Canada à récupérer des milliards en impôt impayé.

« La ministre peut-elle expliquer pourquoi elle refuse toujours d’entendre les informations du lanceur d’alerte qui a pourtant permis aux Américains de récolter des centaines de millions de dollars ? » a lancé à la période de questions le député néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault.

« Si des individus, où qu’ils soient dans le monde, ont des informations à donner, nous avons un programme de dénonciateurs », a répondu Diane Lebouthillier.

C’était la deuxième fois en autant de jours que Mme Lebouthillier écartait la possibilité de rencontrer en personne Brad Birkenfeld, un ancien banquier américain qui a retourné sa veste pour faire éclater au grand jour un scandale de paradis fiscaux lié à la banque suisse UBS.

Selon lui, des milliers de Canadiens auraient caché en Suisse quelque 7 milliards $. Or, en près de 10 ans, l’Agence du revenu du Canada a récupéré un maigre 270 millions et identifié quelque 500 fraudeurs canadiens potentiels.

Des résultats

En comparaison, le gouvernement américain a récupéré quelque 5 milliards $, en plus d’imposer une amende de 780 millions à la banque suisse UBS, au cœur de l’affaire.

« Tous se souviennent de la fraude orchestrée par la banque UBS en Suisse pour éviter à des gens fortunés, dont des Canadiens, de payer leurs impôts au Canada », a souligné M. Dusseault lors de son intervention à la Chambre des communes.

« Qu’on le croie ou non, 10 ans plus tard, la ministre du Revenu national refuse toujours de rencontrer un des principaux lanceurs d’alerte dans cette affaire. C’est complètement absurde », a-t-il tonné.

Le gouvernement Trudeau se défend de ne pas en faire assez pour contrer l’évasion fiscale. « Notre plan produit des résultats », a assuré Mme Lebouthillier. Pour preuve, 335 enquêtes criminelles ont été lancées et quelque 54 millions en amendes ou pénalités ont été imposés par Ottawa, a-t-elle énuméré.

Pour la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, le gouvernement Trudeau rate une « occasion en or » de faire avancer des dossiers de fraude fiscale en refusant d’entendre le lanceur d’alerte.

Pas une priorité

« C’est quelqu’un qui a de l’information, qui sait de quoi il parle, qui était au cœur du scandale, qui est prêt à révéler des noms et des stratagèmes, et les libéraux lui disent: “non, ça ne nous intéresse pas” », s’étonne Mme Ouellet.

Le Parti conservateur, qui était au pouvoir lorsque le scandale a éclaté en 2008, n’a pas souhaité commenter l’affaire cette semaine.

Le ministre de l’époque, Jean-Pierre Blackburn, avait pourtant promis de s’attaquer de front au problème.

Mais en entrevue avec Le Journal cet été dans le cadre d’une enquête publiée ce week-end, M. Blackburn a admis que la lutte aux paradis fiscaux n’était pas une priorité du gouvernement Harper.

« Ça tombait un peu à côté de mon mandat », a avoué celui qui brigue aujourd’hui la mairie de Saguenay.