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Le français, qu'ossa donne ?

Le français, qu'ossa donne ?
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

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Il y a environ 5000 enseignants au préscolaire, 48 000 au primaire et 37 000 au secondaire. Avec tout ce beau monde, il serait possible de créer la 12e municipalité en importance au Québec. Vous croyez que tous les habitants d’une ville sont parfaits ? Qu’ils donnent toujours l’exemple ?

Ne vous en déplaise, mon « village d'enseignants » est un peu à l’image de la société dans laquelle il évolue.

Eh oui ! Je peux sûrement croiser des enseignants d’éducation physique qui font de l’embonpoint, des profs qui fument du tabac en attendant la légalisation de la marijuana, des ennemis du recyclage, des fervents de la surconsommation, des climato-sceptiques, des adeptes des pseudosciences, etc.

J’ai lu la grande nouvelle de la semaine passée : « À leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l'examen de français obligatoire pour l'obtention de leur brevet d'enseignement l'an dernier. »

Ainsi, dans mon village, il y a des enseignants qui ne maîtrisent pas leur langue maternelle. Est-ce que j'en suis surpris ? Non. Afin de régler le problème, certains suggèrent inlassablement la même solution.

En effet, j’ai lu à maintes reprises qu’il fallait augmenter la cote R (ingard) des étudiants admis au baccalauréat en enseignement. À ce propos, je partage en partie l’idée de Paul Journet qui affirme que « l’idée n'est pas inintéressante, mais son effet serait limité. » De mon côté, je considère que la plupart des qualités d’un excellent enseignant n’ont rien à voir avec la cote R.

Bref, tout comme Patrick Lagacé, « je refuse donc de jeter la pierre à ces enseignants : ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école... »

Néanmoins, j’ajouterais un petit quelque chose : ils sont aussi le produit d’une culture qui se fiche de sa propre langue.

Le français, qu’ossa donne ?

J’aimerais vous souligner un détail important dans toute cette histoire : ces jeunes enseignants sont passés dans nos écoles au cours des années 2000. So what ?

Vous avez remarqué la modification de l’offre de service des écoles depuis une quinzaine d’années ? La multiplication des projets particuliers est effarante. Le menu offert passe par toute la gamme des sports, des arts et de la technologie.

Toutefois, le domaine qui a connu la plus grande progression est sans aucun doute celui des programmes de langues (lire ici d’anglais). Force est de constater que le francophone colonisé est un fan de la langue de Shakespeare.

L’anglais intensif a fait son apparition au primaire. Au secondaire, il y a une panoplie de programmes que j’appellerais « variation sur un même thème » : anglais plus, anglais enrichi, EESL, etc. Sachez que certains programmes au secondaire offrent aux élèves des cours d’anglais à raison du tiers de leur horaire.

Vous croyez cela suffisant ? Non. « Une majorité de Québécois, même chez les francophones, est favorable à un assouplissement de la loi 101 pour faciliter l’accès aux écoles anglaises au primaire et au secondaire. »

Je sais, l’anglais, c’est full important. Par contre, comme société, vous voyez le message subliminal envoyé à nos enfants ? [kcuf el siaçnarf] Vous voyez le déséquilibre quant à l’importance accordée à l’enseignement de notre langue seconde par rapport à notre langue maternelle ?

Vous avez vu des publicités d’écoles qui font l’apologie de leur super programme de français enrichi ? Est-ce qu’on vous a déjà fait la promesse (comme argument de vente) que votre enfant découvrira les grands auteurs francophones ? Vous connaissez une école qui insiste sur l’importance de la production littéraire dans l’offre de ses cours ?

J’entends votre silence.

Je ne veux surtout pas en rajouter, mais « alors que le nombre de cégépiens faibles en français ne cesse d’augmenter, la politique sur la réussite éducative reste muette sur les objectifs et mesures à mettre en place pour améliorer la maîtrise du français chez les élèves du secondaire. »

Le plus sérieusement du monde, les hautes instances universitaires demandent depuis deux ans au ministère de l'Éducation de restreindre à quatre le nombre de passations à l’examen de français : « On ne veut pas que les étudiants le réussissent à l'usure. On veut qu'ils comprennent l'importance qu'on accorde à la qualité de la langue. »

Are you kidding me ?

Les jeunes habitants de mon « village d'enseignants » ne sont pas différents de ceux des autres villages. Très tôt, ils assimilent le message envoyé par leur société à l’égard de leur langue maternelle.

Albert Camus disait : « Ma patrie, c’est la langue française ». Eh bien, ma patrie à moi, elle est maganée et elle rêve en anglais.

 

Note : je vous invite à lire cette lettre d’opinion de Pierre Cliche, ingénieur : L’inévitable culpabilisation. Son texte représente un complément très intéressant à mon billet.

 

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