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Le Barça, plus qu’une équipe de soccer

SOCCER-CHAMPIONS
photo d’archives L’ex-entraîneur du FC Barcelone Pep Guardiola, ici photographié en 2011 lors de sa victoire de la Ligue des champions, a dénoncé récemment « l’État autoritaire » espagnol.

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BARCELONE | Le produit d’exportation le plus célèbre de la Catalogne, si je puis parler ainsi, c’est son mégaclub de soccer, le FC Barcelone, le plus prestigieux du monde avec le Real Madrid.

Il fait partie des organisations de la société civile qui demandent officiellement la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne.

Le club ne se prononçait pas pour l’indépendance, mais pour le droit des Catalans à décider seuls de leur avenir.

Les autorités européennes du soccer ont souvent sanctionné le club parce qu’il permet le déploiement de drapeaux catalans, assimilés au camp souverainiste, dans son stade.

Un club engagé

Le défenseur central Gerard Piqué n’a jamais caché ses convictions indépendantistes, source de nombreuses controverses quand il revêt le maillot de l’équipe nationale espagnole.

Pep Guardiola, l’entraîneur du club pendant ses plus grandes années, est récemment monté sur les tribunes pour dénoncer « l’État autoritaire » espagnol et réclamer le droit pour les Catalans de se prononcer.

Joan Laporta, président du club entre 2003 et 2010, lâcha en 2006 : « La Catalogne est une nation à part entière. Un jour viendra où l’oppression espagnole touchera à sa fin. J’espère de mon vivant voir un match de Coupe du monde entre la Catalogne et l’Espagne. »

Le FC Barcelone n’appartient pas à un milliardaire, mais aux dizaines de milliers d’adhérents qui paient une cotisation annuelle. Ils élisent la direction au suffrage universel.

Il y a donc aussi, parmi eux, des tas d’antisouverainistes et de gens qui préféreraient que le club soit complètement apolitique.

Certains brandissent le spectre d’une exclusion du Barça du championnat espagnol en cas d’indépendance. Mais pourquoi la Liga se priverait-elle d’un des plus grands clubs du monde ?

L’AS Monaco joue dans le championnat français alors que la Principauté de Monaco ne fait pas partie du territoire français.

Porte-étendard

Dès sa fondation, en 1899, le club s’est fait un porte-étendard de la nation catalane. Son écusson reprend le drapeau catalan et ses couleurs rouge et jaune.

L’autre grand club de la ville, l’Espanyol, incarnera plutôt l’adhésion à l’Espagne et, en 1912, ajoutera le mot « Real » à son nom pour bien marquer son allégeance à la monarchie.

Solidement républicaine, la Catalogne est donc considérée comme une région « ennemie » quand la guerre civile éclate en juillet 1936.

Arrêté par les soldats du général Franco, le président du FC Barcelone, Josep Sunyol, est fusillé le 6 août 1936.

Le bombardement de Barcelone du 16 mars 1938, par l’aviation franquiste, tue 3000 personnes et détruit une partie des bureaux administratifs du club.

Après sa victoire, Franco place un de ses fidèles à la tête du club avec le mandat de l’« espagnoliser ».

Le drapeau catalan disparaît du stade et du maillot du club. La langue d’usage n’est plus le catalan.

Pendant les longues années de la dictature (1939-1975), comme les Catalans n’ont plus ni parlement ni gouvernement propre, le Barça devient plus que jamais un véhicule de leur identité nationale.

La rivalité avec le Real Madrid est d’autant plus féroce que celui-ci est perçu comme le club favori du dictateur.

Identité

Quand le FC Barcelone inaugure son stade (le Camp Nou) en 1957, Franco interdira qu’on lui donne le nom de Joan Gamper, premier président du club et nationaliste catalan assumé.

En 1968, le président du club, Narcis de Carreras, dit que le Barça est « més que un club » (plus qu’un club), une phrase chargée de sens, devenue aujourd’hui la devise du club.

La « recatalanisation » du club se fera dès que la dictature commence à montrer des signes d’essoufflement.

Le catalan redevient la langue officielle du club. Le drapeau catalan retrouve sa place. Le club se prononce pour l’enseignement obligatoire du catalan dans les écoles.

Il y a deux semaines, dès que la police espagnole a détenu des dirigeants catalans et saisi bulletins de vote et matériel publicitaire, le club a de nouveau réitéré son adhésion au droit des Catalans de décider de leur avenir.

Pouvez-vous imaginer le Canadien jouant un tel rôle chez nous ? Je sais, c’est comique juste d’y penser...