/24m/job-training
Navigation

L'utilité de la loi du 1 % sur la formation de la main-d’œuvre

L'utilité de la loi du 1 % sur la formation de la main-d’œuvre
Photo stock.adobe.com

Coup d'oeil sur cet article

Nafi Alibert — 37e AVENUE

 

Loin de poser un frein à l’économie, investir dans le développement des compétences de la main-d’œuvre aurait au contraire un effet stimulant.

« Pour les entreprises, s’impliquer dans la formation des employés ne constitue pas un frein, mais un investissement », rappelle Sylvain Proulx, conseiller principal, développement des compétences et stages à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Une approche validée sur le plan mondial par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui indique d’ailleurs que « l'investissement dans l'instruction et dans la formation [des employés] a un rendement économique évident ».

Valoriser le capital humain

Au Canada, plusieurs études font état du retard que le pays accuse au chapitre de l’investissement dans la formation de la main-d’œuvre. Cependant, selon les experts en ressources humaines, le capital humain est bel et bien la ressource sur laquelle les entreprises doivent miser aujourd’hui.

D’autres pays, comme l’Allemagne, l’ont déjà compris. « Les entreprises allemandes investissent volontiers dans la formation professionnelle et il y a très peu de remises en cause, parce qu’elles savent justement que ça leur rapportera », soutient Yves Chochard, professeur rattaché à l'Observatoire compétences-emplois (OCE) de l’UQAM.

Dans un contexte où les entreprises québécoises se plaignent de manquer d'employés compétents, M. Proulx perçoit la critique de la loi du 1 % comme une erreur de jugement. « Une entreprise qui n’investit pas dans son capital humain est une entreprise qui est amenée à stagner, prévient-il. Il en va de la capacité de rétention, d’innovation et de compétitivité des entreprises. » Voilà un aspect que les entreprises des secteurs de pointe (TIC, biopharmaceutique, aéronautique...) ont compris, puisque certaines d’entre elles investiraient jusqu’à 10 % de leur masse salariale en formation.

Former ou payer

Bien que les investissements dans la formation des employés représentent à long terme le principal atout concurrentiel pour une entreprise au Québec, plus d’une entreprise sur dix ne finance pas de formations et préfère reverser ce 1 % au Fonds national de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d'œuvre.

D’ailleurs, si toutes les entreprises allouaient 1 % de leur masse salariale en formation, ce fonds n’existerait plus. « Il ne devrait plus exister ! », insiste Sylvie Ann Hart, codirectrice de l’OCE, qui déplore que les entreprises se détournent en quelque sorte de leur responsabilité en redonnant ainsi de l’argent au gouvernement. Pour la chercheure, il faudrait même que les employeurs dont la masse salariale est de 250 000 $ et plus soient aussi visés par la loi, comme c’était le cas autrefois. À l’heure actuelle, seules les entreprises dont la masse salariale est d’au moins 2 M$ sont assujetties à la loi.

« Les entreprises évaluent peu les impacts des programmes de formation mis en place en termes de résultats. Or c’est le seul moyen de se rendre compte de leur utilité », indique Yves Chochard. L’adoption de méthodologies de suivi et d’évaluation des formations permettrait certainement aux employeurs de mieux apprécier le retour sur investissement.